“ Plus de confiance de votre part, ma fille ; répliqua madame Delmarre ; j'ai lu dans votre coeur, ma chère amie, car rien ne peut échapper à la tendre sollicitude d'une mère. Avouez-le, vous aimez M. de Lozeran; j'osais cependant espérer que votre prudence vous éclairerait sur lés dangers d'un tel attachement. Ce jeune homme abusera de votre folle passion pour vous déshonorer, car jamais vous ne serez sa femme. Il satisfera son amour et vous abandonnera ensuite; la honte et les remords seront votre partage, et les seuls fruits d'un amour dont un jour vous détesterez jusqu'au souvenir. ”
Citations de Evelina (Dubalay)
“ L'abbé de Sonville, à genoux aux pieds du lit de son petit-neveu, invoquait la grace divine en faveur du défunt , et s'écriait avec une vive affliction : « Mon Dieu, quand je vis naître ce précieux rejeton, aurais-je jamais pu prévoir que ce serait dans mes bras qu'il expirerait? » Puis, retrouvant dans la religion le courage que lui refusaient les ans, il s'approcha de sa nièce : «Allons, madame, il faut partir, votre tâche est accomplie ; Dieu seul comprend toute l'étendue de votre sacrifice. » ”
“ Regardez votre fille ; elle est victime de son amour pour ce malheureux jeune homme qui est là à côté; elle gémit, elle déplore sa faiblesse, et bientôt la mort de son séducteur ne l'aura que trop vengée. « — Quoi? reprit M. de Poligny, Evélina, cette Evélina serait ma fille?» S'avançant alors près d'elle, il ne put s'empêcher d'admirer sa beauté. «Ah! oui, elle est vraiment belle; Alfred est bien pardonnable de l'avoir tant aimée. » ”
“ En le replaçant il aperçoit un portrait de femme, le regarde ; nouvelle surprise. « Que vois-je ? Non, ce n'est point une chimère; non, ce n'est point le jeu fantastique d'une imagination malade ; c'est bien le portrait de Camille. Voilà bien les traits enchanteurs de cette Camille alors si parfaitement belle, si tendre, si aimante, que j'ai jadis connue à Bordeaux et dont mon abandon a causé la perte. Mais où suis-je donc? Dans quelle maison m'a-t-on conduit ? Pourquoi tous ces souvenirs se présentent-ils à moi? et dans quel moment encore !» ”
“ Après deux couvertures, exécutées avec un ensemble admirable, le jeune Alfred de Lozeran , justsement cité pour l'élégance de ses manières et pour son talent fort remarquable sur le violon, exécuta un concerto avec une aisance , une hardiesse, une verve dignes de l'archet de Lafont, de Rode ou de Baillot. Des applaudissemens unanimes retentirent dans la salle, lorsqu'Alfred quitta son pupitre pour retourner à sa place et se mêler dans le groupe des amateurs dont certes il était le plus distingué. ”
“ S'il arrive souvent que la voix du peuple se taise à la vue de monumens dédiés à la gloire des rois et des conquérans, il n'en fut pas ainsi dans cette circonstance ; cette fois elle s'empressa de proclamer les bienfaits d'une jeune femme qui faillit par excès de sensibilité, mais qui sut dignement réparer un instant de faiblesse en secourant l'indigence et surtout en inspirant à une jeunesse pauvre et sans expérience l'amour de la vertu, l'habitude du travail et le goût de l'ordre et de l'économie, pour la prémunir contre la séduction des plaisirs trompeurs du monde. ”
“ La mère d'Evélina, madame Delmarre, portait un nom qui n'était ni celui de sa famille ni de personne de ses parens ; c'était un de ces noms d'emprunt que l'on adopte en parcourant le champ de l'intrigue, et que l'on quitte avec autant de légèreté qu'on les prend, sans y attacher la moindre importance. La beauté rare, la taille svelte, noble et élégante de Camille l'avaient fait remarquer même parmi les plus jolies personnes de Bordeaux, sa ville natale; elle appartenait à une famille honorable. Née avec une ame de feu, un coeur impressionnable, elle aima avec passion. ”
