“ C'était le rouge coq qui saluait la lumière du jour au moment où l'aurore aux yeux gris commençait à paraître sur le monde mouillé de rosée, et brillait sur l'armure du chevalier. Énide se leva de nouveau pour y regarder; mais elle la toucha sans le vouloir. Le casque tomba avec bruit. Geraint se redressa et jeta un regard surpris sur son épouse. Rompant alors le silence qui lui était imposé, Énide répéta à Geraint tout ce que le comte Limours lui avait dit, excepté que son époux ne l'aimait pas. ”
Citations sur “Énide”
“ Énide, vous et lui, je le vois avec joie, vous vous tenez à l'écart l'un de l'autre, vous ne lui parlez pas, vous venez sans suite, page ni suivante, pour vous servir. Vous aime-t-il comme autrefois? Appelez cela querelles d'amants, si vous le voulez, je sais cependant que quoique les hommes puissent se quereller avec les êtres qu'ils aiment, ils n'iraient pas jusqu'à les rendre ridicules à tous les yeux tant qu'ils les aiment encore; et votre pauvre toilette, misérable insulte à votre adresse, raconte votre histoire sans paroles: savoir, que cet homme ne vous aime plus. ”
Alfred Tennyson,
Énide
(1869)
“ Et Énide, uniquement pour charmer les yeux de son mari, qui l'avait trouvée tout d abord et aimée dans un état de pauvreté, se présentait journellement à lui dans une parure nouvelle ; la reine elle-même, reconnaissante envers le prince Geraint pour ses services, aimait Énide, et souvent de ses blanches mains l'habillait, la parait, comme la plus charmante après elle dans toute la cour. Énide aimait la reine et d'un coeur sincère l'adorait comme la plus imposante, la meilleure et la plus aimable de toutes les femmes sur la terre. ”
Alfred Tennyson,
Énide
(1869)
“ En un moment Geraint se prit à penser : « Voici, par la croix du Sauveur, une jeune fille pour moi. » Mais personne ne prononça une parole excepté le vieux comte : « Énide, le dextrier du bon chevalier est dans la cour ; mène-le à l'écurie et donne-lui du grain ; puis, va à la ville et achète-nous de la viande et du vin, nous nous réjouirons de notre mieux. Notre trésor est petit ; mais nos coeurs sont grands. » ”
Alfred Tennyson,
Énide
(1869)
“ Il dit, et Énide regardant tristement ses rênes, reprit la marche sans répondre un seul mot. Mais comme un homme sur lequel fond un terrible désastre dans une terre éloignée et à son insu, mais qui l'apprend à son retour et en souffre jusqu'à en mourir : ainsi Geraint, blessé dans son combat avec le satellite de Limours, saignait secrètement sous son armure et continuait sa marche sans dire à sa noble épouse quelle était sa blessure, le sachant à peine lui-même, jusqu'au moment où son oeil s'obscurcit et son heaume vacilla ”
“ «Alors, Édyrn, fils de Nudd, répliqua Geraint, tu feras ces deux choses, ou tu mourras. D'abord toi-même, ta dame et ton nain, vous vous rendrez à la cour d'Arthur, et une fois là, vous demanderez pardon pour l'insulte faite à la reine et vous exécuterez sa sentence à cet égard; ensuite tu rendras leur comté à tes parents. Tu feras ces deux choses, ou tu mourras.» Édyrn répondit: «Je ferai ces deux choses, car je n'ai jamais encore été renversé: tu m'as terrassé et mon orgueil est abattu; car Énide voit ma chute.» ”
“ PREMIÈRE EUMÉNIDE. – Voilà où t’a mené l’orgueil, Électre ! Tu n’es plus rien ! Tu n’as plus rien ! ÉLECTRE. – J’ai ma conscience, j’ai Oreste, j’ai la justice, j’ai tout. DEUXIÈME EUMÉNIDE. – Ta conscience ! Tu vas l’écouter, ta conscience, dans les petits matins qui se préparent. ”
Gaston Boissier,
Revue des Deux Mondes
“ Fulgence voit dans l’Enéide une image accomplie de la vie humaine ; le naufrage d’Énée, par lequel commence le poème, représente la naissance de l’homme, jeté pleurant et nu dans la vie. Les événemens racontés dans le second et le troisième livres sont une imitation de ces fables dont le récit enchante nos premières années. Avec le quatrième livre, nous arrivons aux périls que les passions font courir à l’adolescence. ”
Irénée de Lyon,
Les Pères de l’Église
