“ Eh bien! s'il n'est pas mort, dit alors le comte Doorm, pourquoi le pleurez-vous ainsi? vous ressemblez à un enfant; et s'il est mort, je vous considère connue une sotte: vos pleurs ne le rendront pas à la vie; mort ou non, vous gâtez une jolie figure par des larmes insensées. Cependant, puisqu'il y a un joli minois, que quelqu'un de vous ici relève le blessé et l'emporte dans notre manoir. S'il vit, nous l'enrôlerons dans notre bande; s'il meurt, la terre est assez profonde pour le cacher. ”
Résumé
“Énide”, est une œuvre de Alfred Tennyson. Des thèmes tels que Énide, Geraint ou Yniol y sont abordés.
Citations de Énide (Alfred Tennyson)
“ Ce matin-là Genièvre était montée trois fois sur la grande tour, d'où l'on voyait, à ce qu'on dit, les riantes collines de Somerset et les blanches voiles courant sur la mer jaune; mais ce n'était ni vers les riantes collines ni vers la mer jaune que la belle reine dirigeait ses regards: c'était vers la vallée d'Usk, sur un gazon uni, jusqu'à ce qu'elle vît venir le jeune couple. Alors descendant, elle le reçut à la porte. Elle embrassa Énide de tout son cœur comme une amie, lui fit honneur comme à la fiancée du prince, et l'habilla pour sa noce brillante comme le soleil. ”
Alfred Tennyson,
Énide
(1869)
“ Yniol reprit : « Entre donc et partage la mince hospitalité d'une maison autrefois riche, maintenant pauvre, mais dont la porte est toujours ouverte. – Merci, vénérable ami, répliqua Geraint ; si vous ne me servez pas d'épervier à souper, j'entrerai et mangerai avec tout l'appétit d'un jeûne de douze heures. » A ces mots, le vieillard soupira et sourit, puis répondit : « J'ai bien plus de motifs que vous de maudire ce brigand de l'air, l'épervier. Mais entrez ; entrez, car, à moins que vous ne le désiriez, nous n'y toucherons pas, même en plaisantant. » ”
“ «L'épervier.» Alors, passant près d'un vieux paysan qui, frappé par un rayon de soleil poudreux, suait sous le poids d'un sac de blé, il demanda une fois de plus ce que signifiait tout ce bruit. Le rustaud répondit en grommelant: «Eh! l'épervier.» Plus loin, il passa près d'un armurier qui, le dos tourné et penché sur son ouvrage, rivait un casque sur son genou; il lui adressa la même question; mais l'homme, sans tourner la tête, ni même le regarder, lui dit: «Ami, quand on travaille pour l'épervier, on a peu de temps à donner aux questions oiseuses.» ”
“ «Alors, Édyrn, fils de Nudd, répliqua Geraint, tu feras ces deux choses, ou tu mourras. D'abord toi-même, ta dame et ton nain, vous vous rendrez à la cour d'Arthur, et une fois là, vous demanderez pardon pour l'insulte faite à la reine et vous exécuterez sa sentence à cet égard; ensuite tu rendras leur comté à tes parents. Tu feras ces deux choses, ou tu mourras.» Édyrn répondit: «Je ferai ces deux choses, car je n'ai jamais encore été renversé: tu m'as terrassé et mon orgueil est abattu; car Énide voit ma chute.» ”
“ A ces mots, Geraint ne se contint plus «Que votre épervier soit mille fois en proie à la pépie! que les mésanges, les roitelets et tous les riens ailés le frappent à mort! Vous prenez le caquetage rustique de votre bourg pour le murmure de l'univers: qu'est-ce que cela me fait? O misérable troupe de moineaux qui ne voyez rien que des éperviers! parlez si vous n'êtes pas, comme le reste, en proie à la folie de l'épervier: où puis-je trouver un gîte pour la nuit et des armes, des armes, des armes pour combattre mon ennemi? Parlez.» ”
“ «Écoutez, par le chant de l'oiseau vous pouvez apprendre où est le nid, dit Yniol; entrez vite.» Passant alors sur un monceau de pierres fraîchement tombées, dans la salle aux noirs chevrons couverts de toiles d'araignées, il trouva une vieille dame vêtue de brocart de couleur sombre; et près d'elle, comme une fleur rouge et blanche qui légèrement perce une enveloppe flétrie, s'épanouissait la belle Énide, sa fille, vêtue d'une robe de soie passée. En un moment Geraint se prit à penser: «Voici, par la croix du Sauveur, une jeune fille pour moi.» ”
