“ La religion et la morale qui, comme le dit Mme Necker, s’appuient et se servent l’une à l’autre de moyen et de but ; la religion et la morale doivent être les deux grands axes de support de tout principe d’enseignement. L’enfant doit apprendre de Dieu, tout ce qu’il en peut comprendre, du monde, tout ce qu’il en doit pratiquer. Le trop et le trop peu sont, en éducation, les deux écueils de la prudence. Dites à l’enfant ce qu’il doit savoir, mais ne le trompez pas, ne lui mentez jamais de peur qu’il ne devienne menteur et ne souille ses lèvres. ”
Citations de Le Conseiller des femmes ()
“ Chez l’un, c’est le besoin d’aimer ; chez l’autre, le besoin d’acquérir ; celui-ci veut de la gloire, à celui-là il faut des honneurs ; l’enfant se passionne pour un joujou, la mère pour son fils, le vieillard pour la vie qu’il est près de quitter ; vous c’est la science qui vous passionne, lui, ce sont les arts ; mais toujours et partout la passion commande et règne. ”
“ Puis quand il parla de la justice de Dieu, en exaltant, comme il le méritait en effet, le dévouement si noble de Madeleine, elle étendit sa main desséchée sur la main du pasteur, et lui dit de sa voix défaillante mais pleine de sécurité : — Monsieur le curé : j’espère ; oui, j’espère une vie de repos et de bonheur, car Dieu est un bon père qui m’ouvrira sa demeure comme à ses autres enfans, qu’il aime d’un égal amour et qu’il jugera dans sa miséricorde. Moi, je n’ai point l’orgueil de croire mériter un plus haut prix que mes frères, pour avoir accompli une œuvre de charité. ”
“ Le nombre en sera toujours petit : car si les hautes conceptions intellectuelles sont au-dessus de notre portée, les sacrifices de tous les jours à la vertu ; le dévouement sans bornes au devoir ; l’abnégation complète de soi-même ; la patience dans le malheur ; le courage de la mère ; la générosité de l’épouse, l’amour filial de la fille, avec leurs immenses exigences, forment un petit cours de sciences morales, d’un abord très-difficile, et d’une étendue telle, que trois onces de cervelle de plus ne suffisent, en conscience, qu’à certains êtres privilégiés, pour arriver à le bien comprendre. ”
“ Une partie qui nous semble devoir être un objet constant de sollicitude de la part des personnes chargées de l’éducation, c’est l’étude du cœur des jeunes élèves. Quelle délicatesse dans son essence, quelle diversité dans ses sensations, et que de tact il faut pour les modérer ! C’est là que la femme intervient utilement et que dans son ingénieuse souplesse elle redresse, sans la casser, la jeune plante mal dirigée. Il nous semble qu’on doit régulariser les passions affectives dans un but d’intérêt particulier pour l’enfant, et dans un but d’intérêt général pour l’humanité. ”
“ Pourquoi lui serait-il interdit d’espérer les bienfaits de l’amélioration par le progrés ? Quel est l’homme assez injuste pour lui imputer à crime la faculté de penser, quand Dieu lui-même la lui a départie ? Et pourquoi enfin ne pourrait-elle exprimer hautement cette pensée, lorsqu’elle se sent pénétrée d’une conviction intime et profonde ? N’est-il pas pitoyable que, dans une nation aussi avancée que la nôtre dans la civilisation, la femme soit encore aussi loin en arrière ! Qu’a-t-on fait pour le développement de ses facultés, jusqu’à ce jour ? ”
“ Voici Paris naissant, sortant informe de la terre ; Paris en bouton, s’épanouissant un jour d’une église, un jour d’un rempart, un jour d’un rustique palais. Une île sur la Seine, réunie aux rivages par deux ponts, forme seule encore l’étroite cité ; au-delà du bras de la rivière, au nord et au midi, s’étendent les faubourgs. Les temps passés ont écrit leur histoire sur ce terrain antique, où Paris s’élève comme un jeune sauvage, sans régularité, sans lois. Au milieu de la cité est une enceinte dès long-temps consacrée aux cultes religieux. ”
“ Durant la journée, elle se livrait avec activité à ses travaux habituels ; la nuit, seule avec sa douleur, elle donnait un libre cours à ses larmes, alors le passé se retraçait à sa pensée, avec ses innocentes joies, ses plaisirs purs et ses rêves de bonheur, pour la plonger dans une douleur plus amère. Bientôt sa santé s’affaiblit, ses forces diminuèrent, son courage l’abandonna. Sa mère l’entoura de soins affectueux, elle appela le docteur du village ; mais les secours de l’art furent impuissans, devant cette violente maladie du cœur ; le mal triompha, Rose mourut. ”
