“ On ne verra plus de singes, comme le Sirejacob, fusiller ses ouvriers, — pour la simple raison que les singes ont disparu de la circulation. Et le contraire aussi sera inconnu : des prolos, tels des taureaux furibonds, affolés par l’exploitation et le mistoufle et fonçant sur les capitalos. De même, on ne verra plus de porcs ; kif-kif le contre-coup de Puteaux, pratiquer le féodal droit de cuissage ; les copines, émancipées du mâle, n’auront plus à se venger d’avoir été violées d’abord et plaquées ensuite ; l’intérêt ne décidera plus de leur cœur et l’amour soufflera où il voudra. ”
Collectif
Résumé
“Le Père peinard”, est une œuvre de Collectif. Des thèmes tels que prolos, Doi Van ou contre-coup y sont abordés.
Citations de Le Père peinard (Collectif)
“ Turellement, ce jean-foutre de patron n’a pas été mis en cause. Les canards du patelin se sont bien fendus de quelques larmes de crocodile sur les cadavres des deux copines. Mais, pas un n’a cherché la patte de l’assassin. Et le patron continuera à violer ses ouvrières jusqu’au jour où il se frottera à une bougresse assez délurée pour lui arracher les yeux, ou le châtrer. ”
“ PATRON ASSASSIN Qu’un patron tue des prolos, c’est chose bougrement commune, nom de dieu ! Seulement la main du criminel est souvent si cachée sous tous les flaflas et les préjugés de la garce de la société actuelle, que les bons bougres ne voient pas d’où est parti le coup. ”
“ Les jean-foutre tablent trop sur la bonhomie du populo qui est tout plein incommensurable : y a derrière nous une telle kyrielle de siècles d’exploitation que le pli semble définitif et que les richards ne peuvent pas se faire à l’idée que le populo puisse rêver être autre chose qu’un troupeau de ruminants sans volonté. Les types ont tort ! Si bonnes poires que soient les turbineurs, un jour vient où la dose d’avanies, de rosseries et de misères que les capitalos et leurs larbins leur font endurer est trop considérable. ”
“ Dans la couture, on surnomme mannequin de girondes bougresses que le patron frusque chiquement et qui se trimballent ainsi parées dans des salons où s’amènent les clientes. Quand une pouffiasse de la haute veut se rendre compte de l’effet d’une toilette, c’est le mannequin qu’on harnache ; et la pauvrette doit virevolter, au gré de la richarde, sans jamais manifester de fatigue. ”
“ Ah, nom de dieu, c’est du propre ! Sales républicains de pacotille, infâmes richards, journaleux putassiers, vous tous qui rongez le populo plus que la vermine et l’abrutissez avec vos mensonges, venez donc encore nous débiter vos ritournelles sur votre esprit d’humanité ? Vous avez organisé bougrement de fêtes pour le centenaire de 89 — la plus chouette, celle qui caractérise le mieux votre crapulerie, c’est l’exécution du Doi Van. C’est pas sur un piquet, au fin fond de l’Asie, dans un village tonkinois, qu’elle aurait dû être plantée, cette tête. ”
“ Le jour où les usines accaparées par les capitalos, ce qui fait que les prolos sont menés à la trique et pressurés jusqu’à la gauche, seront devenues le bien de tous, y aura plus d’anicroche ; on vivotera sur un pied d’égalité, — et conséquemment en pleine liberté, car la liberté et l’égalité ne sont que les deux faces d’une seule et même chose. ”
“ Pour preuve, que je vous raconte l’exécution du Doi Van, un chef de pirates, qui avait fait sa soumission à la France, puis avait repris les armes contre sa patrie, à la tête de troupes rebelles. Pas besoin de vous expliquer ce baragouin, vous avez compris, pas les aminches ? Les pirates, les rebelles, c’est des bons bougres qui ne veulent pas que les Français viennent dans leur pays s’installer comme des crapules ; c’est pas eux qui ont commencé les méchancetés, ils ne font que rendre les coups qu’on leur a foutus. ”