“ Si je suis vil ou noble, sage ou fou, je l'ignore; je sais seulement que, quoi qu'il m'arrive, je me trouve sain et sauf; mais je puis tout endurci avec la plus grande patience.—C'est parler en homme de cœur, répondit Geraint; mais des armes, afin que si, comme je suppose, votre neveu combat dans le tournoi de demain, je finisse rabattre son orgueil. ”
“ J'ai bien des armes, en vérité, mais vieilles et rouillées, vieilles et rouillées, prince Geraint: vous les demandez, elles sont à vous; mais dans ce tournoi, nul ne peut jouter à moins que la dame qu'il aime le mieux n'y assiste. Deux fourches sont enfoncées dans la prairie, sur elles est placée une verge d'argent; et là-dessus l'épervier, prix de la beauté pour la plus belle. ”
Alfred Tennyson,
Énide
(1869)
“ Il envoya un millier d hommes pour labourer les terres incultes, et, se montrant partout, il puigea les endroits écartés et y rétablit l'ordre ; il détruisit les repaires des bandits et nettoya le pays. Quand Geraint fut revenu en santé, ils passèrent avec Arthur à Caerleon-sur-Usk. Là, une fois de plus, la grande reine embrassa son amie et lui donna une robe belle comme le jour. Quoique Geraint ne pût jamais recouvrer cette quiétude que lui avait donnée leur liaison avant que le nom de la reine eût été terni par le souffle de la médisance, il resta satisfait, trouvant tout bien. ”
“ A ces mots, l'armurier se tournant d'un air tout étonné, et, voyant un homme si resplendissant de soie pourpre, s'avança sans quitter le heaume qu'il tenait et répondit: «Pardonnez-moi, chevalier étranger; nous donnons un tournoi ici demain matin et nous avons à peine le temps pour la moitié de notre besogne. Des armes? en vérité, je ne sais pas, toutes sont nécessaires ici. Un logement? en vérité, en bonne vérité, je n'en connais point, sauf peut-être chez le comte Yniol, là-bas, de l'autre côté du pont.» ”
Alfred Tennyson,
Énide
(1869)
“ Tel dehors, le matin, lorsque pour la première fois les cadences perlées d'une voix aimée des mortels glissent vers Albion sur les mille ondes de la brise, et tout d'un coup en avril surgissent d'un taillis émaillé de vert et de rouge, un homme suspend sa conversation avec un ami ou peut-être le travail de ses mains, pour penser ou pour dire : « Voilà le rossignol. » Il en fut de même de Geraint, qui pensa et dit : « Voici, par la grâce de Dieu, la seule voix pour moi. » Le hasard voulut qu'Énide chantât une chanson de la Fortune et de sa roue. ”
“ «Comte, si vous m'aimez comme autrefois, et si vous ne m'abusez point, venez demain matin et arrachez-moi à Geraint comme par violence. Pour ce soir, laissez-moi; je suis fatiguée jusqu'à la mort.» Le comte éperdu d'amour, prenant congé, s'inclina en balayant son pied de la plume de son chapeau; et le brave prince lui cria: «Bonne nuit!» En se retirant, le châtelain racontait à ses hommes comment Énide n'avait jamais aimé que lui, et ne se souciait pas plus de son époux que d'une coquille d'œuf. ”
“ Geraint se mit alors à raconter comment le rude comte gisait mort dans son manoir. Mais lorsque le chevalier lui dit avec le ton de la prière: «Suivez-moi au camp, prince, et racontez au roi lui-même ce qui s'est passé; étant seul, vous avez dû sûrement courir d'étranges chances;» l'autre rougit, baissa la tête et s'arrêta sans mot dire, redoutant la douce figure du roi sans reproche, et, après la folie faite, la question qui doit s'ensuivre, jusqu'à ce qu'Édyrn s'étant écrié: «Si vous ne voulez pas venir près d'Arthur, alors Arthur viendra à vous,» il répondit: «C'est assez, je vous suis;» ”