“ On ne peut jamais suspecter la douleur d'une mère; aussi ses larmes peuvent-elles couler devant tout, ce qui l'entoure ; on s'empresse de les essuyer, chacun lui offre des consolations et s'associe à ses peines; car la mort d'un fils unique, espoir et dernier rejeton d'une famille honorable, est une telle calamité que les étrangers même ne peuvent s'empêcher d'y prendre part: triste adoucissement, il est vrai, pour une perte irréparable ! ”
“ C'est toi qui donnes de la vie à nos pensées, et qui nous embrases d'un feu divin; c'est toi seul qui inspires l'artiste et le poète lorsqu'ils retracent tes voluptés, tes tourmens et tes caprices. Ainsi la présence d'Alfred, beau comme le dieu du jour, avait électrisé Evélina; heureuse d'obtenir un regard de son amant, fière de concentrer toute son attention, elle semblait lui reporter comme un tribut imposé à son, amour les nombreux hommages dont elle était enivrée. ”
“ Je viens d'avoir avec elle une longue et grave conférence, je lui ai confessé sans arrière-pensée mes égaremens et les tiens ; je l'ai instruite de ton amour pour M. de Lozeran, et de la catastrophe qui a jeté pour toujours dans le deuil une famille dont le chef nous appartient, par des liens réprouvés, il est vrai, par les lois et la religion , mais consacrés par le code de la nature. Madame de Nangis a été frappée de l'enchaînement de ces diverses circonstances, et surtout fort émue des larmes qu'elles nous font répandre. ”
“ Quant à madame Delmarre, fière des succès d'Evélina; elle s'applaudissait du résultat de ses soins et des sacrifices qu'elle s'était imposés pour lui procurer une éducation brillante, et jouissait d'un bonheur sans mélange en la voyant répondre si dignement à sa sollicitude. Oubliant ses malheurs passés ; elle ne vivait que pour sa fille dont la douce; et tendre affection comprenait parfaitement le coeur de sa mère. ”
“ Maîtresse de mon coeur, en le lui donnant je ne trahis aucun serment, je ne déshonore personne; je suis seule dans le monde, sans famille, sans alliance; qui pourrait donc s'opposer à ce que je fasse le bonheur de l'être que je chéris plus que la vie, cette vie qui s'écoule si tristement quand elle n'est point embellie par une douce affection? ”
“ EVELINA. 105 Elle comprit pour la première fois que la tendresse d'une mère, que le désir de lui plaire, que celle profession de son choix ne suffisaient plus pour remplir son existence ; un sentiment plus vif et tout nouveau pour elle s'empara de ses facultés ; elle ne se plaisait que dans la solitude. Bientôt elle s'aperçut que l'image d'Alfred la poursuivait sans cesse ; elle vit clair dans son coeur. ”
“ Hélas! ma mère, reprit Evélina, en fondant en larmes, cet amour que vous blâmez fait tout mon bonheur ; son secret était le seul bien que je possédais sur la terre. Oui, je ne peux le cacher davantage ; j'aime, j'adore M. de Lozeran ; je suis fière d'avoir su lui plaire; jamais, non jamais je n'appartiendrai à un autre qu'à mon Alfred. Ah! croyez qu'il est digne de toute ma tendresse. Et d'ailleurs est-on toujours libre de maîtriser son coeur? soyez-en persuadée, j'ai voulu dès sa naissance étouffer cet attachement dont les progrès effrayaient mon repos ; long-temps je l'ai combattu ”
“ Hommage au talent, c'est le public qui la donne. 72 EVÉLINA. Tels furent les premiers pas d'Evélina dans la carrière des arts, tels furent ses premiers succès, fruits de son seul talent; succès qui n'étaient dus ni aux combinaisons de l'intrigue, ni à l'or d'un protecteur puissant, en échange de quelques faveurs. Non, ce brillant début provenait d'une source plus pure : l'art et la nature, les seuls patrons d'Evélina, en avaient fait tous les frais; le bon goût et les suffrages libres d'un public éclairé en étaient la juste récompense. ”
