“ Mikhaïl perdit complètement la tête. Debout, le visage embrasé, les cheveux en désordre, il leva la main : — Écoutez, amis, figurez-vous que je vais mourir ce soir... — Mourir ce soir ! dit Loutchia. Merci ! Ce soir tu ne vas pas mourir, mais faire l’amour, plutôt, avec cette belle Grecque-là, — n’est-ce pas, Polixéni ? La Grecque vint jeter ses bras autour du cou de Mikhaïl : — Oui, mon palikare, tu vas mourir dans mes bras, ce soir. — Écoutez ! C’est le baïram ! Je prends le commandement ! Tout pour l’amour aujourd’hui ! N’est-ce pas, Adrien ? ”
Collectif
Résumé
"Europe", œuvre collective de la fin du XIXe siècle, explore les tensions entre amour, existence et idéaux sociaux à travers des personnages comme Adrien, Mikhaïl ou Minnka. Déployée dans des lieux tels que les tavernes ou les rues de Bucarest, l'œuvre mêle dialogues percutants et réflexions sur la condition humaine, marquée par des thèmes de solidarité, de marginalisation et de combat contre la misère.
Les citations révèlent une quête de liberté et une critique des structures oppressives, illustrant la complexité des relations humaines dans un contexte de transformations sociales.
Citations de Europe (Collectif)
“ Chaque jour, tel le Danube, leurs cœurs gonflaient sous l’assaut des vagues passionnelles. Lui savait que sa femme n’était plus là que par miracle, et l’idée de la perdre lui devenait journellement plus pénible que la mort. Elle, tout barrage conventionnel abattu, se laissait entièrement emporter par son amour pour Minnkou, pour sa vie saine. À Japsha Rouge, l’âme de Minnkou n’en était pas moins malade. Et ces mêmes jours de juillet, regardant la montée du Sereth, c’était son propre cœur qu’il sentait gonfler. Mais chez lui, cela allait loin : — Je tuerai Sima ! ”
“ Et la masse fait toujours cette opération-là. La masse, ou seulement l’homme-masse, l’homme qui peut se multiplier à l’infini sans jamais changer de figure. C’est l’humanité-ennui, l’humanité-cafard. Je ne l’aime pas ! Si elle avait un instant de lucidité, elle se suiciderait. Son existence est nulle comme celle du désert. Je veux bien donner ma vie pour qu’elle puisse un jour manger à sa faim, mais rien de plus. C’est elle qui ne veut de moi rien d’autre. Alors, quoi ! Dois-je me laisser limer ? — Sacré aristocrate ! s’écria Mikhaïl. ”