“ C'était le rouge coq qui saluait la lumière du jour au moment où l'aurore aux yeux gris commençait à paraître sur le monde mouillé de rosée, et brillait sur l'armure du chevalier. Énide se leva de nouveau pour y regarder; mais elle la toucha sans le vouloir. Le casque tomba avec bruit. Geraint se redressa et jeta un regard surpris sur son épouse. Rompant alors le silence qui lui était imposé, Énide répéta à Geraint tout ce que le comte Limours lui avait dit, excepté que son époux ne l'aimait pas. ”
“ «Énide, le dextrier du bon chevalier est dans la cour; mène-le à l'écurie et donne-lui du grain; puis, va a la ville et achète-nous de la viande et du vin, nous nous réjouirons de notre mieux. Notre trésor est petit; mais nos cœurs sont grands.»Il dit. Le prince, comme Énide passait près de lui, volontiers l'eût suivie. Il fit un pas; mais Yniol saisit son écharpe de pourpre et le retint en lui disant: «Arrêtez! restez! la bonne maison, bien que ruinée, ô mon fils, n'endure pas que son hôte se serve lui-même.» Respectant les habitudes du lieu, Geraint, par excès de politesse, s'arrêta. ”
“ Ce matin même, lorsqu'il dit à Énide: «Prenez votre robe la plus pauvre,» elle la trouva, la prit et s'habilla.O misérable race d'hommes à moitié aveugles! combien parmi nous, à cette heure même, se créent un chagrin pour toute leur vie en prenant le vrai pour le faux, ou le faux pour le vrai, marchant à tâtons à travers le faible crépuscule de ce monde, jusqu'à ce que nous passions dans l'autre, où nous verrons comme nous serons vus.C'est ce qui arriva à Geraint. ”
Alfred Tennyson,
Énide
(1869)
“ Et Énide, uniquement pour charmer les yeux de son mari, qui l'avait trouvée tout d abord et aimée dans un état de pauvreté, se présentait journellement à lui dans une parure nouvelle ; la reine elle-même, reconnaissante envers le prince Geraint pour ses services, aimait Énide, et souvent de ses blanches mains l'habillait, la parait, comme la plus charmante après elle dans toute la cour. Énide aimait la reine et d'un coeur sincère l'adorait comme la plus imposante, la meilleure et la plus aimable de toutes les femmes sur la terre. ”
Alfred Tennyson,
Énide
(1869)
“ En vérité, l'oeuvre accomplie par Edyrn sur lui-même, après une vie de violence, me semble mille fois plus grande et plus étonnante que si l'un de mes chevaliers, mon sujet, avec d'autres sous ses ordres, risquant sa vie, faisait seul un carnage dans un pays de voleurs, bien qu'il les tuât l'un après l'autre, et qu'il fût lui-même presque blessé à mort. ”
Alfred Tennyson,
Énide
(1869)
“ En se remuant, Geraint rejeta la couverture de côté et mit à nu la colonne noueuse de son cou, le carré massif de son héroïque poitrine, et des bras sur lesquels des muscles saillants se courbaient comme un torrent fougueux sur une petite pierre, se précipitant avec trop de force pour s'y briser. Énide se réveilla et s'assit à côté du lit en admiration devant son mari, pensant en elle-même : « Y eut-il jamais un homme d'aussi grandes proportions ? » ”
“ «Il y a là-bas trois malfaiteurs en embuscade dans le bois; tous sont armés de pied en cap, et l'un d'eux paraît plus fort que vous; ils disent qu'ils tomberont sur vous à votre passage.»A cette ouverture, Geraint répondit avec colère: «Fussent-ils cent dans le bois, et chacun d'eux plus fort que je ne le suis, et quand même ils se rueraient tous à la fois sur moi, je le jure, j'en serais moins contrarié que de votre désobéissance. Rangez-vous, et, si je succombe, attachez-vous au vainqueur.»Énide se tint de côté pour attendre l'événement, n'osant pas suivre le combat ”
Alfred Tennyson,
Énide
(1869)
“ Cependant ses tendres yeux bleus n'étaient pas obscurcis par ce brouillard au point de ne pas voir devant eux sur le sentier, à la porte du manoir du bandit, un chevalier de la cour d'Arthur, qui mit sa lance en arrêt et s'apprêta à tomber sur Geraint. Alors, craignant pour sa blessure, et se rappelant le sang qu'il avait perdu, Énide cria à l'étranger, la tête remplie de ce qui était arrivé : « Ne tuez pas un homme mort ! – La voix d'Énide, » dit le chevalier. ”