“ Alors la bonne femme rentra chez elle le cœur joyeux, et dans l’embrassement qui l’unit à son fils adoptif, elle éprouva à la fois toutes les délices de l’amour maternel, et celles plus vives encore peut-être qui naissent du sentiment d’une grande et belle action, d’une action dont toute la récompense est au fond de l’ame capable d’un amour vrai pour son semblable et d’un pur désintéressement. Depuis ce moment, si l’aisance ne régna pas dans la chaumière, l’extrême misère en fut du moins bannie. Madeleine continua ses travaux avec une persévérance, un courage admirable ”
“ Voilà ce que les femmes pourraient dire pour diminuer les frayeurs paniques de leurs seigneurs et maîtres, elles pourraient dire encore comment, pénétrées de la sainteté de ces devoirs, qu’on semble craindre qu’elles n’oublient, elles sont et veulent rester femmes avant tout ; comment, pour elles, l’instruction ne peut être un but, mais seulement un moyen de remplir leurs loisirs, de calmer une imagination trop ardente, d’embellir les jours d’un père, d’un époux, de se rendre plus capables de donner dans leurs fils, à la patrie, de vrais citoyens. ”
“ Rien de plus commun que d’entendre parler de l’éducation à donner aux femmes. Rien de plus rare que d’en voir déduire les moyens. On sait bien ce qu’il faut éviter, on sent le mal, on le touche, mais le remède manque, et le monde va tâtonnant. Nos mœurs, comme le dit Mme de Remusat, ont quelque chose de contraire à ce qui serait raisonnable. Soit qu’on ignore ou qu’on n’ose dire, on n’a encore rien changé aux anciennes théories. L’habitude ou l’insouciance ont enraciné bien des erreurs et ceux qui les ont le mieux senties n’ont pas en force ou puissance pour les détruire. ”
“ Vos désirs seront remplis, ma bonne et chère Madeleine ; l’œuvre que vous avez commencée avec tant de générosité, que vous avez continuée avec tant de persévérance et de courage, ne restera point inachevée et imparfaite. Le dernier sacrifice que vous vous imposez, pour le bonheur de votre enfant, met le comble à votre désintéressement, et doit vous acquérir à jamais des droits à sa profonde reconnaissance, comme à l’estime de tous les honnêtes gens. ”
“ Partout on tue, elle seule console, elle seule fait espérer, c’est le bon génie du soldat, c’est l’ange de la paix face à face avec le démon de la guerre. Pourquoi donc aujourd’hui, quand il y a tant à faire pour ramener l’humanité à des sentimens d’union et de concorde, les femmes garderaient-elles le silence ? pourquoi, sans être accusées de fanatisme, ne parleraient-elles pas religion, et pourquoi la morale, sous les traits de la bienveillance, ne serait-elle pas enseignée et appliquée à tous les devoirs sociaux ? ”
“ Hommes de tous les siècles, vous avez été à l’égard de la femme, ce qu’un monarque absolu est pour le peuple soumis à sa loi ; vous avez baillonné son intelligence, afin qu’elle se soumît sans trop de murmures à votre oppression, et vous êtes étonnés de ce qu’un jour elle s’éveille avec la pensée de travailler à son bonheur et au vôtre, en s’occupant du développement de ses facultés intellectuelles. ”
“ Dieu nous a créés bons et portés au bien, lorsque notre nature se vicie le tort n’en est pas à lui, mais à ceux qui nous ont élevés et qui, dès notre enfance, ont négligé de donner un but utile à notre activité, de réprimer nos mauvais penchans. En général, par qui sont commis les crimes ? par ceux qui sont placés au dernier rang dans la société ; êtres privés de tout, que la vue du luxe tente, que la misère entraîne, que l’ignorance perd ; enfans de Dieu, pourtant, que le monde repousse et qui expient dans des lieux de débauche, au pilori, sur l’échafaud, les torts de leur éducation !... ”
“ LE RÊVE D’AMOUR. Nous voudrions dire du Rêve d’Amour autant de bien que de la Mauvaise Pensée, mais en vérité nous ne le pourrions sans trahir notre conscience. Ce tableau ne se comprend pas d’abord : c’est un grand travail ; mais l’ensemble en est énigmatique. Il y a de beaux tons, de lascives images, qui dorment, qui rêvent, qui froncent le sourcil ; mais que veut dire cela ? Une maîtresse s’endort, dit-on, auprès de son amant, et celui-ci est surpris par le sultan, propriétaire de la belle, c’est bien ce que semblerait indiquer le poignard de ce personnage. ”
