Georges Duhamel

Élements biographiques

Georges Duhamel,  Confession de Minuit: Roman

“ La rue m'emporta, comme un noyé au fil de l'eau. Des forces anciennes et inconnues décidèrent de mon itinéraire.
Je revoyais, une par une, toutes les minutes de cette journée funeste: le bureau, M. Jacob, M. Sureau, la tentation, l'acte idiot et pourtant nécessaire, mon retour à la maison, ma fureur et la bonté de ma mère. A compter de ce point, je n'avais pas assez de violence et de froide méchanceté pour juger mon étourderie, ma joie insolite, ma prodigieuse sottise. Surtout, surtout, je m'en voulais de n'avoir pas prévu à quel abîme de misère me conduirait cette orgie de bonheur immérité.
”
Source : Gutenberg

Georges Duhamel,  Confession de Minuit: Roman

“ C'est une vieille illusion qui m'amuse encore, toutes les fois qu'elle ne m'horripile pas. Ce jour-là, j'en fus ravi.
Je passai, sur mon canapé, une heure grasse, succulente, concentrée, une de ces heures dont on peut parler pendant vingt ans. Puis j'allai jusqu'à la fenêtre pour regarder l'univers.
Nous étions au mois d'août. Une fraîcheur d'égout montait de la chaussée, avec l'odeur des légumes et le cri des marchands à la petite voiture qui rampent sans cesse sur le pavé de mon quartier. La rue semblait profondément entaillée, au ciseau, dans la masse rocailleuse des bâtisses.
”
Source : Gutenberg

Georges Duhamel,  Confession de Minuit: Roman

“ Une sonnerie, ce n'est pas un bruit comme les autres; c'est une vrille qui vous transperce soudain le corps, qui embroche vos pensées et qui arrête tout, jusqu'aux mouvements du coeur. On ne s'habitue pas à cela.
Voilà donc le téléphone qui se met à sonner. Tout le bureau dresse l'oreille, sans en avoir l'air. La sonnerie s'arrête, et on attend. Je ne suis pas plus nerveux qu'un autre, mais cette attente est encore un supplice, car on attend pour savoir s'il n'y aura pas plusieurs coups.
Un seul coup, c'est pour M. Jacob.
”
Source : Gutenberg

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