“ Le pays, c’est vous, c’est nous, c’est le travail fécond. Ils n’ont pas le pays. Ils en sont les exploiteurs. Leur force, c’est votre inertie. Républicains, Démocrates, Socialistes, Révolutionnaires, Libertaires ! Il n’est pas question aujourd’hui de marquer le triomphe d’un autre, il s’agit de défendre le patrimoine commun : la Liberté. ”
“ L’horreur de vivre esclaves, de servir de matelas à leur exploiteur leur vint — horreur si forte qu’elles préférèrent en finir illico que de vivre cette garce de vie. L’idée ne leur vint pas de se rebiffer contre leur triste sort. Pourtant, puisqu’elles avaient soupé de l’existence, ça leur aurait guère coûté de se rendre un brin utile à leurs copines d’atelier. ”
“ Ce n’est pas quand on met en doute, non seulement la forme gouvernementale, mais le principe d’autorité lui-même ; quand on en arrive à vouloir réaliser une société sans État ; ce n’est pas à cette heure là qu’un prétendant a chance d’empaumer le populo. ”
“ Et j’ajoute que si, aujourd’hui les jean-fesse de la haute n’étaient pas tourneboulés par leur situation, l’appât du gain et une jalousie imbécile, ils se rendraient compte que, dans la garce de société actuelle, eux-mêmes n’y vivraient pas en joie et en tranquillité ; ils comprendraient qu’ils ont autant de profit à tirer que le populo d’un alignement social où le bien-être sera général. ”
“ Elles subissent tout, assistent à tout, sans protester. Pauvres chiffes vivantes, elles n’ont pas conscience de leur personnalité ; engrenées toutes petiotes dans les rouages de l’exploitation, elles trouvent naturelles les pires horreurs. ”
“ N’importe ! Malgré qu’un prétendant ne soit pas un danger réel, c’est canulant d’en voir germer de nouveaux, simplement parce que c’est un signe de pantouflerie chez certains. Ceux-là qui, aux rodomontades d’un prince, n’empoignent pas des pommes pourries, des trognons de choux ou de la bouse de vache pour lui courir après, en gueulant « à la chienlit », Ceux-là se rendent complices de sa propagande réactionnaire. ”
“ C’est elle qui engendre la misère et l’oppression — c’est elle la responsable des actes de révolte. Les anarchos n’y sont pour rien : ils se bornent à constater que tout va de guingois dans la société capitaliste et à crier casse-cou. ”
“ Très probablement, les bons bougres, vous avez reluqué à diverses reprises dans les quotidiens, des tartines pommadeuses au sujet de cet asile. C’était du chiquet, nom de dieu ! Je vas vous le prouver : sachez d’abord que, sur les deux cents pauvres bougresses qui y sont habituellement réfugiées, y en a bien cent cinquante qui ont un polichinelle dans le tiroir. Les pauvres travaillent à la repopulation de la France, — mais comme les grosses légumes s’en foutent, les malheureuses enceintrées n’en sont que d’avantage mistouflières. ”
“ Les enfroqués sont des feignasses qui, s’ils étaient restés des hommes, n’auraient pas été ni plus malpropres, ni plus méchants, ni plus criminels que le premier venu. Mais ils ne sont pas restés des hommes ! Ils se sont isolés, se sont créé une existence à part, une vie anti-humaine... Il n’y a donc rien d’épatant à ce qu’ils arrivent à être des monstres. Et il n’y a pas d’erreur : étant donné les circonstances et l’influence du milieu, les porcs du calibre de Flamidien sont une résultante fatale du ratichonisme. ”
“ Et ils ne sont malheureusement pas les seuls : tous les patrons sont logés à même enseigne, — ils s’engraissent de la prostitution du populo ! Je dis donc que s’il me fallait choisir entre la fréquentation d’un prince et d’un marlou, mes préférences iraient au marlou de barrière, qui, lui au moins, a l’excuse de l’ignorance et de la misère. Les républicains ne sont pas de mon avis. Il s’en faut, cré pétard ! Y a qu’à ouvrir leurs quotidiens pour s’en convaincre : toute la semaine les journaux ont fait un pétard monstre au sujet des duels du « prince » Henri. ”
