Paul d’Estournelles de Constant

Paul d’Estournelles de Constant

Résumé

Portrait de Paul d’Estournelles de Constant Paul d’Estournelles de Constant Revue des Deux Mondes

Puis lentement il détourna la tête, et ses yeux vinrent s’arrêter sur la maison de Dionytza.
Cette maison s’élevait au pied de la colline, entourée d’un vaste jardin qui l’isolait ; du côté de la mer, une terrasse masquée par le bâtiment s’avançait. Cette terrasse, Spiridion ne pouvait l’apercevoir, mais c’était là que la jeune femme était étendue, et il la voyait aussi nettement dans sa pensée que s’il avait été près d’elle.
— Elle dort, pensait-il, seule, et rien ne trouble son sommeil d’enfant ; elle est radieuse et paisible, elle ne rêve pas qu’elle a pour jamais pris ma vie.
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Pour moi, qui avais conservé l’impression de l’accueil des moines de Taxiarque et du chapelain de Pépélénitza, cette visite au Mégaspiléon était le renversement de nombreuses illusions. Au lieu d’une société paresseuse, mais inoffensive, j’avais trouvé là des hommes sans intelligence, sans foi, sans caractère, mais non pas sans passions. La dépravation flagrante qui s’étale dans ce couvent a laissé au fond de tous ces cœurs deux sentimens profonds bien qu’exercés dans une sphère étroite : l’ambition et l’envie troublent sans cesse d’une agitation sourde, mais effrénée, le silence du cloître.
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Sa main renversée pendait blanche et fine sur la couverture, à son côté ; il crut pouvoir la prendre dans sa main : la jeune femme s’éveilla.
Elle ne le reconnut pas d’abord ; elle le regardait avec des yeux égarés. Tout à coup, elle arracha sa main de la sienne, avec une exclamation sourde : — Ah..., Spiro..., murmura-t-elle effarée, — et elle porta ses deux mains à son front pour ne pas le voir. Puis elle se dressa, et comme elle allait pousser un grand cri : — Oh ! ne dis rien, n’appelle pas, je serais perdu, dit tout bas Spiridion à genoux, — ne dis rien, Dionytza...
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