“ Madame Delmarre, hors d'état de supporter plus long-temps des reproches qui lui rappelaient avec tant d'amertume les égaremens de sa jeunesse, égaremens que bien des années d'une conduite parfaite avaient en partie expiés, tomba sans mouvement aux pieds de sa fille. Ce moment fut déchirant pour Evélina. « Ah! ma mère, qu'ai-je fait? s'écriat-elle. Pardonnez à votre enfant, elle déteste ses torts; oubliez, je vous supplie, et ses reproches et son audace ; accusez-en son amour et non son coeur. » ”
“ Madame de Nangis, supérieure du couvent où se trouvaient Clotilde et Evélina, avait été éprouvée par des chagrins cuisans; aussi cette dame avait-elle compris que la religion pouvait seule alléger les violentes et profondes douleurs qui avaient flétri une partie de son existence. Issue d'une noble et illustre maison, elle avait rencontré dans son mari un être digne de toute sa tendresse et de ses regrets éternels : naissance, considération , grandes alliances, fortune brillante, tout présageait au comte et à la comtesse de Nangis la plus douce destinée. ”
“ Introduits dans une pièce qui précédait l'appartement principal, ils furent témoins de la sollicitude qu'apportait Evélina dans la distribution de ses bienfaits, des sages recommandations dont elle les accompagnait, de la douceur angélique avec laquelle elle consolait les infirmes et les indigens, des encouragemens qu'elle donnait à ces jeunes filles élevées sous ses auspices. «C'est un ange, s'écria l'abbé de Sonville, profondément ému d'un tel tableau. Si elle a commis une faute, si elle a écouté avec trop de complaisance la voix de son coeur, sa conduite efface bien ce moment d'oubli.» ”
“ La nature, toujours admirable dans ses secrets, paraît doter les femmes d'une énergie extraordinaire dans ces momens où elle les appelle à accomplir le grand oeuvre de la régénération; la perspective des douceurs de la maternité calme pour elles les angoisses qui précèdent leur délivrance, et l'on peut dire qu'en ouvrant tes portes de la vie elles y entrent elles-mêmes plus avant. Aussi Evélina, déjà si courageuse, recueillit-elle toutes ses forces pour donner le jour au fils qu'elle avait conçu dans l'ivresse d'un premier amour. ”
“ Dieu en a décidé autrement; et malgré la liberté que vous donnent les lois civiles de rentrer dans le monde, vous aimerez mieux, sans doute , Clotilde, me laisser dans cet affreux abandon que rompre des voeux prononcés contre la volonté de votre père et contre la mienne. Au reste, je livre à votre tendresse et à votre sensibilité cette réflexion que m'ont suggérée mon coeur et ma déplorable position. " Adieu, ma fille, je vous embrasse; comptez toujours sur la vive affection de votre mère, quelle que soit la résolution que vous prendrez. ”
“ Moins une passion est satisfaite, plus elle devient violente; plus on obtient, plus on veut obtenir encore; une première faveur nous en fait rechercher de nouvelles; insatiables dans nos désirs, nous voulons courir de conquêtes en conquêtes sans nous inquiéter des suites de la victoire, déplorable trophée trop souvent arrosé de larmes. Qui ne sait l'empire qu'exerce sur le coeur de feu d'une fille de dix-huit ans un homme jeune, beau, aimé et passionné ? Quelle est la femme qui résistera à ses prières ? ”
“ EVÉLINA. 189 seulement vous sentirez toute la valeur des sacrifices que vous lui aurez faits. L'ennui et le chagrin vous saisiront ; vous finirez peut-être parla haïr autant que vous l'avez aimée, vous l'accablerez de reproches. Victime de votre injustice, cette infortunée; sans appui, sans famille, sera près de vous comme l'esclave qui tremble de déplaire à son tyran, elle fuira vos regards. A la dureté de vos procédés elle opposera la douceur de son caractère; mais à la fin, réduite au désespoir, détestant comme vous des liens indissolubles, elle succombera sous le poids de ses douleurs. ”