Alfred Tennyson,
Énide
(1869)
“ Jamais encore depuis qu'en paradis les premières roses parurent sur les quatre rivières, être humain ne goûta un plaisir plus pur qu'Énide quand, à cette heure périlleuse, elle joignit ses mains au-dessous du coeur de son mari, et sentit qu'il lui appartenait encore. ”
“ Énide, laissée seule avec le prince Geraint, pensant à l'ordre qu'elle avait reçu de garder le silence et à la nécessité où elle était de le violer, tint conseil avec elle-même, et, pendant qu'elle délibérait ainsi, son époux s'endormit. Énide n'eut pas le cœur de l'éveiller; elle se tint penchée sur lui, enchantée de voir qu'il était sorti du combat sans blessure et de l'entendre respirer doucement et également. Bientôt elle se leva, et, marchant légèrement, elle réunit les pièces de son armure en un seul endroit, pour les trouver en cas de besoin. ”
Alfred Tennyson,
Énide
(1869)
“ Elle répondit avec douceur : « Comment pourrais-je avoir la moindre joie dans ce monde jusqu'à ce que mon époux se lève et jette un regard sur moi ? » A ces mots, le rude comte se récria sur cette réponse, comme si elle fût partie d'un coeur vide et de la fatigue d'un être maladif. Tout à coup, il se saisit d'Énide, la porta violemment vers la table et lui jeta le plat devant elle, en lui criant : « Mange ! – Non, non dit Énide avec humeur ; je ne mangerai pas tant que cet homme là-bas sur la bière ne se lèvera point pour manger avec moi. – Alors tu boiras, répondit-il. Ici ! » ”
“ Il déposa alors son panier, et, mettant pied à terre sur le gazon, les voyageurs laissèrent paître les chevaux et mangèrent eux-mêmes. Énide prit délicatement peu de chose, ayant moins d'appétit que de désir de se conformer à la volonté de son époux; mais Geraint dévora, sans y penser, toute la pitance des moissonneurs, et, ne trouvant plus rien, il fut surpris. «Mon garçon, dit-il, j'ai tout mangé; mais prends en payement un cheval et des armes, choisis les meilleurs.» Lui, rougissant de plaisir, repartit: «Messire, vous me payez au centuple.—Tu n'en seras que plus riche,» s'écria le prince. ”
“ Il en passa un autre à la hâte, un homme d'armes envoyé en mission auprès du noble brigand; moitié sifflant, moitié chantant une chanson grossière, il souleva la poussière contre les yeux sans voile de la dame. Un autre, fuyant la colère de Doorm devant une flèche sans cesse présente à sa pensée, faisait dans sa crainte fumer la longue route sous lui. Le palefroi d'Énide en hennissant leva le pied, se sauva dans les taillis et fut perdu, pendant que le grand destrier restait affligé comme un homme. ”
“ Lorsque le pâle orient commença à s'animer au soleil, elle se leva. Sa mère en fît autant, et, la main l'une dans l'autre, elles descendirent, se dirigeant vers la prairie.Là vint le couple, et lorsque Geraint contempla d'abord Énide qui l'attendait dans le champ, il sentit que, si elle était le prix de la force corporelle, lui-même, au delà des autres qui y employaient leurs efforts, il pourrait mettre en mouvement la chaise d'Idris. Les armes rouillées d'Yniol étaient sur sa personne princière; mais, à travers les armes on voyait briller le prince. ”
“ Tout patient qu'il était, le cœur d'Yniol tressaillit dans son sein à la perspective de meilleurs jours. Regardant autour de lui, il ne vit point Énide (entendant prononcer son nom elle avait disparu) , mais la vieille dame, à laquelle il dit avec tendresse et passion, sa main dans la sienne: «Mère, une jeune fille est chose délicate que nul ne comprend aussi bien que celle qui l'a portée. Va te reposer; mais avant de te retirer, parle-lui et interroge son cœur au sujet du prince.» ”
Termes fréquents
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