“ L’hymne de l’orphelin est écouté des morts. L’œil tourné vers le ciel, je marchais dans l’abîme ; Bien souvent, de mon sort bravant l’injuste affront, Les flammes ont jailli de ma pensée intime, Et la langue de feu descendit sur mon front. Mon esprit de Pathmos connut le saint délire, L’effroi qui le précède et l’effroi qui le suit ; Et mon âme était triste, et les chants de ma lyre Étaient comme ces voix qui pleurent dans la nuit. J’ai vu sans murmurer la fuite de ma joie, Seigneur ; à l’abandon vous m’aviez condamné. J’ai, sans plainte, au désert tenté la triple voie ”
Victor Hugo
Résumé
Odes et Ballades, recueil poétique de Victor Hugo publié en 1828, rassemble ses œuvres les plus précoces, marquées par une vision monarchiste et catholique. Structuré en cinq livres d’odes et un de ballades, il reflète les thèmes de la nature (mers, flots), de la divinité (ciel, aurore) et de la force poétique (flamme, aile).
Les poèmes, primés dès sa jeunesse, tracent l’évolution de l’auteur vers le libéralisme, comme en témoigne la préface de 1853, rédigée en exil. Ce recueil, à la fois lyrique et politique, célèbre l’orgueil du créateur face à l’immensité du monde.
Citations de Odes et Ballades (Victor Hugo)
“ Là, tout est comme un rêve ; Chaque voix a des mots, Tout parle, un chant s’élève De l’onde sur la grève, De l’air dans les rameaux. C’est une voix profonde, Un chœur universel, C’est le globe qui gronde, C’est le roulis du monde Sur l’océan du ciel. C’est l’écho magnifique Des voix de Jéhova, C’est l’hymne séraphique Du monde pacifique Où va ce qui s’en va ; Où, sourde aux cris de femmes, Aux plaintes, aux sanglots, L’âme se mêle aux âmes, Comme la flamme aux flammes, Comme le flot aux flots !IV Ce bruit vaste, à toute heure, On l’entend au désert. ”
“ Chaque soleil me donne et me prend mon trésor. « Que veux-tu qu’en dormant je t’apporte en échange ? L’écharpe d’une fée, ou le voile d’un ange ? J’embellirai ta nuit des prestiges du jour ! Ton sommeil passera, sans que ton bonheur change, Des beaux songes du ciel aux doux rêves d’amour. « Mais mon haleine en vain ternit la vitre humide ! Ô vierge, crois-tu donc que, dans la nuit perfide, La voix du sylphe errant cache un amant trompeur ? Ne me crains pas, c’est moi qui suis faible et timide Et si j’avais une ombre, hélas ! j’en aurais peur. » Il pleurait. ”
