José Roussel-Lépine

Résumé

José Roussel-Lépine Revue des Deux Mondes

Une fièvre sacrée l’exaltait, elle devenait machine à panser, et rien ne l’arrêtait, pas même la défense du médecin !
L’épidémie les gagnant toutes, ce fut à chaque train une débauche de coton, de toile, de tarlatane, de taffetas gommé. Sur les civières, sur les banquettes, sur la paille, sur les marche-pieds, sur les quais ; debout, couchés ; à l’abri, en plein vent, au soleil, à la pluie, à la poussière, au froid, au chaud, ce n’étaient que pans de chemise flottans, poitrails nus, flancs ouverts, jambes déculottées. Elles pansaient, pansaient, pansaient.
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José Roussel-Lépine Revue des Deux Mondes

Il n’y a plus rien dans cette queue de train... Pourquoi s’engager plus avant, sous la pluie, dans l’enchevêtrement des rails ?
Tout de même, ce dernier wagon...
La lourde porte roule et grince... La jeune fille se hisse avec sa lanterne, explorant le grand fourgon noir... Elle ne peut retenir un cri !
Dans l’ombre, tout à fait dans le fond, bien à l’abri, sur la paille, comme à la crèche, dans le même dénuement et le même abandon, un zouave est allongé, mourant, les yeux fixés sur un souvenir d’épouvante, ouverts dans le vide et ne voyant pas.
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José Roussel-Lépine Revue des Deux Mondes

Elle le découvre en marchant à quatre pattes sous les civières. Il est par terre, sur la paille. Agenouillée, elle soulève le pauvre visage pâle qu’elle appuie sur sa hanche, et doucement, soulevant sa tête, elle le fait boire d’un geste maternel et joli, tandis qu’il avance ses lèvres avec une grosse moue, comme un enfant.
Ils sont transis de froid. Celui-là, blessé aux jambes, a ses culottes fendues de bas en haut par les ciseaux pressés de l’ambulancier du front. Il est tout nu, glacé, rigide. Est-il mort ? Un autre, là, gémit, le pansement défait. Celui-là crie que « ça coule. »
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