“ M. Rodin n'a pas seulement exprimé l'amour; mais toutes les passions. Son art va plus loin que les cas. Il s'agrandit à la beauté de l'idée générale, à une philosophie de la vie, dans son admirable Porte de l'Enfer, qui, elle aussi et encore une fois, n'a rien de contemporain et de contingent, déroule la permanente Humanité. C'est un tableau des Passions, toutes les passions, regardé par la grande figure qui est au sommet et représente, non pas même Dante, mais le poète éternel, pensif et nu, en communion avec ce que Baudelaire appelait «le spectacle ennuyeux de l'immortel péché». ”
Georges Rodenbach
Résumé
« L’Élite », de Georges Rodenbach, explore l’essence éternelle de l’art et de la créativité à travers une réflexion dense sur les figures de l’élite artistique du XIXe siècle. L’ouvrage, publié dans un contexte symboliste et décadent, célèbre les poètes, peintres et sculpteurs comme Monet, Rodin ou Mistral, en soulignant leur capacité à transposer la nature et les passions humaines en œuvres immortelles.
Rodenbach mêle ironie et admiration, soulignant la permanence des thèmes universels et la synergie entre les arts. Le texte insiste sur l’originalité des créateurs, leur vision neuve et leur lien avec l’éternité, révélant ainsi la quintessence de l’artiste comme figure transcendantale.
Citations de L’Élite (Georges Rodenbach)
“ C’est peut-être la première fois, dans l’histoire de l’art, qu’un tel œil s’est posé sur le paysage. Et voilà pourquoi M. Claude Monet a renouvelé la peinture de paysage. C’est ainsi chaque fois que paraît un artiste original. Quand Banville parlait de la rose, c’était comme s’il eût été le premier poète ayant vu la première rose. Pour M. Claude Monet, chaque paysage qu’il peint a l’air d’avoir été regardé pour la première fois par un peintre. Et la sensation de nature est pour nous aussi, dans ses toiles, tout insoupçonnée et toute vierge. ”
“ Mistral nous récita aussi son poème de Saint Trophime, d’autres morceaux. Curiosité et délice de l’entendre ! C’était chez M. Alphonse Daudet, l’été, dans ce joli castel de Champrosay, dans ce milieu d’art unique, avec les fenêtres ouvertes, après le dîner, sur le parc blanc de lune. Mistral déclama à voix ample, à grands gestes. Mais sa voix de soleil s’accordait mal avec les lampes ; ses gestes élargis, avec le salon. Du coup nous comprîmes toute la nature de son génie : les autres font de la poésie de chambre, comme il y a de la musique de chambre. Mistral fait de la poésie de plein air. ”
