“ Elles ne bougent pas, tentées, sûrement, mais craintives. Je m’empare de deux touffes de « sabots-de-Vénus » piquetés comme des œufs de mésange, et je fais signe que j’attends. Anaïs se décide à m’imiter, se charge de deux géraniums doubles, Marie imite Anaïs, Luce aussi, et toutes les quatre, nous marchons prudemment. Près de la porte la peur nous ressaisit, absurde, nous nous pressons comme des brebis dans l’ouverture étroite de la porte, et nous courons jusqu’à l’École, où Mademoiselle nous accueille avec des cris de joie. Toutes à la fois, nous racontons l’odyssée. ”
Résumé
“Claudine à l’École”, est une œuvre de Colette. Des thèmes tels que Mlle Sergent, Anaïs ou Marie Belhomme y sont abordés.
Citations de Claudine à l’École (Colette)
“ Ça ne vous fait donc pas de plaisir à vous ? Je suis donc comme une Anaïs ou une Marie Belhomme pour vous ? Ma chérie, revenez, revenez encore me donner des leçons d’anglais ! Je vous aime tant... je ne vous le disais pas, mais maintenant vous le voyez bien !... Revenez, je vous en prie. Elle ne peut pourtant pas vous battre, cette rousse de malheur ! La fièvre me brûle, et je m’énerve plus encore de sentir qu’Aimée ne vibre pas à l’unisson. Elle caresse ma tête qui repose sur ses genoux, et ne m’interrompt guère que par des tremblants « ma petite Claudine ! »... ”
“ Je m’ennuie à l’école, fâcheux symptôme, et tout nouveau. Je ne suis pourtant amoureuse de personne (Au fait, c’est peut-être pour cela) . Je fais mes devoirs presque exactement, tant j’ai la flemme, et je vois paisiblement nos deux institutrices se caresser, se bécotter, se disputer pour le plaisir de s’aimer mieux après. Elles ont les gestes et la parole si libres l’une avec l’autre, maintenant, que Rabastens, malgré son aplomb, s’en effarouche, et bafouille avec entrain. Alors les yeux d’Aimée braisillent de joie comme ceux d’une chatte en malice et Mlle Sergent rit de la voir rire. ”
“ Nous devons former un petit groupe extrêmement risible. Ce Marseillais indécrottable est si préoccupé des grâces qu’il déploie qu’il commet fautes sur fautes, sans que, d’ailleurs, personne s’en aperçoive. Le chrysanthème distingué qu’il porte à son veston se détache et tombe ; — son morceau fini, il le ramasse et le jette sur la table, en disant, comme s’il réclamait des compliments pour lui-même : « Eh bien, ça n’a pas trop mal marché, il me semble ? » Mlle Sergent souffle sur son emballement en répondant : — Oui, mais laissez-les chanter seules, sans vous, sans Claudine, et vous verrez. ”
“ La grande Anaïs a les joues gonflées de rires retenus. — Mademoiselle Anaïs, je vous prie de chanter cet exercice, pour montrer à Mlle Belhomme comment il doit être interprété. Elle ne se fait pas prier celle-là ! Elle roucoule son petit machin « avec âme » en portant la voix aux notes élevées, et pas trop en mesure. Mais quoi, elle le sait par cœur, et sa façon un peu ridicule de solfier comme si elle chantait une romance plaît au méridional qui la complimente. Elle essaie de rougir, ne peut pas, et se borne, faute de mieux à baisser les yeux, se mordre les lèvres et pencher la tête. ”
“ Les dames de la « Société » sont restées aux portes de la ville, assises qui sur l’herbe, qui sur des pliants, toutes sous des ombrelles. Elles attendront là, c’est plus distingué ; il ne sied pas de montrer trop d’empressement. Là-bas flottent des drapeaux sur les toits rouges de la gare, vers où court la foule ; et son tumulte s’éloigne, Mlle Sergent toute noire et son Aimée toute blanche, déjà essoufflées de nous surveiller et de trotter à côté de nous, en avant, en arrière, s’asseyent sur le talus, les jupes relevées par crainte de se verdir. ”
