“ Et, en la lenteur attentive d’un respect, s’imposa l’auguste et toute-puissante Majesté, la Face marmoréenne de Zeus.Là-bas, sur l’Acropole, avec de secs croassements, un aigle s’enlevait droit en l’air. Et l’instinct subit de ma reconnaissance monta avec l’oiseau vers le Dieu qui agréait ainsi mon hommage de Barbare.La complaisance d’une torpeur aimable poursuivit le jeu de cette illusion, lorsque m’éveilla net un salut révérencieux : l’inévitable « custode delle rovine [1] », sa pipe en terre rouge d’une main, de l’autre tirait, pour m’offrir ses services, sa casquette galonnée d’argent. ”
Théo Varlet
Élements biographiques
Théo Varlet, né en 1878 à Lille et décédé en 1938 à Cassis, fut un poète, romancier et traducteur français dont l’œuvre mêle poésie cosmique, science-fiction et réflexions sur l’unité universelle. Sous le pseudonyme de Déodat Serval, il aborde l’interdépendance des êtres et des mondes, comme en témoignent La Bella Venere et La Grande Panne, où l’humain face à l’inconnu révèle à la fois sa vulnérabilité et sa grandeur.
Influencé par Rosny aîné et Wells, ses œuvres, marquées par un pacifisme radical, ont suscité l’admiration de critiques comme Régis Messac, qui souligna sa maîtrise des enjeux scientifiques et sa capacité à évoquer l’inconnu sans recourir à l’exotisme.
Citations de Théo Varlet
Théo Varlet, La Grande Panne (1930)
“ Pendant que tout le monde accourt, l’homme vient à la porte près de laquelle nous sommes restés seuls, Aurore et moi, presse un levier qui ouvre les battants par où s’engouffrent le vent et la rumeur tempêtueuse du lichen en croissance, puis, pour avoir les deux mains libres, accrochant son falot à la barre d’un filet à bagages, enlève la chaînette qui fixe l’échelle de fer aplatie contre un dossier, la fait tourner sur l’axe du support, et l’amenant à l’extérieur du wagon, l’abaisse le long de la tige qui la retient, parmi un bruit sec de branches cassées. ”
Théo Varlet, La Grande Panne (1930)
“ Sans ce que nous venions de voir dans le métro, on eût pu se leurrer, croire à l’évanouissement de la menace. Mais non, toutefois ! Sur la chaussée, dans le flot des taxis et des autobus, rares étaient à présent les véhicules qui ne traînaient pas, soit au marchepied sur la boîte d’accumulateurs, soit sous le châssis à l’arrière du moteur, leur goitre loqueteux de fongosités rousses. Quant aux tramways, chaque voiture soulevait au passage, entre ses roues, une gerbe de boue sèche... de lichen arraché par la « charrue » au caniveau de prise de courant. ”
