“ Offensez des auteurs qui n’offensent personne ; De la religion soldat deshonoré, Vous qui croyez en Dieu dans un siècle éclairé, Gilbert, de votre cœur savez-vous ce qu’on pense ? Hypocrite, jaloux, cuirassé d’impudence, Vous ne l’ignorez pas, votre méchanceté Donna seule à vos vers quelque célébrité, Et l’oubli cacheroit votre muse hardie, Si vous n’aviez médit de l’Encyclopédie. Encor si démasquant les Prêtres, les Dévots, Vous diffamiez leur Dieu par d’utiles bons mots ; Peut-être on vous pourroit pardonner la Satire : Lorsqu’on médit de Dieu, sans crime on peut médire. ”
Nicolas Gilbert
Élements biographiques
Nicolas Joseph Florent Gilbert (1750-1780), poète et satiriste lorrain, incarne une voix critique du Siècle des Lumières, opposant farouchement les Encyclopédistes et les Académies. Né à Fontenoy-le-Château, il débute sa carrière à Nancy avant de s’installer à Paris, où ses œuvres majeures, comme Le Dix-Huitième Siècle (1775) ou Mon apologie (1778), dénoncent l’arrogance philosophique et les dérives sociales.
Son style acerbe, mêlant ironie et mélancolie, révèle un génie malheureux, trahi par les institutions et la maladie, dont les Adieux à la vie marquent la fin tragique. Son héritage, teinté de romantisme précoce, résonne dans les récits de ses contemporains.
Citations de Nicolas Gilbert
Nicolas Gilbert,
Le Dix-Huitième Siècle
“ De nos Arts, de nos mœurs garantit l’excellence ; Et sans plus de raisons, si je réplique un mot, Pour prouver que j’ai tort, il me déclare un sot. Mais de ces Sages vains confondons l’imposture ; De leur règne fameux retraçons la peinture ; Et dussai-je mourir dans mon obscurité ; Du Puits, sans m’effrayer, tirons la vérité. Eh ! quel temps fut jamais en vices plus fertile ; Quel siècle d’ignorance, en vertus plus stérile, Que cet âge nommé siècle de la raison ? L’écrit le plus impie est un fort beau Sermon, Sur l’amour du prochain l’Auteur crie avec zèle ”
Nicolas Gilbert,
Le Poète malheureux
“ Que les plus grands talens y montent avec peine, Que noircis par l’envie, accablés par la haine, Tous ont vu le bonheur s’échapper de leurs bras ? Songe au sort de Milton, songe au destin d’Homère : L’homme, ingrat de leur tems, a-t-il changé depuis ? Ah ! mon fils, je suis pauvre & tu n’as plus de mère, Bientôt tu vas me perdre, ou seront tes appuis ? Mon fils, crois-moi, mon fils, sors de ton indigence, Et vers la gloire alors dirige tes travaux : Au nom de tous les soins qu’on prend de ton enfance, Par mes cheveux blanchis. — Donnez-moi des pinceaux. ”
