“ C’est sur ce plan et dans ce but qu’a été conçue la grande histoire de Sismondi, histoire qu’il a conduite jusqu’au trentième volume et jusqu’au règne de Louis XV. L’ouvrage, sans être à coup sûr exempt de reproches, est d’un mérite réel et considérable ; l’érudition en est saine, exacte et variée ; c’est un travail consciencieux ; je dis consciencieux plutôt que vrai ; car les premières parties se ressentent trop de l’animadversion qu’inspirait à l’auteur la maison de Bourbon et de l’indignation qu’excitait en lui l’état de la France, durant les premiers temps de la Restauration. ”
François-Auguste de Sismondi
Définition et enjeux
Citations sur “François-Auguste de Sismondi”
Le Littérateur des collèges, ou morceaux choisis de littérature contemporaine par M. O.… (1870)
“ L'Italie et la France content en outre un historien chez lequel la science a été poussée fort loin, c'est M. Sismonde de Sismondi; pour lui les faits sont la partie principale de l'histoire, leur habillement ne l'inquiète pas autant que leur exactitude; aussi est-il souvent sec, aride et peu amusant pour quiconque veut dans l'histoire autre chose que des faits. ”
Saint-René Taillandier,
Confidences d’une âme libérale - Lettres inédites et journal intime de Sismondi
“ Quelle variété dans les conversations de ces brillans cénacles ! que d’idées neuves et vives ! comme la pensée y maintient ses droits, y poursuit son chemin, même sous une forme frivole en apparence et malgré le joug du despotisme ! Le contraste que je signale ici, d’un mois à l’autre, dans la correspondance de Sismondi, devient plus saisissant encore, si l’on songe aux préoccupations qui dominaient alors tous les esprits. Au moment où il est initié aux secrets du monde parisien, une lutte gigantesque tient l’Europe en suspens. ”
Charles Giraud,
Le Traité de Brétigny, première partie
“ Ce n’est point au reste la seule insinuation odieuse que M. de Sismondi se soit permise à l’endroit du roi Jean. Le second mariage de ce prince avec la veuve du duc de Bourgogne l’a exposé à des soupçons que n’ont point connus les contemporains, et que repousse le simple bon sens. Les appréhensions des Bourguignons à l’endroit d’une réunion à la couronne étaient de la même nature que celles des Provençaux. Aucune province de France n’a été au-devant de l’unité nationale. ”
Saint-René Taillandier,
Confidences d’une âme libérale - Lettres inédites et journal intime de Sismondi
“ Sismondi sent bien tout cela ; même dans les hôtels aristocratiques, il sent passer le souffle vivifiant de la révolution, et à mesure que cette révolution est frappée, à chaque défaite de la France, à chaque victoire de l’Europe, on le voit devenir de plus en plus Français. ”
Saint-René Taillandier,
Confidences d’une âme libérale - Lettres inédites et journal intime de Sismondi
“ Ainsi mêlé à nos épreuves, attaché à notre pays par le charme d’une société qui le fascine, et plus encore par les grands intérêts que nous représentons dans le monde, par ces intérêts que nous pouvons sauver ou perdre, selon que nous suivons nos inspirations généreuses ou que nous cédons à nos vices, on ne s’étonnera pas que Sismondi ait perpétuellement les yeux fixés sur nous, on ne sera pas surpris que notre littérature, notre philosophie, nos transformations morales, nos révolutions politiques, soient l’objet constant de ses méditations, et quelles méditations ? ”
André Beaunier,
Revue des Deux Mondes
“ Sismondi s’étonne de voir si peu analogues les conseils de l’auteur et les principes du roman : car il est jeune. L’auteur traite selon sa fantaisie les personnages qu’il a inventés, et que du reste il sauvera toujours s’il lui plaît de les sauver ; dans la vie réelle, on a de plus pressans scrupules : on n’est pas le maître des hasards ni des conséquences. Un peu interloqué, Sismondi bredouilla « qu’il jugeait en amant. » S’il a cru que cette repartie, que nulle repartie embarrasserait Mme de Staël, il ne la connaissait pas. ”
Saint-René Taillandier,
Confidences d’une âme libérale - Lettres inédites et journal intime de Sismondi
“ Ainsi des vertus mêlées de rudesse, du savoir sans esprit, des sentimens et nulles grâces, avec cela un patriotisme généreux, mais farouche, le patriotisme d’un homme tout prêt à renier son pays plutôt qu’à souffrir de sa chute, voilà les principaux traits du caractère de Sismondi à l’heure de la jeunesse. ”