“ Où a bien pu passer Dutertre ? Mademoiselle a fini par acculer sa petite Aimée dans un coin et lui fait une scène de jalousie, redevenue, en quittant son beau délégué cantonal, impérieuse et tendre, l’autre écoute en secouant les épaules, les yeux au loin et le front têtu. Quant à Luce, elle danse éperdument, — « je n’en manque pas une » — passant de bras en bras sans s’essouffler ; les gars ne la trouvent pas trop jolie, mais quand ils l’ont invitée une fois, ils y reviennent, tant ils la sentent souple, petite, et blottie, et légère comme un flocon. ”
“ La grande Anaïs se tord subitement de rire : — Qu’est-ce qu’ils peuvent faire ? Je vois d’ici M. Dutertre qui mesure la largeur de la fissure. — Tu crois qu’elle est large, la fissure ? demande naïvement Marie Belhomme qui fignole ses chaînes de montagnes en roulant sur la carte un crayon à dessin taillé inégalement. Tant de candeur m’arrache un éclat de rire. N’ai-je pas pouffé trop haut ? Non, la grande Anaïs me rassure. — Tu peux être tranquille, va ; Mademoiselle est tellement absorbée que nous pourrions danser dans la classe sans nous faire punir. ”
“ Pour me distraire, je déplie sur mes genoux un numéro de l’Écho de Paris apporté en cas de leçon ennuyeuse, et je savoure le chic Mauvais Désir de Lucien Muhlfeld, quand Mlle Sergent m’interpelle : « Claudine, continuez ! » Je ne sais pas du tout où on en est, mais je me dresse avec brusquerie, décidée à « faire un malheur » plutôt qu’à laisser pincer mon journal. Au moment où je songe à renverser un encrier, à déchirer la page de mon livre, à crier « Vive l’Anarchie ! » on frappe à la porte. Mlle Lanthenay se lève, ouvre, s’efface, et Dutertre paraît. ”
“ « Bonjour Monsieur » maîtrisant une envie de rire qui nous tord. C’est le gros sous-maître à figure réjouie de tout à l’heure. Alors, parce que nous sommes de grandes filles paraissant bien seize ans, il s’excuse et s’en va en disant : « Mille pardons, Mesdemoiselles ». Et derrière son dos nous dansons silencieusement, en lui faisant des grimaces comme des diables. Nous descendons en retard ; on nous gronde ; Mlle Sergent me demande : « Qu’est-ce que vous pouviez bien faire là-haut ? — Mademoiselle, nous mettions en tas des livres pour les descendre. » ”
“ Une petite porte sans loquet bâille sur un corridor noir percé, à l’extrémité, d’une baie lumineuse. Pendant que Mlle Sergent échange de froides politesses avec ses collègues, je m’insinue doucement dans le couloir : au bout, c’est une porte vitrée — ou qui le fut, du moins — je lève le loquet rouillé, et je me trouve dans une petite courette carrée, près d’un hangar. Là, des jasmins ont poussé à l’abandon, et des clématites, avec un petit prunier sauvage, des herbes libres et charmantes ; c’est vert, silencieux, au bout du monde. ”
“ Nous dressons l’oreille : des cris, une voix d’homme qui injurie, mêlée à une autre voix qui cherche à la dominer... des maçons qui se battent ? Je ne crois pas, je flaire autre chose. La petite Aimée est debout, toute pâle, elle aussi sent venir autre chose. Soudain Mlle Sergent se jette dans la classe, le cramoisi de ses joues s’est enfui : — Mesdemoiselles, sortez tout de suite, il n’est pas l’heure, mais ça ne fait rien. Sortez, sortez, ne vous mettez pas en rang, entendez-vous, allez-vous en ! — Qu’est-ce qu’il y a ? crie Mlle Lanthenay ! ”
“ Avec plus d’empire sur elle-même, cette femme-là serait admirable ; mais qu’on lui résiste : les yeux flambent, les cheveux roux se trempent de sueur... je l’ai vue avant hier sortir pour ne pas me jeter un encrier à la tête. Pendant les récréations, comme le froid humide de ce vilain automne ne m’engage guère à jouer, je cause avec Mlle Aimée. Notre intimité progresse très vite. Nature de chatte caressante, délicate et frileuse, incroyablement câline, j’aime à regarder sa frimousse rose de blondinette, ses yeux dorés aux cils retroussés. Les beaux yeux qui ne demandent qu’à sourire ! ”
