“ Est-ce que je pourrais ne pas volontiers consentir à la voir devenir un ange et posséder la certitude que jamais elle ne sera assez malheureuse pour offenser Dieu ? Précieuse enfant, le cœur de ta mère, qui t’idolâtre, implore de Lui qu’il te prenne en ta première fleur, plutôt que de te laisser vivre pour l’offenser, même une seule fois... Qu’est-ce que la douleur ?... qu’est-ce que la mort ?... De vains mots seulement à qui est en paix avec Jésus. La douleur ! la mort !... leur sens réel, c’est la porte de son cher amour. ”
Résumé
Élisabeth Seton, par Laure Conan, est une hagiographie publiée en 1903, qui relate la vie de Mme Élisabeth Seton, figure religieuse et philanthropique. L’œuvre dévoile ses épreuves, sa dévotion envers Dieu, ainsi que son engagement envers les personnes démunies, à travers des réflexions spirituelles et des lettres.
Les thèmes de la consolation, de la mélancolie et de la recherche du bonheur divin y prennent une place centrale, illustrés par des passages introspectifs et des prières. Cette édition française met en valeur la métamorphose de sa vie en un modèle de foi, marquée par des difficultés physiques et une œuvre de charité. La méditation sur la mort comme « porte du ciel » révèle une vision spirituelle profonde, ancrée dans une relation intense avec Notre-Seigneur.
Citations de Élisabeth Seton (Laure Conan)
“ Jusqu’à la petite Rébecca, qui essaie de le balbutier, elle qui peut à peine parler. Et moi, je demande à mon Sauveur : Pourquoi ne le dirions-nous donc pas ? S’il est quelqu’un au ciel, assurément ce doit être sa mère. Les anges, qu’on nous représente s’intéressant si fort à nous sur la terre [18] , sont-ils plus compatissants, plus puissants qu’elle ? Ô Marie, notre mère ! oh ! non, il n’en peut être ainsi. C’est pourquoi, avec la confiance et la tendresse d’une de ses enfants, je la supplie d’avoir pitié de nous, et de nous conduire à la vraie foi si nous n’y sommes pas. ”
“ Une force divine la transportait hors de ce monde. Au milieu des misères, des difficultés et des douleurs de la vie, elle avait commencé la vie du ciel : « Ma petite chambre a une fenêtre vers le bois où mes bien-aimées sont endormies. Je regarde de ce côté vingt fois par jour, et mon cœur se maintient en haut. C’est par là que je commence le matin, c’est par là que je finis le soir. Puis, je me dis : Plus de douleur maintenant ! en haut ! en haut ! belles et joyeuses âmes ! [1] » ”
“ Quelques jours après, la mère Seton écrivait à Mme Sadler : « Le départ de mon ange a laissé dans mon âme une impression si nouvelle pour moi et si profonde que, si je n’étais pas obligée de vivre en ces chers petits qui me restent, je mourrais en elle, sans le vouloir. Certainement, sans le vouloir ; car jamais, par un acte libre de ma volonté, je ne consentirais à regretter l’accomplissement de la volonté de Dieu. » La santé d’Élisabeth était ruinée, et, à mesure que le temps s’écoulait, elle semblait plus affaiblie. ”
“ « C’est presque à faire tourner mon pauvre esprit, écrivait-elle à Cécilia Seton. Des messes depuis l’aube du jour jusqu’à huit heures. Mon appartement si charmant, si commode : il touche presque à la chapelle. Les vêpres et la bénédiction, tous les soirs. Tous les cœurs nous font des caresses. Dans les yeux de chacun, des regards de bienveillance et de paix. » Comme l’avait prévu M. du Bourg, l’établissement de Mme Seton prospéra. Mais, non contente de se dévouer aux jeunes filles riches qu’on lui confiait, Élisabeth rêvait d’ouvrir ses bras aux enfants pauvres et à tous les malheureux. ”
