Théodore de Banville

Théodore de Banville

Résumé

Portrait de Théodore de Banville Théodore de Banville Ésope

À travers les épis d’or et les champs de roses,
Puisque tout s’offre à toi, les hommes et les choses,
Et la belle moisson de pourpre du printemps.
Ésope
Et vous faites ainsi, je pense ?
Cydias
Et vous faites ainsi, je pense ? Tout le temps.
Orétès
Que chaque jour apporte une heureuse trouvaille.
C’est au mieux !
Ésope
C’est au mieux ! Et que dit le peuple, qui travaille
Lorsque vous lui prenez tout et son dernier bien !
Orétès
Que dirait-il ?
Cydias
Que dirait-il ? Rien.
Orétès
Que dirait-il ? Rien. Car le peuple, ce n’est rien.
Il est né pour souffrir et labourer.
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Portrait de Théodore de Banville Théodore de Banville Ésope

Crésus
Et toujours. C’est pourquoi je ne veux pas qu’il meure.
Ésope
Hélas ! les ouvriers du sol, durs paysans,
Les tisseurs des métiers, les pâles artisans
Souffrent, et quand la faim les mord comme un ulcère,
Au lieu de pressurer leur chétive misère
Et de prendre, sans rien comprendre et pardonner
Le peu d’or qui leur reste, il faut leur en donner.
Crésus, entrant dans la pensée d’Ésope.
C’est cela !
Ésope
C’est cela ! Car devant les vautours et les aigles,
Cette guerre a foulé tes orges et tes seigles.
Il ne te reste pas de vigne, pas un fruit.
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Portrait de Théodore de Banville Théodore de Banville Ésope

Cydias
Ce peuple qui soupire avec sa voix éteinte,
Et dont nous entendons si vaguement la plainte
Affaiblie, à travers les chants mélodieux,
C’est la bête qu’on fouaille et nous sommes les Dieux.
Ésope
Mais quand fondra sur vous la sanglante folie
De la guerre, comment la Lydie avilie
Saura-t-elle braver les Mèdes chevelus ?
Et comment saurez-vous mourir ?
Cydias
Et comment saurez-vous mourir ? On ne meurt plus.
Ésope
J’entends. Être un héros, ce n’est plus à la mode.
Et tous, vous aimez mieux vivre. C’est plus commode.
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