“ Elle possède une véritable science du comique et m’a souvent rendue malade de rire. Des cheveux ni bruns ni blonds, la peau jaune, pas de couleur aux joues, de minces yeux noirs, et longue comme une rame à pois. En somme, quelqu’un de pas banal ; menteuse, filouteuse, flagorneuse, traîtresse, elle saura se tirer d’affaire dans la vie, la grande Anaïs ! À treize ans, elle écrivait et donnait des rendez-vous à un nigaud de son âge ; on l’a su et il en est résulté des histoires qui ont ému toutes les gosses de l’École, sauf elle. ”
“ Le verrou est dur à pousser, il manque d’exercice, et la porte s’ouvre en grinçant, mais elle s’ouvre. La chambre où je pénètre, la bougie haute, est vide, le lit sans draps ; je cours à la porte, la porte bénie qui n’est pas fermée, qui s’ouvre gentiment sur le délicieux corridor... Comme on respire bien, quand on n’est pas sous clef ! Ne nous faisons pas pincer ; personne dans l’escalier, personne dans le bureau de l’hôtel, tout le monde fait des roses. Faites des roses, bonnes gens, faites des roses sans moi ! ”
“ Ne lui faudrait-il, comme à sa sœur, qu’une passion heureuse pour l’embellir tout à fait ? — Comme tu es belle, Claudine ! Et ta couronne n’est pas du tout pareille aux deux autres. Ah ! que tu es heureuse d’être si jolie ! — Mais, mon petit chat, sais-tu que je te trouve, toi, tout à fait amusante et désirable avec tes rubans verts ? Tu es vraiment un bien curieux petit animal ! Où est ta sœur et sa Mademoiselle ? — Pas prêtes encore ; la robe d’Aimée s’attache sous le bras, tu penses ! C’est Mademoiselle qui la lui agrafe. ”
“ Je reste seule (un, deux, trois) avec... avec une furie ! Ses yeux ragent, ses sourcils se touchent et se mêlent, mes camarades stupéfaites restent debout, des roses commencées dans les mains ; je soupçonne à voir les regards brillants de Luce, les joues rouges de Marie, l’air fébrile de la grande Anaïs, qu’elles se sont un peu grisées ; il n’y a pas de mal à ça, vraiment, Mlle Sergent ne prononce pas un mot ; elle cherche, sans doute ; ou bien elle s’efforce pour ne pas éclater. Enfin elle parle ; pas à moi : « Montons, il est tard ». C’est dans ma chambre qu’elle fera explosion ? Soit... ”
“ Avec Anaïs je suis plieuse et coupeuse, Luce empaquette et porte à la Directrice, Marie met en tas. À onze heures du matin, et à trois heures de l’après-midi, on laisse tout et on se groupe pour répéter l’Hymne à la Nature. Vers cinq heures, on s’attife un peu, les petites glaces sortent des poches ; des gamines de la deuxième classe, complaisantes, nous tendent leur tablier noir derrière les vitres d’une fenêtre ouverte ; devant ce sombre miroir nous remettons nos chapeaux, j’ébouriffe mes boucles, Anaïs rehausse son chignon affaissé, et l’on s’en va. ”
“ Non sans peine nous nous ouvrons un passage jusqu’à l’estrade, nous le drapeau, et toutes les porte-fanions. Là, tête levée, je hèle à demi-voix Dutertre qui bavarde, penché au dossier de Monsieur le Préfet, tout au bord de l’estrade : « Monsieur ! Hé, Monsieur !... Monsieur Dutertre, voyons... Docteur ! » Il entend cet appel-là mieux que les autres et se penche souriant, montrant ses crocs : « C’est toi ! Qu’est-ce que tu veux ? Mon cœur ? Je te le donne ! » Je pensais bien qu’il était déjà ivre. — Non, Monsieur, j’aimerais bien mieux une chaise pour moi et d’autres pour mes camarades. ”
“ La porte de la petite classe s’ouvre, Mlle Lanthenay entre. Je la regarde avidement : oh ! les pauvres yeux dorés qui ont pleuré et sont gonflés en dessous, les chers yeux qui me lancent un regard effaré et se détournent vite ! Je reste consternée ; mon Dieu qu’est-ce qu’Elle a bien pu lui faire. J’ai rougi de colère, de telle façon que la grande Anaïs le remarque et ricane tout bas. La dolente Aimée a demandé un livre à Mlle Sergent qui le lui a donné avec un empressement marqué et dont les joues sont devenues d’un carmin plus sombre. ”