“ Enfin nous touchons au terme de nos maux; puissent-ils, Evélina, n'être plus pour nous tous qu'un songe pénible qui nous procure au réveil une félicité sans mélange! Oui, ma fille chérie, j'accours près de toi pour t'annoncer que la mère, d'Alfred sait tout et oublie tout ; une femme capable d'aimer et de souffrir comme elle sait aussi pardonner sans restriction. Demain, oui, demain, nous partirons pour Nantes ”
“ Enfin, au milieu du tumulte, un jeune homme attaque avec vivacité un cabaleur, le force à sortir, et un rendez-vous d'honneur est donné pour le lendemain. C'est Alfred de Lozeran, qui depuis le jour du concert éprouve pour la belle cantatrice ce sentiment de sympathie indéfinissable qui nous courbe sous son joug magique, et dont nous ne pouvons pas plus concevoir que dompter la puissance. Alfred aimait donc Evélina de toutes les puissances de son ame et sentait que cet attachement, le premier qui fût entré si profondément dans son coeur, serait éternel ”
“ Arrivés sans être attendus au château de Saint-Maurice, l'abbé et M. de Poligny furent frappés de l'ordre qui y régnait. Le parc recevait des embellissemens qui occupaient un grand nombre de bras ; des fondations sortaient de terre; un riche monument funèbre était sur le point d'être terminé; d'habiles artistes décoraient ce mausolée consacré aux mânes d'Alfred et érigé par l'amour et la reconnaissance. Ce tombeau, placé dans le cimetière du village, pouvait ainsi provoquer les prières de tous ses habitans. ”
“ Les chagrins de tous genres qui avaient en si peu de temps accablé M. de Vermont détruisirent rapidement sa santé; il sentit approcher le terme de sa vie avec le regret bien amer de laisser après lui madame de Vermont sans fortune et sans appui ; mais ce qui l'affecta le plus douloureusement, ce fut d'être privé du bonheur de bénir sa fille et de la presser encore une fois sur son coeur. Cette idée empoisonna ses derniers momens. Vainement s'adréssa-t-il au clergé pour obtenir cette consolation ”
“ Le premier rendez-vous accordé par Evélina à Alfred fut suivi de beaucoup d'autres, au point que bientôt leur intimité ne fut plus, à la ville comme au théâtre, un mystère pour personne. Le talent de la jeune cantatrice acquérait chaque jour un degré de perfection plus remarquable; son jeu, plus naturel et plus varié , lui valait d'unanimes applaudissemens; sa beauté avait encore plus d'éclat qu'à l'époque de ses débuts; tout se réunissait chez elle pour l'entourer d'un attrait plus irrésistible que jamais ”
“ Evélina; sans elle au contraire elle perd tous ses charmes, elle n'est plus pour moi qu'un beau nom, une folie sublime ; la vertu, voyezvous, n'est pas, comme l'amour, un besoin, un devoir, un ordre de Dieu gravé dans le coeur de l'homme. ”
“ EVELINA. 299 cette terre sans regret et sans terreur ; car la mort n'est effrayante que pour le crime...., Je recommande mon fils aux prières des habitans de ce village; puissent-elles le protéger contre de funestes égaremens !... Ditesmoi, mon père, croyez-vous que Dieu me pardonnera? « — Oui, ma fille, répondit le vieillard, je l'espère, si votre coeur est maintenant tout à lui. » Et il lui présenta l'image de celui qui descendit sur la terre, non pour la puissance et le génie, mais pour la souffrance et la mort. Bientôt rentrèrent M. et madame de Poligny. ”
“ Loin de blâmer Evélina , on admira son dévouement et on renonça d'un commun accord à la conduire à Nantes. « Oui ! demeurez ici, ma fille, s'écria madame de Poligny; c'est à nous à rester près de vous, à vous prodiguer nos soins dans la grave circonstance qui se prépare, et qui, espérons-le, en comblant vos voeux et les nôtres, nous consolera de tant de calamités. » ”
