Résumé

Charles Dodeman Le Spectateur inconnu. Le Journal d'un bouquiniste… (1922)

La pluie et le ciel gris ajoutent à la mélancolie du quai et la pénurie de recette aiguise cette tristesse d'un peu d'angoisse. La vie au jour le jour est ainsi faite de quiétude et d'inquiétude et c'est ce qui lui donne un charme ignoré de la vie à budget équilibré. Chaque jour qui se lève amène souvent son problème et l'on est, parfois, bien étonné de l'avoir résolu. On en arrive à croire qu'un génie dirige les événements et amène un dénouement heureux pour chacun de ces drames minuscules.
Source : Gallica

Charles Dodeman Le Spectateur inconnu. Le Journal d'un bouquiniste… (1922)

Mais le bourgeois — qui vit en dehors du cycle paysan, ignore les dessous étranges du caractère paysan et il honore Honorine.
Avant de tenir un étalage sur le quai, Honorine gérait un minuscule cabaret dans une rue voisine. Elle était bonne comme le bon pain. Elle avait pour les chevaux une pitié maternelle. Du matin au soir, elle avait à la main sa boîte à sciure, et, lorsque le pavé était glissant, sous les pas des chevaux, elle allait la répandre. La bonté ne va pas sans une fraîcheur d'âme, source de franche gaieté. Honorine était gaie.
Source : Gallica

Charles Dodeman Le Spectateur inconnu. Le Journal d'un bouquiniste… (1922)

Le bouquiniste est un confident. Immobile au sein de la cité qui flue incessamment, son cœur est la coupe où l'abandonné du bonheur, où l'homme seul vient jeter, parfois, les larmes qui débordent de ses paupières, la lave en fusion dans son esprit. Le Spectateur est ainsi venu à moi, naturellement. Presque chaque jour, il passe ; il me jette un sourire, un mot ; ou bien, il s'arrête et nous parlons.
J'ai eu l'idée de décrire le microcosme des quais. Seul, je pouvais n'en avoir ni le talent, ni la force. Je suis un simple « chand d'bcuquins ». Le bouquiniste est une sorte de paysan du Danube.
Source : Gallica

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