Jean-Baptiste Robin

Résumé

Jean-Baptiste Robin Muse qui papillonne (1912)

ENFANTS DE GUEUX
Mais, petits va-nu-pieds, vous trépignez de joie Dans l'habit d'un rustaud.
Vous ne regardez pas s'il est elbeuf ou soie Pourvu qu'il tienne chaud.
L'hiver, le nez au vent, vous courez dans la rue En souillant dans vos doigts.
Il neige à gros flocons et la bande se rue Sur ces duvets si froids.
J'aime ces affamés qui, sans grimace, avalent, Qui n'ont jamais assez ;
Qui chez un pâtissier pour un sou se régalent De vieux gâteaux cassés.
Le bonheur est au gosse abandonné qui rôde Au grand soleil d'été,
Vagabondant toujours, vivant de sa maraude, Fier de sa liberté.
Source : Gallica

Jean-Baptiste Robin Muse qui papillonne (1912)

REVIENS, SOLEIL !
Le ciel a des tons indécis.
Le vent fait courir dans l'espace Le nuage gris de souris Qui du soleil pâlit la face.
L'astre géant semble gelé.
On le prend quasi pour la lune Avec son crâne tout pelé Et sa tête en forme de prune.
Dis-moi, qu'as-tu fait de tes ors ? Qu'est-ce qui t'en fait tant rabattre ? Tu deviens très rare et tu dors Au moins seize heures sur vingt-quatre.
Il faut secouer ta torpeur,
Te fourrer de la flamme au ventre, Reprends donc un peu de couleur : Que ton feu sur nous se concentre.
Source : Gallica

Jean-Baptiste Robin Muse qui papillonne (1912)

Il est heureux le boeuf d'avoir un tel trépas, De tomber jeune encor quand on ne souffre pas, De s'en aller repu, béat et plein de graisse :
A peine éprouve-t-il un instant de détresse.
Mais je plains le vieillard de quatre-vingt-dix ans Qui passe un demi-siècle à seriner les gens ;
Auquel il faut soigner l'estomac et la tête ; Qui gourmande toujours, qui pour un rien tempête ; Ce vieux Jamais-content, hargneux, auquel il faut Son potage moins froid, son lavement plus chaud ; Qui bave et qui ne veut qu'on le mette en bavette, Qui perd ses excréments sans avoir de layette.
Source : Gallica

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