“ Va, petit écolier, va, le devoir t’appelle. Je sais, tu trouveras qu’il est dur d’obéir, Et souvent tu voudras, d’un vigoureux coup d’aile, T’élancer seul et libre, au ciel de l’avenir. Va, petit écolier, penche-toi sur ton livre, Et tu sauras de lui le bon, le vrai, le beau. Le beau ! que pour lui seul ta jeune âme s’enivre ! Le vrai ! le bon ! partout qu’ils te soient un flambeau ! ”
Jean Bruchési
Élements biographiques
Jean Bruchési (1901-1979) a publié des œuvres comme Coups d’ailes. Ses écrits évoquent vieux chapelet, Cloches ou petit écolier.
Citations de Jean Bruchési
“ Le jeune homme salue, avec amour, la vie, Sans voir que sur sa route il est parfois du sang ... Oh ! je sais — et ce m’est une triste pensée — Que demain mes vingt ans s’enfuiront à jamais ! Que ma chère jeunesse, hélas ! sera blessée, Pour avoir cru trop vite au charme du succès. Je n’éprouverai plus, dans le fond de mon âme, Ce sentiment secret qui forme les soldats ; Et je crains qu’en mon coeur ne s’éteigne la flamme Qui lui fait souhaiter l’approche des combats. Mais non, il ne faut pas que ma jeunesse meure, Ni qu’une main brutale arrête mon essor ! ”
“ Cloches de Noël Cloches qui, dans la nuit, sonnez éperdument, Carillons qui volez au-dessus des prairies, Mêlez aux flocons blancs vos claires sonneries ; Cloches qui, dans la nuit, sonnez éperdûment. Laissez tomber sur nous un peu de votre joie, Emportez jusqu’aux cieux les désirs de nos cœurs Sans jamais mettre fin à vos accents vainqueurs, Laissez tomber sur nous un peu de votre joie. Chantez pour le vieillard et riez pour l’enfant, À l’un donnez la force, à l’autre l’espérance ; Loin du pauvre qui pleure écartez la souffrance, Chantez pour le vieillard et riez pour l’enfant. ”
“ Cimetière de pêcheurs Sur le bord du chemin, et regardant la mer, Cette « gueuse », tout leur amour et tout leur rêve, Les pêcheurs dont les yeux reflétaient le ciel clair Dorment en paix bercés par les chants de la grève. Et l’on dit que la vague, amoureuse parfois, De ses anciens amis conservant la mémoire, Accourt baiser, la nuit, le pied des vieilles croix Qui protègent les morts et gardent leur histoire. ”
“ Qui ne connait le pauvre gueux Et son orgue de Barbarie ? Il vient de loin, il est bien vieux, N’a point d’âge et point de patrie. Sous le soleil, le froid, le vent, Avec sa boîte de musique Que toujours il pousse devant, Il va d’un air mélancolique. ”
“ Et n’est jamais méchante, C’est sûr ! Et les vents sont dociles Pour les petites îles D’azur. Dans un souffle de gloire S’est faite leur histoire. Et ceux Qui les ont pour patrie Savent aimer la vie, Joyeux. ”
“ Reviens, reviens souvent Parler de ceux que j’aime, Et laisse-moi rêvant : Tu vaux plus qu’un poème ! La lettre est une fleur Plus légère qu’une aile : C’est un peu de son cœur Qu’on envoie avec elle. ”
“ Contre la douleur et l’effroi, Qui séchas mes premières larmes ; Main qui ne craignis que pour moi ; Toi qui cherchas toujours à plaire, Ô main plus pure que les lys, Ô petite main de ma mère, Je t’aime encor comme jadis ! ”
“ Tu berces ton âme au mot de devoir ; Tu voudrais mourir pour une patrie... Pauvre fou ! pourquoi t’acharner encor A poursuivre seul le plus vain des rêves ? La vie est un mot ! Le bonheur c’est l’or. ”
“ Aux accords des concerts divins. Moines, chantez dans le silence : Vous nous ouvrez un coin du ciel. Le coeur retrouve l’espérance Au souvenir de l’éternel. L’orgue s’est tu ; l’hymne à la Vierge S’est envolée auprès de Dieu. ”
“ C’est le printemps, je veux chanter ! La terre n’est qu’un grand ciboire Où, pour mourir, naissent les fleurs. Les champs ont toutes les couleurs. C’est le printemps et je veux croire ! Chaque être veut s’enjoliver ”