“ Nous marchons dans la neige qui craque. Les petites mares gelées geignent musicalement sous le soleil, avec le joli son, pareil à nul autre, de la glace qui se fend. Claire me chuchote ses amourettes ébauchées avec les gars, au bal du dimanche chez Trouillard, de rudes et brusques gars ; et moi, je frétille à l’entendre : — Tu comprends, Claudine, Montassuy était là aussi, et il a dansé la polka avec moi, en me serrant fort contre lui. ”
“ Oh ! menteuse des menteuses ! on peut regarder, je n’en ai pas plus que toi ; seulement ça me ferait honte de sentir mes jambes toutes nues sous ma robe ! La petite Luce exhibe de la peau, timidement, de la peau blanche et douce à émerveiller ; et la grande Anaïs envie cette blancheur au point de lui faire aux bras des piqûres d’aiguilles, les jours de couture. Adieu le repos ! L’approche des examens, l’honneur qui doit rejaillir sur la belle école neuve de nos succès possibles ont enfin tiré nos institutrices de leur doux isolement. ”
“ Car, je le répète, il nous honore fréquemment de ses visites, s’assied sur les tables, se tient mal, s’attarde auprès des plus grandes, surtout de moi, lit nos devoirs, nous fourre ses moustaches dans les oreilles, nous caresse le cou et nous tutoie toutes (il nous a vues si gamines !) en faisant briller ses dents de loup et ses yeux noirs. Nous le trouvons fort aimable ; mais je le sais une telle canaille que je ne ressens devant lui aucune timidité, ce qui scandalise les camarades. C’est jour de leçon de couture, on tire l’aiguille paresseusement en causant à voix insaisissable. ”
“ Et Marie Belhomme, bébête, mais si gaie ! raisonnable et sensée, à quinze ans, comme une enfant de huit ans peu avancée pour son âge, elle abonde en naïvetés colossales qui désarment notre méchanceté et nous l’aimons bien, et j’ai toujours dit force choses abominables devant elle parce qu’elle s’en choque sincèrement, d’abord, pour rire de tout son cœur une minute après en levant au plafond ses longues mains étroites « ses mains de sage-femme » dit la grande Anaïs. Brune et mate, des yeux noirs longs et humides, Marie ressemble, avec son nez sans malice, à un joli lièvre peureux. ”
“ Mlle Sergent revient ; nous n’avons que le temps de rouvrir nos livres au hasard ; mais elle vient droit à moi sans regarder ce que nous faisons : — Claudine, pourriez-vous faire chanter vos camarades devant M. Blanchot ? Elles savent maintenant ce joli chœur à deux voix : Dans ce doux asile. — Moi, je veux bien ; seulement l’inspecteur a si mal au cœur de me voir les cheveux défaits qu’il n’écoutera pas ! — Ne dites pas de bêtises, ce n’est pas le jour ; faites-les vite chanter. M. Blanchot paraît assez peu content de la deuxième classe, je compte sur la musique pour le dérider. ”
“ Mademoiselle, regardez ce que Claudine a fait sur mon dessin ! Elle le porte, gonflée de colère, sur le bureau ; Mlle Sergent y jette des yeux sévères et, brusquement, éclate de rire. Désespoir et rage d’Anaïs qui pleurerait de dépit si elle n’avait la larme si difficile. Reprenant son sérieux, la directrice prononce : « Ce n’est pas ce genre de plaisanteries qui vous aidera à passer un examen satisfaisant, Claudine ; mais vous avez fait là une critique assez juste du dessin d’Anaïs qui était en effet trop étroit et trop long. » La grande bringue revient à sa place, déçue, ulcérée. ”
“ Moi je suis invitée pour la prochaine, par Féfed. — Et moi, dit Marie qui rayonne, par Monmond ! Ah ! voilà Mademoiselle ! En effet ; voilà même Mesdemoiselles. Dans la petite porte du fond de la salle elles s’encadrent tour à tour : d’abord la petite Aimée qui a mis seulement un corsage de soirée tout blanc, tout vaporeux, d’où sortent des épaules délicates et potelées, des bras fins et ronds ; dans les cheveux près de l’oreille, des roses blanches et jaunes avivent encore les yeux dorés — qui n’avaient pas besoin d’elles pour briller ! ”
