Résumé

E. Grimard Essais de Physiologie végétale

Le chêne n’est pas seulement fort et opiniâtre, il est encore, et ce n’est qu’une conséquence naturelle, l’image de la concentration la plus obstinée. Nulle expansion, nulle révélation de lui-même. Certains végétaux se manifestent de loin et vont comme au-devant du visiteur auquel ils envoient leurs arômes. Chez celui-ci c’est l’écorce, chez tel autre le feuillage, chez un plus grand nombre encore ce sont les fleurs ou les fruits qui, par l’odeur, la couleur ou l’éclat, attirent le regard et subjuguent l’attention. Rien ne transpire de l’impassible tronc du chêne.
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E. Grimard Essais de Physiologie végétale

Pour vivre d’une vie complète et soudaine, la plantule devrait puiser dans l’une et dans l’autre, aspirer là-haut des fluides aériformes, pomper là-bas des alimens plus substantiels : il lui faudrait des feuilles et des racines, et c’est à peine si ses racines ont pu s’enfoncer dans la terre, c’est à peine surtout si l’extrémité de sa tigelle a commencé à verdir au contact de l’atmosphère. La situation de notre petit chêne serait donc fort précaire, si la nature n’avait pourvu au danger de ce moment critique par le plus merveilleux des expédiens.
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E. Grimard Essais de Physiologie végétale

L’un de ces ennemis, c’est l’autre chêne. Le malheureux est pourtant né à une distance respectable; mais il était, encore trop près, paraît-il, pour l’intolérant dominateur qui, sans trêve ni repos, s’acharne à l’infortune de son malencontreux voisin. Il lui prend l’air, la lumière, l’espace, l’affame sans aucun doute sous terre comme il l’asphyxie au-dessus, et semble se faire un cruel plaisir de maintenir sans aucune concession la circonférence de sa ramure, lui qui de tous les autres côtés peut s’étendre sans obstacle.
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