“ Un soir qu’elle rentre à sa piaule, la journée finie, voilà qu’elle est reluquée par un type qui la talonne et la relance jusque dans les escaliers. Ça lui donne la frousse, et sans même se retourner pour voir la gueule de l’animal, elle se tire vivement et ne retrouve un brin de tranquillité qu’une fois sa porte bien bouclée. ”
“ Une femme, son mari mort, reste avec une gosseline à faire croustiller ; pour tout potage, la pauvre bougresse n’a que son turbin. La paye n’est pas grasse, quarante sous par jour, c’est ce qu’elle gagnait en trimant dur à son atelier. ”
“ Après s’être chiquement revanchées, les deux copines auraient pu aller boire leur dernier bouillon, — du moins elles seraient mortes le cœur gai. Mais ouai, ce que je dégoise là est contradictoire ! On fait l’un ou l’autre, mais pas les deux. Quand on est résigné, quand on n’a pas le nerf de ruer dans les brancards, on s’en va à la mort tout doucettement, — comme y sont allées Marie et Octavie. Au contraire, quand on a envie de bouffer une fesse à son ennemi et bourreau, on y va dare-dare, et on ne songe pas à se détruire. ”
“ C’est à vous hommes libres, à vous qui êtes résolus à défendre le présent et à sauvegarder l’avenir, à vous tous républicains, démocrates, penseurs libres, socialistes, révolutionnaires, libertaires, que nous nous adressons. ”
“ Non de dieu, le jean-foutre ne ferait pas mal de baisser son caquet ; les avaros qui viennent d’arriver à un salaud de la même espèce devraient lui donner à réfléchir. Le type en question veut jouer au contre-coup parce qu’il fait les eaux-grasses. La semaine dernière, il donne rendez-vous à une chouette copine, espérant bien user du droit de cuissage. ”
“ Le mannequin se serre dans son corset, à tour de bras, kif-kif dans un étau, car il faut qu’elle ait la taille fine ; que la malheureuse étouffe, ne puisse ni respirer, ni manger, le patron s’en bat l’œil. ”
“ Le directeur de la forteresse. — Ils ont toutes les audaces !... Ah ! il y a bien des gens qui voudraient avoir, comme eux, de la morue à discrétion. Moi-même, je suis loin d’en manger à tous mes repas... de la morue !... Et encore plus de boire du Porto... Le diplomate. — Du Porto ? Ils boivent du Porto ?... Et leurs journaux prétendent qu’un jour, l’un d’eux, mourant de soif, but le pétrole de sa lampe ! Le directeur — Oh ! C’est très possible ! Ces gens-là ont le génie du mal !... Le pétrole, d’ailleurs, est de première qualité ! ”
“ Calais. — Cré pétard, je ne le serinerai jamais assez : c’est la politique, — cette cochonne de politique ! — qui paralyse les énergies populaires, même la zizanie et engendre la discorde et la haine entre bons bougres. ”
“ Afin que d’autres réfugiées ne se soûlent pas d’eau claire, on a fermé les robinets, — et maintenant, par la chaleur de ces jours-ci, les pauvrettes crèvent de soif ! Hein, non d’un foutre, c’est le cas de le seriner : La charité, c’est le meurtre ! ”
“ Si un anarcho fout les pieds dans le plat et casse les vitres sociales c’est qu’il est fichu à cran par les abominations ambiantes et qu’il veut protester contre les vacheries des riches et des dirigeants. ”
“ Quand un prolo a une copine assez gironde, le contre-coup envoie le prolo balader sa viande à une vingtaine de Kilomètres, à seule fin qu’il ne puisse s’amener à la maison. Pendant ce temps, le mossieu s’en va faire du plat à la ménagère ”
“ Mais foutre, la question n’est pas là : ce qui est abominable, c’est que, grâce à la puissance de leurs millions, plus rien n’arrête les richards. Que devient la liberté — celle que garantit le Code — pour les patrons du Louvre ? ”
“ Lundi dernier, ils demandèrent à sortir ; mais comme, dans ce bondieu de bagne, les prolos sont rivés au turbin, l’autorisation leur fut refusée. Ils sortirent quand même ! Les quotidiens bourgeois racontent que les deux turbineurs en profitèrent pour aller soiffer à l’estaminet voisin et qu’ils ne radinèrent au bagne qu’avec une paille dans le nez. Ça peut être vrai..., comme ça peut être faux ! En rappliquant, dans un couloir du bagne le deux prolos se cognèrent dans la gueule du singe. ”