“ Un ange du ciel l’avait pris peut-être, Et peut-être aussi l’avait-on brûlé ? Je n’ai plus revu cet ami d’enfance. Mais je songe encore au vieux banc de bois Dont le souvenir, comme une romance, Joyeux vient bercer mon âme parfois. ”
“ Quand on dit : tout à l’heure, On recule d’un pas. On te tuera peut-être, Ô toi, mon adoré. J’en verrai se repaître De ton sang, à leur gré... — La mort me sera douce. Le repos éternel. Je mourrai sans secousse. ”
“ D’avoir, par ton labeur, gardé notre jeunesse. D’autres t’appelleront, peut-être, roturier ! Mais nous te donnerons tes titres de noblesse. Va, ce n’est pas encor l’heure de ton repos ; Un cœur comme le tien n’a jamais trop de gloire. ”
“ Au gouffre où vont mourir toutes les vieilles choses. Il n’est plus, sauf peut-être où vit le souvenir. Il n’est plus. Oh ! pourquoi faut-il donc que tout meure Pourquoi sur le passé reposer l’avenir ? Pourquoi vivre et lutter, puisque rien ne demeure ? Pourquoi ? C’est que la vie émerge de la mort ! ”
“ Il fut ainsi tout l’été : La joie emplissait ma chambre. Il est mort un soir d’hiver, En des régions plus belles Il aura l’espace et l’air. Et c’était un soir d’hiver : L’oiseau referma ses ailes . ”
“ Les vagues chantent tout bas Pour les îles qui s’endorment, Des airs semblables aux glas. Au loin les sombres collines Font tache sur l’océan : L’on croit voir des têtes fines. Avec un corps de géant. ”
“ Je voyais le Long-Sault, je voyais le fortin, Et sous le ciel immense où veillaient les étoiles, Le corps ensanglanté du jeune paladin. Et je le vis monter, Là-Haut, avec les braves Qui tous avaient juré de « tenir » près de lui. ”
“ Je n’en puis douter. Dans votre royaume, M’en irai-je un jour ? J’ai peur d’un fantôme Qui rôde alentour. Dans votre royaume, Sans cesse, il fait jour. Vous qu’on dit si bonne, Oh ! veillez sur moi. ”
“ Quand je prends un livre d’images, Et sans que je sache pourquoi, Mes yeux se ferment malgré moi ; Et je rêve en tournant les pages. C’est ainsi que passent les jours ; C’est ainsi que j’aime la vie ”
“ Eux si purs au soir de la vie Et si beaux sous les cheveux blancs Qu’on les aimait à la folie, Sans compter le nombre des ans ! Hélas ! les paupières sont closes, Les pauvres yeux ne nous voient pas. ”
“ Et pour vivre heureux, il vit en voyage. Voici le « quêteux », voici le printemps ! Chantez les oiseaux, donnez bonnes gens ! C’est l’ami de tous et que tous accueillent, L’ami qui s’en va quand tombent les feuilles. ”
“ Le rire délectable Des convives perdus. C’est une toile, un livre, Une médaille enfin, Ou bien un sou de cuivre Dans un vieux parchemin. Ils sont tous laids peut-être ; Pour eux le temps est dur ! ”
“ Veillent sur l’enfant qui repose, Et qu’ils s’en retournent sans bruit. Il m’a conté que la souffrance Toujours ennoblit notre coeur, Et que sur terre l’espérance Reste pour nous le seul bonheur. ”
“ Coups de clairon : à l’assaut ! Éclairs que jette l’épée ! Braves partout, sans défaut. Une page d’épopée ! Et l’on se bat en rêvant ; Mourir n’est pas une chute ! Un cri qui vibre : En avant ! C’est la jeunesse qui lutte ! ”
“ À vos pieds que jadis perça le fer cruel, Et, de mes yeux ravis, j’ai contemplé l’hostie. J’ai vu qu’au tabernacle, hélas ! Vous étiez seul, Seul en cette Prison, par amour pour les hommes, Aussi seul qu’au tombeau, dans votre blanc linceul ”
“ Le vent est doux, l’air est pur. Sans cesse la vague chante, Se brisant sur les galets. Un pêcheur, d’une main lente, Raccommode ses filets. Plus belle que tout un monde, La dune est un ruban d’or Qui se déroule sur l’onde, Pour se perdre loin du bord. ”
