Charles de Saint-Julien

Résumé

Charles de Saint-Julien Littérature russe - Moumounia

Stépane s’empara de Moumoû et la jeta dehors aux pieds de Guérassime, qui attendait à la porte. Une demi-heure s’était à peine écoulée depuis ce grave événement, que la maison avait repris son morne silence, tandis que la vieille dame s’était ensevelie dans les coussins de son divan, plus sombre qu’un ciel d’hiver.
Elle garda cette noire humeur jusqu’au soir, n’adressa la parole à personne, ne toucha point ses cartes. La nuit fut mauvaise; elle la passa à se plaindre et à tourmenter les femmes qui veillaient auprès d’elle.
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Charles de Saint-Julien Littérature russe - Moumounia

Un matin Guérassime avait reçu l’ordre de partir incontinent pour Moscou. On lui avait acheté un caftan pour l’été, une touloupe pour l’hiver [5] , après quoi on lui avait mis entre les mains une pelle avec un balai, et il s’était vu créer dvornik. Son nouveau genre de vie lui déplut d’abord. Dès son enfance, il avait été habitué à la vie des champs et aux travaux qui la remplissent; isolé de la société des hommes par sa double infirmité, il avait grandi muet et puissant comme l’arbre qui croît sur une terre féconde.
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Charles de Saint-Julien Littérature russe - Moumounia

Il s’arrête incontinent, se baisse, et distingue un petit chien blanc à taches noires qui faisait de vains efforts pour sortir de l’eau, où il allait immanquablement périr. À cette vue, Guérassime est attendri; il avance la main, saisit la pauvre bête, l’enlève et la cache dans son sein, après quoi il reprend à grands pas le chemin de la maison. A peine arrivé, il courut à sa mansarde, mit sur son lit le petit chien qu’il venait de sauver, le couvrit de son épaisse touloupe, et descendit d’abord à l’écurie chercher de la paille, puis à la cuisine quérir une tasse de lait.
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