“ Comment comprendre ensuite la création d’Ennoia, de l’enthymèse et des autres affections, qui ne sont autre chose que des modifications de Nus lui-même ? Si on les désigne par une autre expression, ce n’est point pour indiquer un être différent, mais seulement une extension du même être, le sens intime, qui produit des pensées diverses et qui les domine, restant toujours le même. Nous donnons le nom d’Ennoia à la naissance de la pensée ; si cette pensée croît et se développe et préoccupe l’âme, elle prend le nom d’enthymèse. ”
André Beaunier,
Revue des Deux Mondes
“ « Du contenu, » ou plutôt, dit M. Bellessort, « Du sens caché de Virgile, » — où sont traduits en phénomènes chrétiens tous les épisodes et les détails de l’Énéide : le naufrage d’Énée signifie ou figure la naissance de l’homme et, l’eau du naufrage, les larmes qui accompagnent toujours une naissance humaine. Un tel symbolisme ne va pas sans quelque absurdité. Mais, au moyen âge, on avait accoutumé de croire que toute la nature est une allégorie de la divine vérité. Il est dit que les cieux racontent la gloire de Dieu : les cieux et, pareillement, toute la création. ”
Fustel de Coulanges,
La Cité Antique
(1927)
“ Il ne faut pas juger l'Enéide avec nos idées modernes. On se plaint quelquefois de ne pas trouver dans Énée l'audace, l'élan, la passion. On se fatigue de cette épithète de pieux qui revient sans cesse. On s'étonne de voir ce guerrier consulter ses Pénates avec un soin si scrupuleux, invoquer à tout propos quelque divinité, lever les bras au ciel quand il s'agit de combattre, se laisser ballotter par les oracles à travers toutes, les mers, et verser des larmes à la vue d'un danger. ”
Pierre-Joseph Proudhon,
De la justice dans la Révolution et dans l’Église
“ Vous avez prouvé que l’Énéide est supérieure à l’Iliade par le sujet du poëme, par le but que se propose le poëte, par la philosophie, par la nature du merveilleux, ce qu’il paraît difficile de vous refuser. Or, il s’agit de poésie, d’idéal, d’art, et l’on nie que l’humanité chantée par Virgile, que ses personnages, ses épisodes, atteignent à l’idéalité de ceux d’Homère. On soutient de plus que l’Énéide n’est belle que de la beauté de sa rivale, que Virgile doit tout, ou presque tout à Homère, qu’il l’imite, le copie sans cesse ”
“ Alors ton être environnera tout le monde corporel, et tu le placeras dans l’un des recoins de ton âme : car en faisant cela tu comprendras combien le sensible est petit à côté de la grandeur de l’intelligible. Alors les substances spirituelles seront placées devant toi et se tiendront devant tes yeux ; tu les verras autour de toi et au-dessus de toi, et il te semblera qu’elles sont ta propre essence. Tantôt tu croiras que tu es une portion d’elles, parce que tu seras lié à la substance corporelle ”
Virgile,
Énéide/Traduction Guerle
“ Quel sort contraire, ô fils d’une déesse, vous précipite à travers de pareils orages ? Quelle puissance ennemie se plaît à vous jeter sur des plages barbares ? Vous êtes donc cet illustre Énée, que la belle Vénus mit au jour près des ondes du Simoïs, quand elle reçut dans ses bras le magnanime Anchise ! ”
Virgile,
Énéide/Traduction Guerle
“ La nuit régnait, et tout ce qui respire sur la terre, au sein de l’onde, au haut des airs, goûtait dans un sommeil profond l’oubli des travaux et des peines. Assis sur le rivage, seul, et n’ayant pour toit que la voûte des cieux, Énée lui-même, Énée qu’assiègent tant de sombres images, ferme enfin la paupière, et cède en soupirant aux charmes du repos. Cependant le dieu de ces bords, le Tibre aux ondes fortunées, lève à travers le feuillage des peupliers voisins sa tête majestueuse, et, sous la forme d’un vieillard vénérable, apparaît en songe au héros. ”
Marie-Joseph de Chénier, Rapport historique sur l'état et les progrès de la littérature depuis 1789… (1815)
“ Pour la composition, pour le ton général, pour les détails, rien ne , ressemble moins à l'Énéide que le Paradis perdu. La perfection de Virgile et l'inégalité de Milton opposaient au traducteur des difficultés diversement effrayantes; mais rien ne pouvait intimider un écrivain qui a si profondément étudié les secrets de notre versification et les inépuisables ressources de la langue poétique. Dans l'Enéide, quelle foule de beautés à rendre présentaient le sac de Troie, les amours de Didon, la descente d'Enée aux enfers, ces trois chants célèbres, le modèle et le désespoir des poètes épiques ! ”
Jean le Rond d’Alembert,
L’Encyclopédie, 1re éd.
