“ Un jour, près de Dlepta, une attaque brusque et inattendue le jeta contre terre, la tête en avant ; il heurta un rocher et se blessa. « Barba Yani ! Aman, Barba Yani ! Que faites-vous ? Vous avez mal ? » Non, Barba Yani n’avait plus mal Le mal resta pour moi... Ce fut le ver rongeur de ma vie d’après. La nostalgie de cette amitié perdue et le désir de chercher, malgré tout, une affection me décidèrent, quelques années plus tard, à retourner dans mon pays, à m’approcher d’un être humain, à l’aimer comme j’aimais Kyra et ma mère, comme j’aimais Barba Yani. ”
Panaït Istrati
Résumé
Publié en 1923, Kyra Kyralina de Panaït Istrati est un roman qui explore les thèmes de l’amour, de la nostalgie et de la quête de sens à travers les destins entrelacés de personnages comme Kyra, Stavro, Barba Yani et Adrien.
L’œuvre combine réflexions existentielles, descriptions sensorielles (narguilés, ducats, voiliers) et conflits humains, illustrant la complexité des relations et la lutte entre désirs terrestres et aspirations spirituelles. Le texte souligne, par des scènes poétiques et des dialogues percutants, la fragilité des liens humains et la recherche d’une vérité intime, comme en témoigne la citation sur l’« amitié perdue » qui anime le narrateur.
Citations de Kyra Kyralina (Panaït Istrati)
“ DRAGOMIR Quatre ans s’étaient écoulés depuis le jour où Adrien avait écouté, de la bouche de Stavro, l’histoire de Kyra. Malgré ses recherches et ses efforts pour rencontrer le malheureux limonadier et lui prouver son affection et son amitié, celui-ci était resté introuvable. Il le crut mort. Et l’existence, maintenant fort mouvementée, de notre passionné jeune homme, suivit sa destinée. Mais cette destinée était toute à son service, au moins pour ce qui l’intéressait le plus dans la vie : le besoin de regarder sans cesse dans le gouffre de l’âme humaine. ”
“ Si j’arrive à sauver mon œil et à effacer toute trace de laideur, je vivrai et vous me reverrez... Si mon œil est perdu, vous ne me reverrez plus... Et voilà ce que j’ai à vous dire : toi, Kyra, si — comme je le pense, — tu ne te sens pas portée pour vivre dans la vertu, dans cette vertu qui vient de Dieu et s’exerce dans la joie, — ne sois pas vertueuse, contrainte et sèche, ne te moque pas du Seigneur, et sois plutôt ce qu’il t’a faite : sois une jouisseuse, sois débauchée même, mais une débauchée qui ne manque pas de cœur ! ”