“ Cependant, il m’est resté dans le cœur une impression si pénible, si triste, que tout en est assombri, troublé. Je dis les psaumes de la pénitence, sinon dans l’esprit du prophète royal, du moins avec ses larmes. Elles se mêlent réellement à ma nourriture ; elles baignent la couche de votre pauvre amie. En même temps, je sens en moi une telle confiance en Dieu, qu’il me semble qu’il n’a jamais été si véritablement mon Père et mon tout. À notre prière du soir, Anna me caresse doucement, pour obtenir que je dise le « Je vous salue, Marie » ”
“ Sur l’heure, elle écrivit à l’abbé de Cheverus dont elle avait souvent entendu parler et qui était alors à Boston. « Si M. de Cheverus n’eût écouté que l’inspiration de son zèle, il serait parti à l’instant pour New-York, » dit l’historien de sa vie. N’osant risquer cette démarche, il invita Mme Seton à lui soumettre par écrit ses difficultés. Elle le fit : et les réponses du proscrit apôtre dissipèrent ses doutes. L’Église catholique, « toujours attaquée, jamais vaincue, » lui apparut dans sa grandeur, dans sa majesté, avec ses caractères d’unité, d’autorité et d’infaillibilité. ”
“ Il a lu, à la demande de la petite Anna, le dernier chapitre de l’Apocalypse ; mais l’accent de cette voix ! Non, il n’y a pas de cœur qui y eût résisté. Encore la tempête en mer, et le vent qui souffle, et un froid si vif ! William, avec une couverture sur ses épaules, se traîne vers le feu de notre vieux serviteur ; Anna saute à la corde, et Mme Élisabeth fait cinq ou six fois de suite le tour de la chambre, en sautant sur un pied. Vous riez, ma sœur, mais c’est un bon exercice, qui réchauffe plus vite que le feu quand on se remue de bon cœur. ”
“ Supplication à Dieu, prière incessante, c’est là maintenant ce que je puis regarder comme mon unique refuge... prière en tout temps, prière en tout lieu. Réellement, Antonio, mon frère très cher, je prie, je prie si continuellement que ma pensée, je crois, n’est plus qu’une prière. Quand je me réveille de mon court sommeil, il me semble que je l’ai employé à prier. Mes pauvres yeux sont presque aveugles à force d’avoir pleuré ; car le moyen d’implorer la faveur que je demande, sans un torrent de larmes et sans toute l’émotion du cœur ? ”
“ N’est-ce pas, Antonio, vous qui savez où appuyer votre esprit d’un appui si sûr, vous devez sourire de ce que vous dit votre pauvre sœur, comme on sourirait des divagations d’une imagination malade. Mais songez qu’ici mon âme est en jeu ! et ces chers petits enfants, qui partageront mon erreur soit que je change ou que je demeure où je suis ! Le point, terrible pour moi, c’est d’avoir un esprit tourné par ce qu’il a d’instruction, tandis que mon âme n’a pas la lumière. À un tel mal, il n’y a qu’un remède. Mon Dieu, enseignez-moi le chemin où je dois marcher. ”
“ La vie est une mort, en vérité, dans une séparation si dure, écrivait-elle plus tard. Ce qu’on appelle la force d’âme, je crois que j’en sais quelque chose en toute rencontre ; mais celle-ci ébranle mon âme elle-même. Et vous savez bien pourquoi, mon bien-aimé ; ce n’est pas tant à cause de cette séparation momentanée si dure qu’elle soit, mais !... Dire de quelle façon je vous tiens enveloppé dans le plus profond de mon cœur, cela est impossible, ni même de vous en donner une idée... ”
“ Regardez là-haut : les plus élevés au ciel ne furent-ils pas les plus abaissés sur la terre ? Ce qu’ils ont ambitionné le plus, c’était la pauvreté et l’humiliation, ces compagnes fidèles de leur Maître, et de notre Maître, pendant sa vie toute de douleur... Ayons seulement du courage, et nous marcherons vers le ciel avec la vitesse d’un bon coursier, au lieu de ramper et de nous traîner dans le chemin. Tout ce que je puis dire, c’est que notre Maître est trop bon, s’il nous donne à finir notre vie comme il a voulu passer la sienne, sans une place où reposer sa tête. ”