Philippe Godet, Histoire littéraire de la Suisse française (1890)
“ Quelqu'un a appelé Sismondi « une âme forte et une tête saine. » Un haut bon sens et une honnêteté impeccable, voilà en effet les deux traits qui distinguent ses ouvrages. Il a été proclamé l'historien le plus moral de notre époque, parce qu'il applique l'idée morale à l'étude historique des sociétés. Ce qu'il cherche dans l'histoire, c'est l'intérêt humain; ce qu'il rêve, c'est le perfectionnement de l'homme par la liberté ; ce qui le touche, c'est le sort des peuples, et non les intrigues de cour et les vicissitudes des dynasties. ”
André Beaunier,
Revue des Deux Mondes
“ Mme de Sismondi appartient à la religion dite réformée : ce n’est pas sa croyance, qu’elle protège. Et, au surplus, si le jeune homme trop sûr de lui prétend que les opinions qu’elle protège sont des erreurs, elle réplique : « Les erreurs reçues depuis longtemps sont plus respectables que celles que nous voudrions y substituer. » Car elle ne s’attend pas que la philosophie attrape jamais la vérité ; elle parait ne point le désirer. Le duc de Broglie, quand il épousa Mlle de Staël en 1816, connut Mme de Sismondi ”
Amable Tastu,
Tableau de la littérature italienne depuis l'établissement du christianisme jusqu'à nos jours…
(1870)
“ Du ve au xe siècle de l'ère chrétienne, dit M. de Sismondi, et d'un bout à l'autre de l'Europe, des races différentes et toujours nouvelles se mêlèrent sans cesse sans se confondre; chaque village, chaque hameau contenait quelque conquérant teutonique, quelques-uns de ces soldats barbares et quelques vassaux, restes du peuple vaincu. Leurs rapports entre eux étaient ceux du mépris d'une part, de la haine de l'autre ; jamais de la confiance ou de l'abandon. Ignorant les uns et les autres tout principe de grammaire générale, ils ne songeaient point à étudier la langue de leurs ennemis ”
Charles Barthélemy, Erreurs et mensonges historiques… (1879)
“ On n'est pas plus populaire. Oui, sans doute ; mais il déplait si fort à M. Sismondi de voir ce prince dire son bréviaire et entendre tant de messes chaque jour qu'il a préféré passer sous silence cette bonté royale que lui gâtait la dévotion du souverain. ”
Joseph Rambaud,
Histoire des doctrines économiques
(1899)
“ Sismondi a fourni sans doute des arguments aux revendications des socialistes ; cependant il n’est pas lui-même socialiste ; quoique convaincu de l’origine tout humaine et tout utilitaire de la propriété [915] , il n’a procuré aucune thèse, ni aucun argument à notre socialisme scientifique contemporain, et il ne s’est pas davantage commis avec le socialisme communiste et mystique d’alors, que représentaient Saint-Simon, Owen et Fourier. ”
Jean-Baptiste Say,
Œuvres diverses de J.-B. Say
“ Plus ils se donnent de mouvement, plus ils étendent leurs recherches, et mieux ils se trouvent pourvus des choses qui leur sont nécessaires, ou seulement agréables. Jusque là, on conçoit facilement qu’il peut y avoir de l’inconvénient à borner leur industrie, mais qu’il n’y en a pas à la porter trop loin ; car on ne voit pas ce qu’il y a de fâcheux à posséder trop de choses nécessaires et agréables ; et si la question demeurait aussi simple, M. de Sismondi ne chercherait pas quelles mesures il peut conseiller au gouvernement pour empêcher les gens de produire ”
Eugène d’Eichthal,
Revue des Deux Mondes
“ Certes, convaincus qu’ils étaient de la justesse de leurs déductions, et animés d’intentions philanthropiques incontestables, les écrivains dont nous rappelons les doctrines avaient le droit et le devoir de formuler une loi rigoureuse, même si elle était décourageante pour une portion bien considérable de nos semblables [13] ; mais le sentiment qu’elle fait naître dans l’esprit du lecteur impartial est assurément douloureux. Sismondi s’écriait, en résumant le système dit anglais, que « achetées à ce prix, les richesses industrielles coûtent trop cher à l’humanité ». ”
Achille Jubinal,
Napoléon et M. de Sismondi en 1815…
(1865)
“ L'Anglais est plus réfléchi, plus calme. J'ai vu bon nombre d'entre eux à l'île d'Elbe : gauches, mauvaise tournure, ne sachant pas entrer dans mon salon; mais sous l'écorce on trouve un homme, des idées justes, profondes, du bon sens au moins. > Évidemment l'empereur croyait Sismondi plus favorable à l'Angleterre qu'il ne l'était en réalité. Celui-ci, depuis les derniers événements, n'écrivait plus que les Anglais étaient un peuple hors de pair; il n'aimait plus que la France, et il réservait toutes ses sympathies aux hommes de Champaubert et de Montmirail. ”