“ M. de Vermont augmenta le nombre de ceux qui furent emportés par le torrent; et dans l'espoir d'accroître en peu de temps ses revenus, il vendit une forte partie de son patrimoine pour courir les chances hasardeuses et trop souvent funestes de la Bourse. Ses premiers essais dans l'agiotage furent prospères, et les brillans bénéfices qu'il en retira l'entraînèrent à s'y livrer de nouveau : c'est que rien au. monde n'encourage comme un premier succès; dès ce moment on croit être certain de diriger à coup sûr les combinaisons les plus téméraires ; il semble que rien ne puisse tromper nos calculs. ”
“ A peine la pièce est-elle finie et le rideau baissé qu'il traverse la scène pour retrouver sa maîtresse, lorsque tout à coup un décor se détache d'un portant et va l'écraser infailliblement sans Evélina qui l'aperçoit, jette un cri déchirant, et prompte comme l'éclair s'élance sur lui, l'entraîne, et l'arrache ainsi à une mort inévitable, restant ellemême froissée légèrement de la chute du décor. ”
“ Il y a dans la vie, et surtout dans l'existence d'une femme, des positions plus affreuses que la mort même; telle est à présent la mienne, monsieur; telle est celle où m'a plongée votre lettre, dont le style plus que leste m'a prouvé que je ne vous étais point connue.. La manière dont vous me faites part des intentions de M. de Lozeran est aussi ridicule que déplacée; qu'il garde ses dons, qu'il conserve ses largesses, sa munificence pour d'autres femmes qui ne les refuseront pas ”
“ Lorsque, par exemple, privés pour jamais de l'être qui nous faisait chérir l'existence, nous restons tout à coup sans appui comme sans espoir, nous nous abandonnons souvent à un tel découragement que les ressorts de nos facultés intellectuelles se détendent et finissent même par nous rendre insensibles au mal comme au bien, Cet état étrange est peut-être un bienfait de la nature, car il protège notre faiblesse physique contre la violence de nos chagrins. Telle était la triste situation de madame de Poligny et d'Evélina après la mort d'Alfred? ”
“ C'est ce château, madame, c'est cette habitation solitaire que m'a léguée la munificence de mon Alfred; qui sera le berceau de son enfant; ÉVÉLINA. 295 c'est dans ces lieux, près de la tombe de son père, que je puiserai les forces nécessaires pour lutter contre mes douleurs; ici je dois vivre, ici je dois mourir. Les êtres auxquels j'ai fait un peu de bien invoqueront peut-être le ciel en faveur de leur malheureuse, amie. Ah! de grace, n'insistez pas davantage; m'arracher de ce séjour paisible, où tout me rappelle mon amant, ce serait vouloir me déshériter de ses bienfaits. ”
“ Madame de Poligny tendit sa main à son mari. « Sans doute, lui dit-elle, il n'y aura plus de joie pour moi sur la terre, mais je comprends par tout ce que je souffre combien il est douloureux de vivre séparé de l'être à qui l'on a donné la vie. Aussi, mon ami, je vous en prie, partez pour SaintMaurice, je veux voir votre fille ; j'aurai pour elle toute l'affection que vous aviez pour Alfred, pour mon malheureux fils. Ah! c'est une dette que mon coeur saura dignement acquitter... Oui, allez chercher votre Evélina, présentez-la moi, elle peut compter sur une réception toute maternelle. » ”
“ Quoique Rennes fût jadis considérée comme la capitale de la Bretagne, cette antique cité est loin d'avoir la même importance que Nantes, l'une des plus riches et des principales villes de France, par sa nombreuse population , l'étendue de ses relations commerciales, l'élégance de ses constructions, et surtout par la magnificence de ses quais. Tout dans cette ville respire l'opulence. ”