“ La vie apparaissait encore bien longue à l’aimable jeune fille. Cependant elle touchait au terme. Trois mois après sa première communion, comme elle veillait tour à tour, sa sœur Cécilia, dont l’état était désespéré, et son jeune neveu, William Seton qu’on avait ramené très malade du collège Sainte-Marie, Harriet fut saisie d’un mal subit, violent, qui la jeta entre les bras de la mort : « Mon Jésus, je souffre avec vous, s’écriait-elle dans ses moments lucides ; mon Jésus, vous savez que je crois en vous, que j’espère en vous, vous savez que je vous aime. » ”
“ Anna dit : « Encore que nous ayons si froid, et que nous soyons dans une prison, comme nous sommes heureux, en comparaison d’eux ! Et puis, nous avons la paix, tandis qu’eux ne font que se quereller, que se battre, et ils crient tout le temps. Le capitano nous envoie jusqu’à des marrons et des fruits de sa propre fable ; eux, ils n’ont pas même de pain. » Nous avons récité notre office de chaque jour auprès du lit de William ; il se figurait que cela arrêterait ses frissons. L’âme de mon William est abattue ; elle a peine à embrasser cette foi qui est notre unique ressource. ”
“ C’est à Dieu que je veux offrir toutes mes souffrances, tous mes chagrins, tous mes ennuis ; le priant de les unir aux afflictions que mon adorable Rédempteur a endurées pour me sauver. J’irai me mettre en esprit au pied de sa croix ; je le supplierai de permettre qu’une goutte du précieux sang qu’il a répandu rejaillisse jusqu’à moi pour éclairer, soutenir, fortifier mon âme en cette vie, et assurer, après, mon salut éternel. Il connaît toute ma faiblesse et les misères de mon cœur ; mais il a déclaré lui-même que, comme un père a compassion de ses enfants, il aura compassion de nous. ”
“ Je suis faible, il est vrai, disait-elle ; mais chaque jour se passe si calme et si heureux ! Si c’est là le chemin qui mène à la mort, rien de si paisible et de si doux. Mais, dussé-je en revenir, que c’est une chose délicieuse de reposer entre les bras de Notre-Seigneur ! Je n’ai jamais si bien senti la présence de ce Sauveur bien-aimé, que depuis que je suis malade. C’est comme si je le voyais, lui, le bon Jésus, lui et sa sainte Mère, ici, continuellement assis à mes côtés, sous une forme visible, pour me consoler, me récréer, m’encourager. ”
“ Mon William me regardait dans une agonie muette ; et, moi, de même, je le regardais, chacun de nous ayant peur d’affaiblir le courage de l’autre. Tout à coup il s’est jeté dans mes bras, et il a dit : « Je rends mon âme près de toi... je meurs. » — Une crise affreuse est survenue, et après, une révolution extraordinaire s’est opérée en lui ; tellement que quelques heures plus tard il ne paraissait pas plus mal que lors de notre arrivée au lazaret. Oh ! quelle journée !... Je l’ai passée tout entière à côté de son lit, sur ma petite natte. La plus grande partie du temps, il est demeuré assoupi. ”
“ Laissez votre nouvelle sainte Cécilia venir prendre rang dans votre famille bienheureuse, sans vous arrêter au vain mépris de qui que ce soit, et priez pour vos persécuteurs. Votre modération, votre charité, votre courage, votre piété, les feront rougir à la fin. Dieu est votre protecteur. Ne le serai-je pas aussi, moi, votre ami ? Qui donc pourriez-vous craindre ? Mon bon ange gardien m’a suggéré d’adresser à mes amis Murray la lettre que je joins à celle-ci, et que je laisse ouverte afin que vous la lisiez, et qu’elle serve à réconforter votre cœur. ”
“ Ah ! cette santé, c’est d’elle que dépendent toutes mes espérances de bonheur. Par elle, je continuerai de vivre plus heureuse qu’on ne l’a jamais été en ce monde, ou je me verrai plongée dans les derniers abîmes de la douleur. Un principe bien fixe chez moi, comme chrétienne et comme créature raisonnable, est de ne point arrêter ma pensée sur les événements de l’avenir, quand je n’y puis rien. Malgré cela, maintenant, je ne vois jamais le soleil couchant, je ne me promène jamais seule, sans que la mélancolie ne cherche à s’emparer de moi. ”
