“ Je n’ignorais pas qu’il y avait au village une jeune fille qui m’aimait éperdument. Je la connaissais de vue, physiquement elle était aussi bien que l’autre, elle n’apportait aucune dot ; et ce qui était pire, elle n’avait jamais fait battre mon cœur. L’admiration qu’elle me témoignait, n’avait jamais été plus pour moi, qu’une satisfaction d’amour propre. Par orgueil froissé, par lassitude d’attendre, je me décidai à l’épouser. Encore une fois je te répète : « Ne marie jamais une femme que tu n’aimes pas. » — Et cette jeune fille, c’était Marie Lavoise, la mère de Laure, s’exclama Alexandre. ”
Laetitia Filion
Résumé
À deux, de Laetitia Filion, explore les tensions et les liens affectifs dans un cadre rural, à travers les destins entrelacés de Laure, Alexandre, Lucille et Marie Lavoise. Ce roman dévoile les conflits entre amour, devoir familial et identité, avec une attention particulière aux relations mère-fille et aux sacrifices inavoués.
Les thèmes de la jalousie, de la réconciliation et de la quête de bonheur traversent les dialogues émouvants et les scènes chargées de symbolisme, comme l’image récurrente de la « payse » ou des larmes qui marquent les ruptures et les réconciliations. L’œuvre, publiée dans un style introspectif, invite à réfléchir sur la complexité des choix amoureux et familiaux, illustrée par les dilemmes des personnages face aux attentes sociales.
Citations de À deux (Laetitia Filion)
“ Et un flot de sang empourpra ses joues. — Trop belle, Que veux-tu dire ? Laure est aussi bonne, aussi pure que belle. — Je n’en doute pas, acheva Lucille. Oublie ce que je viens de te dire, tu croirais que je suis jalouse. Tu le sais, ces choses là se devinent facilement, je t’aimais. À quoi bon vouloir te le cacher ? Maintenant que j’ai vu ta belle payse, je comprends que tu n’as jamais pu m’aimer. Si par hasard, ce que je ne suis pas assez méchante pour te souhaiter, elle te délaissait un jour ; si tu avais besoin d’un cœur assez grand pour te consoler : souviens-toi de Lucille Prévoust. ”
“ Tu ne pouvais mieux deviner, ma petite Lucille, Laure est ma payse. Pourtant quand tu as commencé de la jalouser, elle n’était pas encore apparue dans ma vie. Ma payse, mais je ne l’ai connue qu’ici. Comment se fait-il ? je ne me l’explique pas moi-même, que je puisse être passé tout près de cette enfant jolie sans l’avoir remarquée. Et encore, quand un garçon a quinze ou seize ans, il ne pense qu’à se faire un avenir, à devenir quelqu’un, avant de songer à attirer les regards, à éveiller l’amour. ”