“ En entendant cette attribution inattendue d’un air de Rameau à l’auteur de Faust, Mlle Sergent se pince les lèvres pour ne pas rire. Quant au Blanchot, rasséréné, il lâche quelques paroles aimables, et s’en va, après nous avoir dicté — la flèche du Parthe ! — ce canevas de composition française : « Expliquer et commenter cette pensée de Franklin : L’oisiveté est comme la rouille, elle use plus que le travail. » Allons-y ! À la clef brillante, aux contours arrondis, que la main vingt fois par jour polit et tourne dans la serrure, opposons la clef rongée de rouille rougeâtre. ”
“ Est-ce que les gars se battent ? Mais non, ça vient de là-haut, ma parole ! Les cris deviennent tout de suite si aigus que la promenade des couples s’arrête ; on s’inquiète, et une bonne âme, le brave et ridicule Antonin Rabastens, se précipite à la porte de l’escalier intérieur, l’ouvre... le tumulte croît, je reconnais avec stupeur la voix de la mère Sergent, cette voix criarde de vieille paysanne qui hurle des choses épouvantables. Tous écoutent, figés sur place, dans un absolu silence, les yeux fixés sur cette toute petite porte d’où sort tant de bruit. ”
“ La grande Anaïs m’a posé la question d’usage, les yeux ailleurs, la figure distraite. Le regard perdu, la voix indifférente, j’ai expliqué : « Oh ! rien d’étonnant... de la mousseline blanche... le corsage en fichu croisé ouvert en pointe... et les manches Louis XV avec un sabot de mousseline arrêtées au coude... C’est tout. » Nous sommes toutes en blanc pour la distribution ; mais les robes sont ornées de rubans clairs, choux, nœuds, ceintures, dont la nuance, que nous tenons à changer tous les ans, nous préoccupe beaucoup. — Les rubans ? demande Anaïs du bout des lèvres. ”
“ Mais la Grande-Rue se pique au jeu et construit une merveille, un château moyen âge tout en branches de pin égalisées aux ciseaux, avec des tours en poivrières. La rue des Fours-Banaux, tout près de l’école, subissant l’influence artistico-champêtre de Mlle Sergent, se borne à tapisser complètement les maisons qui la bordent en branches chevelues et désordonnées, puis à tendre des lattes, d’une maison à l’autre et à couvrir ce toit de lierres retombants et enchevêtrés ; résultat : une charmille obscure et verte, délicieuse, où les voix s’étouffent comme dans une chambre étoffée ”
“ Je me repose, on ne m’appelle pas, et j’entends avec épouvante Marie Belhomme qui répond à Roubaud que « pour préparer de l’acide sulfurique, on verse de l’eau sur de la chaux, que ça se met à bouillonner ; alors on recueille le gaz dans un ballon... » Elle a sa figure des vastes gaffes et des stupidités sans bornes ; ses mains immenses, longues et étroites, s’appuient sur la table ; ses yeux d’oiseau sans cervelle brillent et tournent ; elle débite, avec une volubilité extrême, des inepties monstrueuses. Il n’y a rien à faire ”
“ Mlle Sergent s’écrie : « Vite, prenez vos morceaux choisis ! Anaïs, crachez immédiatement le crayon à ardoise que vous avez dans la bouche ! Ma parole d’honneur, je vous mets à la porte devant Monsieur Blanchot si vous mangez encore de ces horreurs-là ! Claudine, vous ne pourriez pas cesser un instant de pincer Luce Lanthenay ? Marie Belhomme, quittez tout de suite les trois fichus que vous avez sur la tête et au cou ; et quittez aussi l’air bête qui est sur votre figure. Vous êtes pire que les petites de la troisième classe et ne valez pas chacune la corde pour vous pendre ! » ”
“ Elle a dit ça vite, spontanément, déjà sûre d’obtenir de Mlle Sergent, maintenant, tout ce qu’elle voudra. Comme elle s’éloigne vite de moi, et comme l’autre a vite réussi ! Lâche petite Lanthenay ! Elle aime le bien-être comme une chatte qui a froid, et comprend que l’amitié de sa supérieure lui sera plus profitable que la mienne ! Mais je ne veux pas le lui dire, car elle ne reviendrait pas pour la dernière leçon, et je garde encore un vague espoir... L’heure est passée, je reconduis Aimée, et, dans le corridor, je l’embrasse violemment, avec un petit désespoir. ”
Termes fréquents
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