“ Chaque page que j’ouvre jette le trouble en ma pauvre âme. Je tombe à genoux, et aveuglée par mes larmes, je crie vers Dieu pour qu’il m’instruise lui-même... Autrefois, après les six jours écoulés, avec quelle joie je voyais arriver le cher jour du dimanche, comme l’ample dédommagement de n’importe quels chagrins ou soucis que j’avais pu avoir pendant la semaine. Maintenant c’est avec inquiétude que je consulte le coucher du soleil, tant j’ai peur qu’il ne m’annonce une belle matinée qui m’ôterait toute excuse pour ne pas aller à l’église. ”
“ Ils firent venir Harriet, sa sœur chérie, qu’on avait éloignée, la soupçonnant d’incliner vers le catholicisme. C’était trop tard. Le mal était sans remède. Cécilia ne devait plus que languir. Sa famille repentante ne savait plus rien lui refuser ; et elle n’eut qu’à exprimer son désir de se réunir à Élisabeth, pour qu’on s’empressât de la conduire à Emmettsburg. La joie sembla lui rendre des forces ; on se reprit à espérer. Harriet l’avait accompagnée à Emmettsburg : et pour les trois sœurs, cette réunion était une jouissance aussi vive qu’inespérée. ”
“ « C’est dans les bras de sa mère, c’est sur ce cœur qui l’aimait, tant, qu’elle a rendu le dernier soupir. Neuf semaines, nuit et jour, je l’ai tenue entre mes bras ; bien souvent, prenant ma nourriture avec une main, derrière son oreiller, tandis qu’elle reposait sur mes genoux. Dans ses souffrances, elle ne trouvait ni trêve, ni soulagement qu’en sa mère bien-aimée, en sa pauvre mère. J’étais si heureuse de souffrir avec elle ! Je n’ai pas eu un seul moment conscience de fatigue ni de mal. Soyez sans crainte pour votre mère, mon bien-aimé William. » ”
“ Je me suis surprise vingt fois, m’entretenant avec le saint Sacrement, là tout à côté, au lieu d’avoir les yeux fixés sur l’autel nu et dépouillé devant lequel je me trouvais, ou de prêter mon attention à la récitation des prières. Et puis, des larmes sans fin, des soupirs profonds, silencieux, comme le jour où j’entrai pour la première fois dans votre église bénie de l’Annunziata, à Florence ; tout en moi, larmes, pensées, soupirs, venant se perdre dans un seul et unique désir, celui de connaître la voie la plus agréable à mon Dieu, quelle qu’elle puisse être. ”
“ S’ils sont maintenant perdus pour moi, leur gain est infini, éternel — Que de fois j’ai dit à mon William : « Quand vous vous réveillerez en cet autre monde, vous verrez que ce monde n’a rien à donner, rien qui vaille qu’on soit tenté d’y revenir »... Père céleste, prenez pitié de vos pauvres créatures, faibles et surchargées d’un si lourd fardeau. La force nous manque pour lever les yeux vers vous. Relevez-nous de la poussière, pour l’amour de Celui qui est notre résurrection et notre vie, Jésus-Christ, notre adorable Rédempteur. ”
“ Il ne m’est, pas possible de vous donner une idée de la perfection de Rébecca : la beauté de son âme, et même aussi sa terrestre beauté ont été croissant chaque jour, jusque dans les bras de la mort. Votre dernière lettre nous arriva la veille du jour où nous l’avons perdue. Elle était entrée déjà dans sa longue agonie. Je pus encore lui apporter vos tendres paroles : elle leva les yeux sur le crucifix, vous bénissant avec une expression de tendresse répandue sur tout son visage, et en même temps une expression très vive de cette douleur qu’elle a toujours ressentie de votre absence. ”
“ Un matin, après avoir communié dans la chapelle du séminaire de Sainte-Marie, elle exposait à Notre-Seigneur ce besoin de son cœur, quand un nouveau converti, M. Cooper, vint s’agenouiller près d’elle. « Ah ! très doux Sauveur, dit-elle, comme involontairement, quelles grâces j’obtiendrais de votre bonté, si vous vouliez seulement me confier le soin des pauvres petits enfants. Voilà M. Cooper qui est là en prière. Il a de l’argent : si vous vouliez lui inspirer d’en donner un peu, pour qu’on puisse apprendre à ces pauvres petits à vous connaître et à vous aimer. » ”