“ Laissons à l’homme la matière, animée par les dons plus ou moins heureux de l’intelligence ; notre part est assez belle pour que nous n’ayons rien à lui envier, puisqu’en dépit de la faiblesse de notre constitution, le monde moral nous appartient ; puisqu’avec un cerveau boiteux, nous concevons ce qui seul est la source de la vraie grandeur ; puisque nous y puisons, comme l’enfant puise la vie au sein de sa mère, sans avoir eu besoin de recourir d’abord aux lumières du savoir. Ilotes par l’effet de l’organisation que nous donne la nature ”
“ Étrange humanité, mais qui témoigne de l’importance des devoirs de la mère ! Est-ce donc que nous, femmes des peuples civilisés, nous aurions au cœur moins d’amour pour nos enfans que n’en ont les sauvages ? Un pareil fait ne peut se supposer. Notre prudence a souvent dicté des actes improuvés par le cœur, et certes toutes les mères qui se privent de nourrir, n’ont pas mis en question la raison de plaisir de bal ou de parure. Une défiance de soi-même, des devoirs sociaux, des conseils de médecin, auxquels s’allie la crainte de se charger à ses risques et périls d’une existence bien chère. ”
“ La mère que des raisons insurmontables n’empêchent pas de nourrir son enfant, se prive, en le confiant à des mains mercenaires, des sensations les plus douces pour un cœur de femme. On dirait que dépourvue de toute tendresse, sa nature est étrangère aux sentimens généreux d’amour et de dévouement dont Dieu semble avoir doté la femme pour le bonheur du genre humain ! ”
“ Ce qui rend si souvent nos prédictions fausses, c’est que nous ne savons jamais voir dans l’avenir que le progrès des idées actuelles, ou le renversement de ces idées. Nous ressuscitons le passé ou nous amplifions le présent, tandis qu’il y aura vraisemblablement tout autre chose. L’humanité ne s’est pas encore montrée sous toutes ses faces ; l’avenir a, en réserve, des merveilles inconnues à révéler, et il se prépare en bien et en mal des changemens de scène dont on ne se doute pas. ”
“ C’est encore sœur Madeleine qui se charge d’y pourvoir, c’est elle qui distribue de bonnes et grosses soupes ; c’est elle qui, l’hiver, donne des sabots à qui n’en a pas, un habit chaud à qui est mal vêtu ; et elle fait cela avec tant d’affection, elle sait si bien le langage qui convient à ces jeunes cœurs, que toujours ces riantes et fraîches figures la remercient de la voix et du regard. Il faut qu’elle assiste aux récréations, car sans elle les enfans n’éprouvent point de joie ; tout les attriste et les inquiète, tant ils comprennent qu’ils ont besoin de sa protection, de son appui. ”
“ Elle fut enterrée dans le petit jardin de la chaumière et chaque jour sa bonne mère arrosait les fleurs qui ornaient sa modeste tombe. La justice céleste la vengea de tous les maux qu’elle avait soufferts ; les remords vinrent enfin assaillir le cœur de Georges. Sans cesse poursuivi par de sombres visions, sa vie n’était plus qu’un continuel passage de craintes et de terreurs ; une fièvre violente minait sa vie et aliénait sa raison. Dans les accès de délire qui le saisissaient chaque jour, il répétait les noms de Rose et de Julien ”
“ Les femmes pour se dévouer n’ont besoin que de sentir l’utilité de leur action ; faisant abstraction de toute individualité, guidées seulement par le besoin d’adoucir quelques maux, de sécher quelques larmes, on les a vues avoir leur héroïsme, leur intrépidité, et, victimes résignées, marcher à la mort sans trembler. Qui de nous ne se rappelle encore le généreux dévouement de ces modestes filles de Dieu, de ces pieuses sœurs de Ste-Camille qui, seules, s’acheminaient dans une ville de mort et de deuil, guidées par un sentiment sublime ? ”
“ Alors que les peuples, dominés par une soif insatiable de conquêtes, faisaient de la vie une longue lutte, une guerre à mort, il était naturel que la femme, douée de sentimens pacifiques et concilians, se renfermât dans le cercle de la vie étroite et passive de la famille ; mais aujourd’hui que la raison du plus fort cède la place à la raison du plus sage, elle peut donner essor à son activité, et l’utiliser au bien de la génération qui s’avance. ”
