M. Cunisset-Carnot

Résumé

M. Cunisset-Carnot Revue des Deux Mondes

Voltaire était vieux, souffrant, tracassé de mille soucis : n’eût-il pas dû lui passer cette fantaisie de vouloir se faire donner ce bois de moule, quelque singulière qu’elle fût, et ne pas le presser avec tant de raison, c’est vrai, mais avec tant de sévérité, pour un si mince objet ? Plus on entre dans la connaissance du président, plus croît l’admiration pour l’élévation vraiment noble de son cœur et la distinction de son esprit, et plus on éprouve de pénible étonnement à le voir se donner tant de soucis pour une si mince querelle.
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Alors, avec une magnanimité, une grandeur d’âme dont l’ostentation si naïvement audacieuse nous désarme, Voltaire pardonna au président de Brosses tout le mal qu’il lui avait fait. Il voulut reprendre avec lui un commerce épistolaire, et poussa la sérénité de conscience jusqu’à lui écrire, en novembre 1776 : « Pour moi, à l’âge où je suis, je n’ai d’autre intérêt que celui de mourir dans vos bonnes grâces ! » — On ne peut s’empêcher de dire avec le grand Frédéric se plaignant de Voltaire à Darget : « Je suis indigné que tant d’esprit et de connaissances ne rendent pas les hommes meilleurs. »
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Il était agile, remuant, et dans une perpétuelle vivacité de corps : l’esprit de même, fort expansif, fort prompt, exubérant comme on l’est volontiers en Bourgogne, s’enflammant tout à coup pour une idée, et parfois saisi de colères subites enlevées au paroxysme, pour retomber la minute d’après et se fondre dans un éclat de rire.
Un soir, chez le président de Ruffey, on parle voyages, on bâtit des hypothèses sur les terres australes encore si mystérieuses : de Brosses s’émeut, discute, s’échauffe, et, au sortir de la réunion, commence son Histoire des navigations aux terres australes.
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