“ Quand les teintes roses de l’aurore commencèrent à resplendir au ciel, l’âme de Rébecca sembla se réveiller de cette torpeur qui précède souvent la mort, et qui, s’étant appesantie par degrés sur elle, lui avait apporté du calme pendant la nuit. Elle me montra du doigt, juste en face de sa fenêtre, un léger nuage, tout baigné de lumière et de soleil ; et souriant d’un doux sourire : « Chère sœur, me dit-elle, si ce rayon de gloire est si délicieux, que sera donc la présence de notre Dieu dans le ciel ! »... ”
“ C’est donc bien vrai, je serre encore mes chers enfants contre mon cœur. La nature me crie bien haut qu’ils n’ont plus de père ; mais en même temps Dieu me répond : Je suis le père de ceux qui n’ont plus de père, le protecteur de ceux qui n’ont plus de protecteur. J’ai bien sujet de m’attacher à vous, mon Dieu, quel autre que vous ai-je au ciel et sur la terre ? Mon cœur et ma chair ont défailli, mais vous êtes ma force et mon partage à jamais. ”
“ Je suis allée à la tombe de mon cher William, et j’y ai longtemps pleuré de toute mon âme, dans une émotion de tendresse inexprimable, mêlant le souvenir de ses dernières souffrances au souvenir de notre passé et de nos heureuses années. Il me semblait que je l’aimais plus qu’on ne peut aimer sur terre. Quand vous lirez tout ce que j’ai écrit pour vous, depuis mon départ de New-York, vous comprendrez quel a été mon amour ; et vous reconnaîtrez qu’il ne pouvait trouver de secours qu’en Dieu seul, à travers tant d’épreuves auxquelles il a été soumis. ”
“ Depuis que je ne vous ai vue mon William a beaucoup souffert. Ils disent tous que c’est témérité, que c’est presque folie à nous d’entreprendre ce voyage, mais vous savez que nous ne raisonnons pas ainsi. Nous allons partir. Nous nous appuyons sur Dieu, notre unique force. Mon âme est remplie de reconnaissance envers lui ; car assurément, avec tant de sujets que nous avons de renoncer toutes nos espérances ici-bas, nous irons chercher naturellement, sans le moindre effort, là-haut, notre repos. Mon Dieu ! se peut-il bien que nous soyons là réunis un jour, sans crainte d’être séparés jamais ! ”
“ Ce n’est pas l’âme qui est coupable en tout ceci : l’esprit, du mal, il est vrai, est très actif ; mais le bon esprit se tient dans l’angoisse au pied de la croix, élevant ses regards par delà toute cette désolation, adorant, se soumettant, abandonnant tout à Dieu, ne voyant que lui, s’anéantissant devant lui, oubliant toutes les créatures, disant Amen aux Alleluias qui retentissent au ciel ; se sentant prêt à tout moment à se précipiter jusque dans les enfers plutôt que d’ajouter une seule offense à cette montagne de péchés que l’âme coupable a déjà entassée sur les épaules du Sauveur. ”
“ Les plus tendres fibres de mon pauvre cœur sont déjà coupées, la blessure est cicatrisée. Il fera le reste. Si je vois rompre le lien sacré, le lien si fort qui me tient encore attachée, et qui causera, s’il vient à être brisé, la plus vive de toutes mes souffrances, ce sera Dieu qui l’aura voulu, et ce sera pour mon bonheur éternel. Jamais plus je ne formerai un engagement de cette nature. Je m’efforcerai d’oublier ; et je prendrai pour unique ami Celui qui ne nous abandonne jamais. À Jésus, je donnerai mon cœur. Je lui demanderai de l’unir à son cœur sanglant et blessé. ”
“ Hosannah ! écrivait Élisabeth, la foi en son triomphe est joyeuse... C’est à l’heure de la peine, de l’affliction, qu’elle sent surtout sa joie. Pendant que je suis là fatiguée, pareille à l’oiseau de passage, qu’il m’est doux de voir la foi qui se tient toujours en tête, et fait signe à l’âme épuisée, harassée, pour l’encourager à se soutenir sur ses ailes, et à presser sa course en avant. ”
