Félix Bertrand

Résumé

Félix Bertrand Les Tristes, poèmes vauclusiens (1934)

Ils ont, depuis cent ans, tous célébré l'automne,
L'arrière-saison mourante et dorée,
Et l'ont fait sagement rimer à monotone, Au doux son de la viole éplorée.
Et le cliché depuis René s'est affirmé :
Le soleil a pâli, l'ami s'est en allé,
L'homme jette à la vie un long regard voilé, La feuille jaunissant vole en l'air embaumé, La cloche solitaire égrène un glas mouillé Et l'amante a perdu son bouquet endeuillé...
Pour moi, la saison dure et la saison mortelle
Qui d'un coup brisa mon coeur de souffrance. Qui glaça le jardin, éteignit sa prunelle,
C'est le noir hiver, tueur d'espérance.
Source : Gallica

Félix Bertrand Les Tristes, poèmes vauclusiens (1934)

Dans son pur regard, reflet de son âme, Je lisais son coeur.
Mais au ciel d'azur j'entends le silence Du profond désert ;
Et je sens surtout de la Providence La poigne de fer.
Et le beau destin qu'on idéalise N'est pas mon réel ;
La bonté de Dieu ? c'est une sottise De la croire au ciel.
SI J'AI TREMBLÉ
La peur que j'ai nourrie en mon coeur, sans la foi, N'a pas courbé mon front sous la droite divine ; Si j'ai pleuré tous les sanglots de ma poitrine,
Si j'ai tremblé, c'était pour toi.
Ta mort a délivré mon âme de la crainte ;
Il n'est de Père au ciel que pour ceux qu'on chérit
Source : Gallica

Félix Bertrand Les Tristes, poèmes vauclusiens (1934)

C'est que la poésie usant de mots affligés d'un sens propre ou figuré, ne peut être musique pure. Il n'y a pas de poésie pure, il n'y a pas d'esprit pur parmi nous. Notre sensibilité la plus profonde est surtout animale. Qui veut faire l'ange fait la bête, c'est le plus grand symboliste du XVIIe siècle qui l'a dit. Il n'est pas de poésie pure, ou nue, déshabillée, lavée, décolorée, désentimentalisée, privée de timbre affectif. Le poète chante toujours la vie, la joie, la douleur ou la mort de quelqu'un.
Source : Gallica

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