Résumé

Portrait de Saint-René Taillandier Saint-René Taillandier Confidences d’une âme libérale - Lettres inédites et journal intime de Sismondi

Je ne voulais pas vous répondre, ma chère Eulalie, avant d’avoir réussi à me procurer ce mémoire de Silvio Pellico dont Mme de Broglie d’abord, et ensuite vous, m’aviez parlé avec tant d’admiration et d’attendrissement. Je l’ai enfin reçu il y a deux jours, je l’ai achevé ce matin, et j’en suis encore si ébranlé que ma pensée ne peut pas s’attacher à autre chose, que tout travail m’est impossible, que dans la nuit je me réveillais sans cesse avec son nom sur mes lèvres, et je repassais avec horreur comme avec enthousiasme ces dix années de triomphe d’une belle âme sur la perversité humaine.
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Ma confiance dans la parfaite bonté de Dieu comme en sa justice s’affermit tous les jours. Je deviens plus religieux, mais c’est d’une religion toute à moi, c’est d’une religion qui prend le christianisme tel que les hommes l’ont perfectionné et le perfectionnent encore, non tel que l’esprit sacerdotal l’a transmis. Son autorité est dans la raison et l’amour. Plus j’avance et plus je sens de répugnance pour l’esprit sacerdotal... Cette année de ma vie me l’a montré hostile à la raison et à la charité chez les méthodistes, chez les calvinistes, chez les anglicans.
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Sismondi, le grave, l’austère Sismondi, est comme un frère de Silvio Pellico, de Maroncelli, d’Oroboni, de Gonfalonieri, de l’abbé Louis de Brème, de toutes ces pieuses victimes, de tous ces héros admirables dont le catholicisme italien a fait don à la cause de l’indépendance italienne. Il y a une lettre de lui où son émotion éclate avec une singulière vigueur. Admiration, respect, amour, en même temps regret de ne pouvoir se réunir par la foi aux hommes dont la foi le ravit, voilà les sentimens qui remplissent son cœur et y renouvellent l’exécration de la tyrannie.
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