“ Supposons que tout le poëme de l’Enéide fût tissu comme le quatrieme livre ; que les incidens naissant les uns des autres, pussent produire & entretenir jusqu’à la fin cette variété de sentimens & d’images, ce mêlange d’épique & de dramatique, cette alternative pressante d’inquiétude & de surprise, de terreur & de pitié ; l’Enéide ne seroit-elle pas supérieure à ce qu’elle est ? ”
Virgile,
Énéide/Traduction Guerle
“ On nous dispute l’asyle du rivage ; le glaive nous repousse, et la terre nous refuse un abri. Cruels ! si vous bravez les lois humaines et les armes des mortels, redoutez au moins les dieux, les dieux qui savent punir le crime et venger l’innocence. Sur nous régnait un prince fameux par sa vertu, le grand Énée, qui n’eut point d’égal en sagesse, en vaillance, en exploits. Si les destins veillent sur lui ; s’il respire encore l’air que nous respirons ; s’il ne dort point du sommeil de la mort ”
“ Voilà qu’au jour naissant mugissent les campagnes ; La cime des forêts tremble au front des montagnes ; La terre éprouve au loin d’affreux ébranlements, Et les chiens frappent l’air de leurs longs hurlements. Soudain à son approche ont tressailli les mânes : « Loin de ce bois sacré ! loin de mes yeux, profanes ! S’écria la prêtresse. Et toi, qui suis mes pas, Enée, arme ton cœur ; Enée, arme ton bras ». Elle dit, et s’élance au fond de l’antre sombre ; Et lui, d’un pas hardi, vole, et la suit dans l’ombre. Tristes divinités du gouffre de Pluton ! ”
Virgile,
Énéide/Traduction Guerle
“ On admire les présens d’Énée ; on admire les charmes d’Iule, et sa feinte innocence, et ses traits où rayonne un dieu ; on admire et le manteau superbe, et le voile embelli d’une acanthe à feuilles d’or. ”
“ En effet, tandis que les questions traitées dans la IIIe et la IVe Ennéade, celle de la Providence et du Destin, du Temps et de l’Éternité, de l’essence de l’Âme, de ses rapports avec le corps, de son immortalité, sont des questions communes à toutes les philosophies, débattues de tout temps, et pour cette raison plus faciles à traiter avec clarté, celles qui remplissent la Ve et la VIe Ennéade sont plus particulièrement propres au Néoplatonisme, et, quoique vieilles de plus de quinze siècles, elles sont encore presque entièrement neuves pour notre âge. ”
Virgile,
Énéide/Traduction Guerle
“ On arrive au modeste séjour : « Voici le seuil, dit Évandre, que franchit le magnanime Alcide ; voici le palais qui le reçut vainqueur. Osez, prince, mépriser un vain faste ; et, noble émule d’un dieu, daignez, comme lui, vous asseoir sous le chaume de l’indigence. » À ces mots, il introduit le grand Énée dans l’étroite demeure, et l’invite à se reposer sur un lit de feuillage, couvert de la dépouille d’une ourse de Libye. La nuit tombe, et de ses ailes ténébreuses enveloppe l’univers. ”
“ Didon, leur présentant le vin du sacrifice, En arrose le front d’une blanche génisse ; D’un pas majestueux fait le tour des autels, Les charge tous les jours de présents solennels ; Tous les jours, au milieu des victimes mourantes, Consulte avidement leurs fibres palpitantes. Malheureuse ! où l’égare une pieuse erreur ? La réponse des dieux est au fond de son cœur. Leur nom est dans sa bouche, Enée est dans son âme : Tout entière livrée à l’amour qui l’enflamme, Que servent contre lui les prières, l’encens ? ”
Louis de Bonald,
Mélanges littéraires, politiques et philosophiques…
(1819)
“ Le ressort de l'Énéide est l'ordre des dieux, qui appellent Enée en Italie, le soutiennent dans toutes les traverses qu'il éprouve, et l'arrachent même à sa passion pour Didon : car, dans l'Enéide, l'amour ne fait que retarder l'action du poème, au lieu que l'amitié dénoue celle de l'Illiade. La nature morale est moins brillante dans l'Énéide, mais elle y est plus sage et mieux réglée. Enée est religieux autant que politique : qualités nécessaires, l'une comme l'autre, à un fondateur de société. Le courage s'allie à la subordination, et la fureur guerrière n'est pas sans humanité. ”
Virgile,
Énéide/Traduction Guerle