“ Là, dans cette retraite où les passions humaines n'ont point d'accès, je vivrai pour prier et me préparer à bien mourir; oui, Evélina, plus ce sacrifice sera sensible à mon coeur, plus il plaira à Dieu au service duquel je veux désormais me consacrer. C'est dans ce couvent où tu fus élevée; c'est près de notre respectable amie madame de Nangis que je désire terminer ma carrière. Certaine maintenant que ma fille va jouir d'une existence honorable, qu'elle sera sous la protection tutélaire d'un autre moi-même, je n'ai plus de voeux à former ”
“ Arrivées à Paris madame Delmarre et sa fille descendirent à un hôtel situé rue de Richelieu , où elles prirent un appartement fort modeste; un piano et une harpe furent les seuls meubles qu'elles se procurèrent. Vivant avec une extrême économie, elles comptaient qu'un heureux hasardapporterait enfin un terme à l'éventualité de leur existence. Cependant la mère d'Evélina avait frappé sans succès à la porte des amis sur la générosité desquels elle avait compté, peut-être avec trop d'abandon. ”
“ Oui, ma fille, EVELINA. 229 s'écria-t-elle, monsieur est ton père; regarde ce portrait qui ne m'a jamais quittée, voilà ses traits; le voilà bien mon Henri, tel qu'il était lorsqu'il s'arracha de mes bras pour me laisser sans appui, sans ressource. C'est alors que, pour échapper à mon désespoir et à la misère, je me livrai à la dissipation la plus coupable; mais tu grandissais, Evélina; chaque jour tu me devenais plus chère; mes remords se réveillèrent aux cris de la nature, j'eus le bonheur d'entendre cette voix sacrée ”
“ EVÉLINA. 273 d'hui le septième mois de la mort d'Alfred; il me convenait moins que jamais de me dispenser d'assister au service que l'abbé de Sonville est dans l'usagé de célébrer à pareil jour. » Madame de Poligny jeta sur le père d'Evélina un regard où se peignait la plus douce gratitude : « Ah ! mon ami, s'écria-t-elle, combien je vous remercie de ce touchant souvenir! Il n'y a qu'un homme sensible comme vous l'êtes qui puisse ainsi comprendre le coeur d'une mère. » ”
“ EVELINA. 191 dèles, de bonnes mères, d'enfans tendres et reconnaissans. La bienfaisance est une vertu innée chez la plupart d'entre eux; il est rare qu'un artiste implore vainement ses camarades. Survient-il une de ces grandes catastrophes qui portent le deuil dans une population tout entière, sur-le-champ les théâtres s'empressent d'alléger ce désastre en apportant leur offrande. Dans une foule de circonstances, jamais la pitié n'invoqua sans succès le secours du talent. ”
“ Ah! monsieur, 128 ÉVÉLINA. rendez-la bien heureuse, elle en est digne. Puisse-t-elle jamais l'être autant qu'elle le mérite, car c'est un ange de bonté, et pour l'esprit c'est un démon ! D'après l'aveu que je viens de vous faire, et surtout aussi d'après vos loyales intentions, j'accepte votre message; remettez-moi votre lettre; vous pouvez compter que je n'abuserai ni de votre confiance, ni de la position d'Evélina. » Alfred se jetta au col de Frémont. « Comment, s'écria-t-il, pourrai-je jamais reconnaître un tel service? - En respectant celle que vous aimez, répliqua l'artiste. » ”
“ Un homme aussi capable ne manqua pas de se livrer à de nombreuses démarches pour faire entendre Evélina dans l'un des concerts dont nous avons parlé, certain de connaître par cette épreuve la sensation qu'elle produirait sur l'élite de la société. Parvenu à aplanir les difficultés que lui élevait une sotte vanité, il s'empressa d'en prévenir la jeune cantatrice dont la timidité bien naturelle et presque toujours inséparable d'un premier début pouvait paralyser les facultés. ”
“ Les préventions bien naturelles que la mort d'Alfred avait nourries dans le coeur de sa mère contre Evélina ne purent résister à tant de motifs ; la nature, la religion, l'amour conjugal s'unirent pour plaider la cause de la jeune fille. ”
Termes fréquents
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