Résumé

H. Taine Jonathan Swift, son Génie et ses Œuvres

Ils ont joui d’eux-mêmes et de la nature, ils ont savouré la grandeur qui était en eux et la beauté qui était dans les choses; ils ont pressé de leurs mains douloureuses toutes les épines dont la nature a hérissé notre route, mais ils y ont vu fleurir des roses, vivifiées par le plus pur de leur noble sang. Rien de semblable en Swift : ce qui manque le plus à ses vers, c’est la poésie. L’esprit positif ne peut ni l’aimer ni l’entendre; il n’y voit qu’une machine ou qu’une mode, et ne l’emploie que par vanité ou convention.
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H. Taine Jonathan Swift, son Génie et ses Œuvres

Son testament ouvert, on trouva qu’il léguait toute sa fortune pour bâtir un hôpital d’aliénés.
Il a fallu ces passions et ces misères pour inspirer les Voyages de Gulliver et le Conte du Tonneau.
Il a fallu encore une forme d’esprit étrange et puissante, aussi anglaise que son orgueil et ses passions. Il a le style d’un chirurgien et d’un juge, froid, grave, solide, sans ornement, ni vivacité, ni passion, tout viril et pratique. Il ne veut ni plaire, ni divertir, ni entraîner, ni toucher; il ne lui arrive jamais d’hésiter, de redoubler, de s’enflammer ou de faire effort.
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H. Taine Jonathan Swift, son Génie et ses Œuvres

Dans tout ce morceau, la voix de Swift est restée calme; pas un muscle de son visage n’a remué, ni demi-sourire, ni éclair de l’œil, ni geste; il parle en statue, mais sa colère croît par la contrainte et brûle d’autant plus qu’elle n’a pas d’éclat.
C’est pourquoi son style ordinaire est l’ironie grave. Elle est l’arme de l’orgueil, de la méditation et de la force. L’homme qui l’emploie au plus fort de la tempête intérieure se contient; il est trop fier pour offrir sa passion en spectacle; il ne prend point le public pour confident; il entend être seul dans son âme
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