“ Accourues au-devant d’Énée, toutes ces Ombres amies l’environnent à la fois. C’est peu de l’avoir vu, elles se plaisent à le voir encore ; elles s’arrêtent, elles marchent avec lui ; elles veulent apprendre quelle cause lui fait visiter les enfers. Mais à l’approche du héros, à l’éclat de son glaive qui brille dans les ténèbres, l’épouvante a saisi les chefs de la Grèce et les phalanges d’Agamemnon. Les uns fuient éperdus, tels qu’on les vit autrefois regagner leurs vaisseaux ; les autres jettent un cri faible et douteux, qui expire aussitôt dans leur bouche béante. ”
“ La manière dont la substance corporelle universelle réside dans la substance spirituelle universelle doit être comparée à la manière dont le corps réside dans l’âme. De même que l’âme environne le corps et le porte, de même la substance spirituelle universelle environne le corps universel du monde et le porte ; et de même que l’âme est en elle-même séparée du corps et s’attache à lui sans le toucher, de même la substance spirituelle est en elle-même séparée du corps du monde et s’attache à lui sans le toucher. ”
Eugène Despois,
Les Écrivains à Rome
“ Il y a, selon lui, dans l’Enéide un passage « qui caractérise l’époque et l’esprit du poème, » et il le traduit ainsi : « Dans un grand peuple, lorsque s’est élevée, comme trop souvent, une sédition, et que l’ignoble populace [14] s’abandonne à sa fureur, déjà volent les brandons et les pierres ; la colère se fait de tout des armes. Alors, si tout à coup un homme considéré pour ses mœurs et ses services se montre à eux, ils font silence, ils écoutent, l’oreille attentive, et lui, de ses paroles, il domine les esprits et adoucit les cœurs... » ”
Jules Bois,
Les Petites Religions de Paris
“ Démiurge s’en vengea en liant l’homme à la chair, dont il ne se délivrera que par la connaissance de sa destinée, par la Gnose. L’histoire de l’âme, serve des impuretés du corps, puis s’élançant jusqu’à l’immortalité divine, réside entière en la légende de cette sublime courtisane, Ennoia-Hélène, compagne du mage Simon, devenue Dieue et faisant devenir Dieu son amant par la foi en le Féminin Éternel. ”
Marin Ferraz,
De la Psychologie de saint Augustin…
(1862)
“ On reconnaît ici, comme ailleurs, l'inspiration de l'auteur du Phédon et de celui des Ennéades. La vigoureuse argumentation de ces deux maîtres n'a rien perdu, et ce n'est pas un petit éloge, sous la plume de leur disciple. L'âme n'est donc pas un corps, elle est un esprit. Mais comment concevoir l'existence d'une substance spirituelle? Qu'est-ce qu'une chose qui n'a ni longueur, ni largeur, ni profondeur, aucune des dimensions de l'espace ? ”
Virgile,
Énéide/Traduction Guerle
“ Mon amour veille encore pour vous, Déesse : bannissez les alarmes. Énée, selon vos désirs, abordera sans dangers au port de l’Averne. Un seul homme, disparu dans l’abîme, lui coûtera de vains regrets : un seul sera victime pour le salut de tous. ”
“ Et pourtant, ce mauvais garçon, chasseur habile qui charge son carquois de sagette subtile, qui secoue en riant sa torche, pour un jour qui ne pose jamais que sur de tendres fleurs, c’est sur un teint charmant qu’il essuie les pleurs, et c’est encore un dieu, Enone, cet amour. Mais, laisse, les oiseaux du printemps sont partis, et je vois les rayons du soleil amortis. énone, ma douleur, harmonieux visage, superbe humilité, doux-honnête langage, hier me remirant dans cet étang glacé qui au bout du jardin se couvre de feuillage, sur ma face je vis que les jours ont passé. ”
D. Rebitté, Essai sur la poésie et la poétique… (1845)
“ Mais , nous dira-t-on, en restant dans l'exemple, que vous proposez, les harpies, les hôtes effrayants du Tartare, Cacus , la sœur de Turnus , toutes ces divinités, qui interviennent dans la fable de l'Enéide, sont-ils des faits naturels? Ceci nous donne lieu de constater que dans la poésie humaine on trouve un nouvel ordre de faits , dont les arts plastiques et les poèmes ont fait un grand usage. L'Enéide en contient quelques-uns , l'Iliade et l'Odyssée , les Argonautiques , et d'autres poèmes bien connus, en fournissent aussi de nombreux exemples. ”