William Reymond, Corneille, Shakespeare et Goethe… (1864)
“ Mrs. Schlegel et Sismondi semblent s'être entendus pour frapper tous deux à la fois un grand coup. Ils sont arrivés à ce point où une question, énoncée d'abord timidement paraît dans tout son jour, et se montre dans toute sa hardiesse, sans détour et sans voile. „Dans le genre romantique, dit M. de Sismondi, on en appelle immédiatement à notre propre coeur ”
Saint-René Taillandier,
La Comtesse d’Albany
“ Napoléon l’en remercia personnellement et lui offrit la croix de la Légion d’honneur ; Sismondi refusa la récompense et n’accepta les remercîmens qu’à moitié : il se résignait, non sans tristesse, aux compromis que la destinée imposait à la France ; il combattait pour le salut des principes, et non pour le triomphe d’un homme. ”
Saint-René Taillandier,
Confidences d’une âme libérale - Lettres inédites et journal intime de Sismondi
“ On voit par cette correspondance qu’aucune des grandes questions sociales, aucun des grands intérêts du genre humain n’échappent à la curiosité de cette généreuse enfant ; philosophie, religion, économie politique, droits des nations opprimées, moyens de répandre les lumières, d’accroître le bien-être et la moralité du peuple, elle s’intéresse à tout, elle veut tout connaître et tout approfondir. Sismondi la dirige, l’encourage, rectifie ses erreurs, et, pour la mettre en garde contre les vaines théories, l’accoutume aux études précises, aux observations pratiques. ”
Philippe Godet, Histoire littéraire de la Suisse française (1890)
“ Si ce lucide esprit excelle à disposer les diverses parties du sujet, s'il expose les faits avec une sûre méthode, en revanche il semble dédaigner trop les grâces de la forme. Or, la vérité a besoin, non seulement d'être dite, mais d'être bien dite : le soin des nuances, l'harmonie de la phrase, le charme enfin, ne sauraient lui nuire. Sismondi a un style quelconque, simple, clair, mais gris, terne, parfois diffus: il manque d'art, en un mot, et c'est dommage, car c'est un mariage fécond. que celui de l'art et de la vérité. Aussi notre historien n'est-il plus guère lu ”
Émile Montégut, Revue des Deux Mondes
“ Ce que Sismondi reproche au fanatisme est précisément ce que nous entendions, il y a un instant, le roi Frédéric-Guillaume IV reprocher à la révolution, l’indulgence pour tout ce que Dieu ordonne positivement de regarder comme crimes. ”
Jean Charles Léonard Simonde de Sismondi, De la littérature du midi de l'Europe… (1819)
“ Titus a dans tous ses discours quelque chose de caressant, de confiant, de tendre; sa générosité surpasse celle d'Auguste, elle est sans bornes; mais elle ferait; je crois, plus d'impression, si elle partait d'un caractère plus ferme, si l'on entrevoyait un peu le souverain derrière l'ami. L'amour est tellement l'âme des pièces de Métastase, que la mort n'y est pas plus sérieuse que dans les discours des amans ; ils en 'parlent sans cesse , ils en menacent toujours : mais au milieu de toute l'agita- tion que ce mot excite, on est averti intérieurement que tout cela n'est pas pour tout de bon. ”
Louis Reybaud,
Revue des Deux Mondes
“ Certes, personne n’accuserait l’économie politique d’avoir dérogé à sa mission et méconnu son objet, si elle avait su aborder les problèmes du travail et faire comprendre aux classes nécessiteuses tout ce qu’elle renferme de solutions secourables et de résultats féconds. Voilà un souci qui n’a point, avant ces derniers temps, assez préoccupé les hommes qui ont traité ces matières. Sismondi seul s’en montre touché, quoique d’une manière désespérante et négative. ”
Alfred de Tarde, L'idée du juste prix : thèse pour le doctorat (1906)
“ Cette dernière hypothèse, en l'absence de tout travail spirituel ancien, est tout à fait inconcevable; on peut supposer, au contraire, que la civilisation tende a réaliser la première. Sismondi a imaginé la civilisation future accomplissant tout son travail matériel avec une seule machine, cristallisation merveilleuse d'un travail mental, antérieur et colossal. La société ne vivrait alors que du travail mental de ses pères, et elle serait elle-même livrée tout entière à la pure intelligence, sans mélange de fatigue mus culaire. ”