“ Et c’est nous qui marchons sans demander pourquoi, Soldats dont l’existence est un long offertoire, Nous tous pour qui mourir est un acte de foi, C’est nous qui t’avons pris, dans un souffle de gloire ! ”
“ C’était un beau gars et si brave aussi ! De ceux que la mer veut garder près d’elle, Méchante et maudite au cœur endurci Qui brise nos cœurs parce qu’elle est belle ! Elle s’y connaît en hommes, toujours ! ”
“ Elle a des fenêtres nombreuses Où passent tous les coins du ciel. Pour que les âmes soient heureuses. Il suffit d’un peu d’éternel. On ouvre, au printemps, ces fenêtres, Quand la nature est en éveil. ”
“ Et chanter, voyez-vous. Dans l’air que je respire, Tous les parfums sont doux. J’ai ri ! le rire entraîne Et sonne sous les pas ; J’ai ri ! j’ai ri sans peine Pour ceux qui ne rient pas. Les vieillards avant l’âge. ”
“ Le grain qui donnera la vie ! Ne vous arrêtez pas ; Car vous semez pour la patrie ! Le sol est bon, chez nous. Tant d’autres, dans l’histoire, S’y sont mis à genoux Pour prier et pleurer ! Le sol est un ciboire... ”
“ Entre de lourds billots, le vent les pousse en masse ; On traîne les billots au bord : ce n’est qu’un jeu. Quand le froid les saisit, les hommes se redressent, Et l’on peut voir, au lieu de leurs faux qu’ils abaissent, De fins croissants d’argent plonger dans le flot bleu. ”
“ Un rien l’amuse, un rien peut amener les larmes ; Il aime les oiseaux, les bonbons et les fleurs. Pour l’enfant de trois ans la vie a bien des charmes Que ternissent plus tard le temps et les malheurs. ”
“ Ces croix nous viennent des aïeux. Tandis qu’ils « faisaient de la terre ». On dit qu’elles priaient pour eux : Le ciel a béni leur prière... Conservons nos croix du chemin : De victoire elles sont un gage. ”
“ Vieux chapelet C’est un vieux chapelet tout noir et tout usé. Quelqu’un me l’a donné, jadis. Quel est son âge ? Dix ans au moins, peut être vingt, ou davantage : Le cœur des vieux objets est si vite brisé... ”
“ La nature est lasse. Un voile d’ennui S’étend sur la classe. Le grand tableau noir Prend, d’étranges formes Et mieux qu’au dortoir, Les élèves dorment. Ils dorment heureux Bien loin des orages. ”
“ Jamais n’avons fait de voyages : Nous sommes de petits oiseaux. Voulons monter dans les nuages Qui paraissent pleins de joyaux. Nous recherchons plaisirs nouveaux Qui ne soient pas des bagatelles. ”
“ Pour compagnon, l’ami Catulle. Sous la règle il faudra plier Et noircir des pages, sans trêve. Dans le fond de mon encrier Je verrai se noyer mon rêve. Car c’est une loi de souffrir Par le prochain, durant la vie. ”
“ Ils ont espéré comme nous, Ayant partagé notre histoire ; Et quand nous sommes à genoux, En les regardant, il faut croire. Près d’eux, nous avons tous rêvé ; Près d’eux, l’enfant devient un homme ”
“ Et vers cinq heures, prendre une tasse de thé. Ces tricots et ces bas, ces laines, ces flanelles, A des pauvres, demain, parleront de bonté. Mais ceux qui les auront ne connaîtront pas celles Qui savent faire en souriant la charité. ”
“ Emportés par le vent qui passe, Comme les feuilles de nos bois. Bébé qui mord dans une pomme, Ravi, compte les flocons blancs. Ah ! qu’il voudrait, grand comme un homme, Glisser là-bas sur les étangs ! ”
“ Vous l’êtes peut-être au surplus ? Que ce soit vous ou moi blâmable,Je ne vois plus. L’homme souvent cède à la femme : Ma foi, vous aurez le dessus. Mais alors vous devrez, madame,N’y penser plus. Avec le temps le mal s’envole. ”
“ Emplissaient tous les nids de leurs propos bavards. « Mes frères les oiseaux, la sainte obéissance « Est bien douce vertu pour pauvres et richards. « Qui sait la pratiquer fait preuve de vaillance. « Devant les insoumis, Dieu voile ses regards. » ”
