Résumé

Marthe Fiel Marane la passionnée

Maman ne me parlait plus. Je ne désirais pas non plus échanger des paroles avec elle. Il me semblait que tout mon être était pétrifié. Je n’éprouvais plus de sensation. Mon cœur était devenu de pierre. J’allais comme une somnambule, l’âme dolente.
Cette délivrance ne m’apportait pas la joie que j’escomptais. Chanteux disparu, l’ombre restait épaisse autour de moi.
Un soir, alors que j’avais souhaité bonne nuit à ma mère, elle me dit rudement :
— Comment peux-tu dormir ?
— Je ne dors pas, répliquai-je.
— Comment peux-tu encore regarder les gens en face ?
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Marthe Fiel Marane la passionnée

Je rêve. J’ai donc rêvé d’une amie. Avez-vous une amie, vous, ma cousine ?
Je crois que ma cousine rêvait, elle aussi, parce qu’elle ne me répondit pas tout de suite. Puis, lentement, elle murmura :
— Il faudrait posséder un cœur simple et rencontrer aussi un cœur simple. La civilisation engendre l’âme compliquée. Mais pourquoi est-ce que je vous écoute, petite fille de seize ans ? Est-ce le chant qui sort de votre âme fraîche qui m’entraîne, ou bien est-ce parce que vous m’arrachez à la banalité ?
— Je n’en sais rien du tout, cousine.
Mme de Jilique eut un léger rire.
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Marthe Fiel Marane la passionnée

Il me semblait qu’elle ne considérait pas son compagnon comme un mari.
Et je faillis bondir de joie et chanter un hymne à Dieu lorsque ces paroles miraculeuses parvinrent à mon oreille :
— Mon fils aime beaucoup la Bretagne. La mer l’attire, la lande le séduit.
Juste ciel ! C’était son fils ! Elle n’était pas sa femme ! Je regardai les doigts de M. Descré. Il ne portait pas d’alliance. Il n’était pas marié.
Je ressentis un tel bonheur de ces constatations que j’eus une peine extrême à retenir mon exubérance. Cependant, les paroles sages de maman s’imposèrent à moi et me guidèrent.
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