André Beaunier,
Revue des Deux Mondes
“ Mme de Staël et Sismondi eurent, en 1815, une chamaillerie au sujet de Napoléon. Sismondi n’avait pas tort d’admirer l’Empereur ; mais il l’admirait pour la raison fort imprévue du Libéralisme : dont enrageait Mme de Staël, qui reprochait à son ami de « voir la liberté là où elle est impossible. » Les querelles qui ont de grands sujets ne sont pas graves. Sismondi aimait Mme de Staël ; et il a écrit d’elle : « Quand on ne l’aimerait pas, elle répandrait du bonheur sur tout ce qui l’approche. » Répandre du bonheur : ces mots embaument un souvenir. ”
J. Milsand, Revue des Deux Mondes
“ Sismondi a beau être peu lu parce qu’il flatte médiocrement les tendances nationales : par son histoire, il a jeté dans la circulation une doctrine de toutes pièces, le credo libéral du cénacle de Genève et de Coppet. Ainsi de M. Guizot : quoique moins doué du privilège d’attirer, il a mis sa personnalité dans une foule de jugemens qui demeurent. ”
Eugène Fournière,
Histoire socialiste de la France contemporaine
“ Dans les États du pape proprement dits, il n’y eut pas de mouvement et l’insurrection se limita aux légations. Selon Sismondi, tous les Romains portaient la tonsure, la livrée ou la guenille. Un peuple réduit à ce degré de parasitisme est fermé à tous les grands courants par lesquels l’homme manifeste sa dignité et aspire à de plus hauts destins. ”
Saint-René Taillandier,
Confidences d’une âme libérale - Lettres inédites et journal intime de Sismondi
“ Sismondi, le grave, l’austère Sismondi, est comme un frère de Silvio Pellico, de Maroncelli, d’Oroboni, de Gonfalonieri, de l’abbé Louis de Brème, de toutes ces pieuses victimes, de tous ces héros admirables dont le catholicisme italien a fait don à la cause de l’indépendance italienne. Il y a une lettre de lui où son émotion éclate avec une singulière vigueur. Admiration, respect, amour, en même temps regret de ne pouvoir se réunir par la foi aux hommes dont la foi le ravit, voilà les sentimens qui remplissent son cœur et y renouvellent l’exécration de la tyrannie. ”
Charles Barthélemy, Erreurs et mensonges historiques… (1879)
“ Eh bien ! et Christine de Pisan, l'historien intime de Charles V, le chroniqueur le plus minutieux que, depuis Louis IX et Joinville, un roi de France ait eu le bonheur de rencontrer, M. Sismondi compte-t-il donc son témoignage pour rien ? C'est à le croire ; cependant il lui préférerait de beaucoup Froissart, dont il fait un assez singulier éloge, en constatant (2) que ce conteur « attache » tant de prix à mettre en scène les personnages du grand » monde, qu'il rapporte toujours ou qu'il invente le dialogue » des acteurs. ”
Gabriel-Désiré Laverdant, Aux habitants de l'île Bourbon… (1848)
“ Un publiciste éminent, dont la parole fait autorité en Europe, Sismondi, signalant l'avènement de cette puissance nouvelle, disait que la — 104 — froide et abstraite oppression de l'argent appesantit un joug plus impitoyable sur le monde que celui de la féodalité, que celui même de l'esclavage. ”
Jean de Sismondi,
Nouveaux Principes d’économie politique
“ À mesure que les hommes acquirent plus de lumières, ils réfléchirent davantage sur les opérations par lesquelles ils pourvoyaient à leurs besoins ; ils les réduisirent en corps de science, et ils éclairèrent leur théorie par des observations sur les lois générales de la nature. L’agriculture avait fourni aux premiers besoins de l’homme long-temps avant de devenir une science ; mais, dans le temps où elle prodiguait ses trésors aux habitans de la Grèce et de l’Italie, des hommes ingénieux avaient réduit en corps de doctrine les moyens de multiplier cette partie de la richesse nationale ”
Charles Barthélemy, Erreurs et mensonges historiques… (1879)
“ Dont acte. Pour parler si longuement d'un homme que l'on n'aime pas, il faut qu'il y ait pourtant chez cet homme quelque mérite ; sans cela, on ne s'y attarderait pas à ce point. A plus de trente ans de distance, M. Sismondi a trouvé, (1) Id. ibid., p. 202 et 203. (2) Ibid., p. 202. dans M. Perrens, un disciple ou plutôt un héritier de son antipathie contre Charles V; c'est même plus que de l'antipathie, c'est de l'aversion et de la haine. M. Perrens, dans son Etienne Marcel, essaie de flétrir la mémoire du dauphin Charles, d'abord lieutenant-général, puis régent du royaume de France. ”
