“ Je suis roi et mon visage paraît royal. Or, en réalité, voyez: le plus malheureux de mon royaume n'a rien à m'envier.Et le roi ôta son masque d'or. Et un cri s'éleva des gorges de ceux qui le voyaient; car la flamme rose du brasier illuminait ses écailles blanches de lépreux.—Ce sont eux qui m'ont trompé—mes pères, je veux dire, cria le roi, qui étaient lépreux comme moi, et m'ont transmis leur maladie avec l'héritage royal. Ils m'ont abusé, et ils vous ont contraints au mensonge.Par la grande baie de la salle, ouverte vers le ciel, la lune tombante montra son masque jaune. ”
Marcel Schwob
Résumé
"Spicilège", œuvre de Marcel Schwob, explore des thèmes profonds tels que la terreur, la pitié, les masques et la synthèse à travers des récits fragmentés et poétiques. Inspiré par des figures historiques comme François Villon et Charles d'Orléans, Schwob mélange réalité et fiction, en mettant en scène des personnages tels que Julien ou Bacchis.
Les textes oscillent entre le conte, la ballade et la réflexion philosophique, interrogeant la nature de l'art et la relation entre le particulier et le général. Ce recueil, marqué par une prose lyrique et métaphorique, révèle une quête de vérité à travers les contradictions de l'existence humaine.
Citations de Spicilège (Marcel Schwob)
“ La synthèse ne consiste pas à rassembler les éléments d’une psychologie individuelle, ni à réunir les détails de description d’un chemin de fer, d’une mine, de la Bourse ou de l’armée. Ainsi entendue, la synthèse est de l’énumération ; et si des ressemblances que présentent les moments de la série l’auteur cherche à tirer une idée générale, c’est une banale abstraction, qu’il s’agisse de l’amour des salons ou du ventre de Paris. La vie n’est pas dans le général, mais dans le particulier ; l’art consiste à donner au particulier l’illusion du général. ”
“ Ainsi naquit l'art postérieur à Eschyle, à Polygnote, et aux maîtres d'Égine et d'Olympie. C'est l'art qui est venu jusqu'à nous par le théâtre et le roman.Comme toutes les manifestations vitales, l'action, l'association et le langage, l'art a passé par des périodes analogues qui se reproduisent d'âge en âge. Les deux points extrêmes entre lesquels l'art oscille semblent être la Symétrie et le Réalisme. Dans la Symétrie, la vie est assujettie à des règles artistiques conventionnelles; dans le Réalisme, la vie est reproduite avec toutes ses inflexions les plus inharmoniques. ”