“ Ceci est une vérité si commune, qu’elle est passée en proverbe et court les rues ; c’est à tel point que la jeune mère attendant l’époque, fixée par la nature, où elle doit donner le jour à un être nouveau, fait presque toujours dans son cœur le vœu de mettre au monde un homme de plus, moins sans doute pour la gloire d’avoir un fils, que pour choisir le côté où se trouvent tous les avantages, afin de réunir le plus de chances de bonheur possible sur la tète adorée de l’enfant qui possède déjà tout son amour ”
“ Elle permet à la mère d’élever elle-même sa fille, ou de lui procurer, sans dérangement, les maîtres qui lui sont nécessaires ; mais d’abord, cette éducation est peu en rapport avec les goûts de l’enfance et ne donne en résultat aucune idée des relations sociales ; elle n’apprend pas à comparer les différences ou ressemblances de caractères et de penchans ; avec elle, les deux plus grands leviers de progrès, l’émulation et l’amour-propre ne peuvent avoir d’action. Seule au travail, la jeune fille n’a à craindre aucune rivalité, aucun terme de comparaison. ”
“ L’éducation primaire doit être fondée sur le sentiment religieux, il faut que, dégagée du caractère mystique qu’un fanatique clergé a voulu lui donner, la religion soit bien plus inspirée qu’imposée : « Partout, dit Rousseau, où la leçon n’est pas soutenue par l’autorité et le précepte par l’exemple, l’instruction demeure sans fruit et la vertu même perd son crédit dans la bouche de celui qui ne la pratique pas. » La religion ne peut jouer un rôle secondaire dans l’éducation de la femme surtout. ”
“ La presse, véritable science du bien et du mal, est aujourd’hui le plus sûr moyen d’action qu’on puisse employer, et, tandis que des hommes supérieurs s’agitent et se travaillent dans l’intérêt de telle ou telle coterie, guidées par un esprit de conciliation, par un désir du bien, par un sentiment du juste et de l’utile, c’est dans l’intérêt de la morale que nous parlerons. ”
“ Il y a dans cette tête d’homme, qu’une mauvaise pensée domine, toute la fureur et le délire du crime. On ne voit pas la victime, et cependant on sent que c’est au cœur qu’il va la frapper ; son œil, son bras en ont marqué la place. On en a froid. Ce tableau pèche un peu par le dessin, mais il est si beau de couleur, le ton des chairs est si naturel, la vie circule si bien partout, qu’on doit passer sur quelques incorrections. ”
“ Tout en rêvant ainsi elle arrive en vue d’une ferme où personne ne paraît encore levé, tant Madeleine a été matinale. Tiens ! se dit-elle, ils sont bien paresseux ou moi bien alerte malgré mes soixante-dix ans ; et la vieille de sourire avec une secrète satisfaction ; car si la jeunesse ambitionne les grâces, le vieillard prétend à la force et à l’activité ; il lui semble que la vigueur que conserve son bras peut retarder la marche du temps et repousser la mort. ”
“ Nous sommes peut-être les seuls êtres de la création qui ayons à la fois, pour nous et pour le peuple, le sentiment clair et distinct des droits et des devoirs, tous inséparables. Oui, le droit et le devoir sont inséparables pour les individus plus ou moins nombreux de l’espèce humaine réunis en société. Il en est parfois auxquels cependant on ne laisse que le devoir ; tel est le lot accordé aux femmes sur toute la surface du globe. Ainsi, la femme tributaire de l’état par les impôts et par ses enfans, ne peut espérer de prendre aucune part aux affaires politiques ou administratives [2] ”
“ Qu’un pauvre jeune homme qui ne connaît de la Suisse que les jolies vignettes dont les Anglais remplissent leurs albums, fasse des chalets polis au blaireau, dont pas un brin d’herbe ou de mousse ; pas un éclat de bois, pas une pierre ne viennent déranger la simétrique architecture, nous le lui pardonnons ; mais M. Diday, habitant la terre classique des chalets, nous faire une jolie chaumière à la règle et au compas, comme ces maisons-joujoux dont tous les compartimens numérotés se joignent et se rapportent, c’est presque un crime ! ”
“ Dans un siècle de progrès où le droit et l’action de tous sont à l’ordre du jour, nous croyons, en fondant un journal spécialement destiné aux femmes, travailler à une œuvre d’organisation — selon les vues de Dieu et selon les besoins de l’époque ; car si de droit et de fait, la femme est, dans l’ordre naturel et numérique, la moitié de l’humanité, il nous semble juste et nécessaire qu’elle prenne sa part du mouvement ascendant imprimé à notre civilisation. ”
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