“ La férocité de chats tigres que vous avez foutue à martyriser les Communeux, vous l’employez maintenant à faire des mistoufles aux Tonkinois. Que venez-vous nous seriner sur les Prussiens, les pendules chapardées, les villages brûlés ? — Les Prussiens faisaient la guerre en soldats et non pas en barbares. ”
“ Quand on soupçonne un individu d’anarchisme, on va lui proposer le marché suivant : rester libre et pauvre ou venir ici et jouir de tout le confort désirable. Le diplomate. — Ils préfèrent perdre leur liberté ? ”
“ Peu nombreux, mais hardis et prêts à tout, ils ont fondu tous les partis en un seul. Cléricaux, royalistes, césariens, antisémites, nationalistes, ils sont les forces déchues du passé en lutte avec les forces émancipatrices de l’avenir. ”
“ Ces façons militaires seraient tout simplement ridicules, si le salopiaud n’entrelardait ses commandements d’injures et de vacheries à l’adresse des pauvres diablesses de turbineuses. Nom de dieu, il faut vraiment que les malheureuses aient la faim au ventre pour endurer pareilles vilenies ! ”
“ C’est que la frocaille ne fait vœu de chasteté que pour cacher son jeu : n’ayant pas de famille, ayant brisé tous les liens sociaux, ces animaux arrivent vite à exécrer l’humanité ; ils sont ainsi plus à même de faire du mal au populo en nous introdufubilisant leurs mensonges ; quant à leurs passions, loin de les réfréner, ils les assouvissent sans mesure... Et ils arrivent ainsi à être à tous points de vue — tant au moral qu’au physique — de parfaits jésuites, des monstres complets ! — o — Les bouffe-galette sociales parlent de pondre une loi qui interdise aux enfroqués de faire l’école. ”
“ Ce qui est abominable, c’est les exigences de la patronne vis-à-vis de ses prolos : non contente de les exploiter jusqu’à la gauche – de les tondre au figuré – voici qu’elle se permet de les tondre réellement. ”
“ Ah nom de dieu, quand il s’agit de baver sur les anarchos, c’est pas le papier qui leur manque ! Quand il s’agit d’un contre-coup, y a rien de fait. Enfin, le Faudier a débarrassé ses victimes ; c’est ce qu’il avait de mieux à faire ! ”
“ Un millionnaire, qui n’a d’autre intelligence que le contenu de son coffre-fort, s’est fourré dans le cruchon d’être député. Pourquoi pas ? De plus buses que lui le sont bien ! Dans cet espoir, histoire de se rendre populaire, il a monté un sacré bagne où on fabrique de la galoche. Mais la rapacité du capitalo lui fait perdre de vue ses plans de popularité : dans son usine, les ouvriers y sont traités kifkif des bêtes de somme. ”
“ Du coup, mince d’émotion en Italie : c’était à qui, parmi les galonnards, se ferait de la réclame en provoquant Henri en duel. Finalement, c’est entre princes que ça s’est dévidé. Les deux batailleurs ont ça de commun que, n’étant pas enfants naturels, au lieu de porter, comme tout le monde, le nom de leurs paternels, ils sont affublés d’un nom de ville. L’un se fait qualifier « d’Orléans » comme le vinaigre, L’autre « de Turin » kif-kif le vermouth. ”
“ Or donc, lundi après-midi, la bonne bougresse en question était en retard juste d’un quart d’heure. Le garde-chiourme n’hésite pas, il lui fout sa courroie à bas. La riche typesse s’amène et, reluquant sa courroie par terre, se fout en colère d’une chouette façon ; elle s’en va trouver le singe et lui demander ce que ça signifie, et s’il a à se plaindre d’elle. ”
“ Le salopiaud guignait principalement les fillettes de 12 à 14 ans. Quand une envie tenait sa sale carcasse, il ne reculait devant rien ; il employait les plus abominables moyens dont usent journellement patrons et contre-coups. ”
