“ Certes votre intelligence, votre connaissance de l'histoire, vous eussent fait préférer un Sénat vraiment habile à la foule sans lumière qui essaye de vous conduire. Vous auriez mieux aimé le sort de Rome que celui d'Athènes, de Venise que celui de Florence, car il s'agit pour la France, non-seulement de vivre, mais de montrer au monde que cette idée républicaine n'est pas, comme on se plaît ailleurs à le répéter, la fin, la mort d'un peuple, et qu'un régime qui se fait respecter, aimer parfois des peuples, a bien des raisons d'être. ”
Résumé
“Désirables Modifications à introduire dans notre loi politique pour constituer une véritable république, digne de notre grand passé, digne de notre avenir , par ***”, publiée en 1884, est une œuvre de . Des thèmes tels que la France, clans ou l'aristocratie y sont abordés.
Citations de Désirables Modifications à introduire dans notre loi politique pour constituer une véritable république… ()
“ Est-il sage, est-il bien prudent, lorsqu'on fonde une République, c'est-à-dire un régime de liberté, de lui donner tout d'abord un maître, dont aucune puissance effective ne peut contrôler les arrêts, lorsque ses membres n'ont passé clans aucune des grandes magistratures de l'Etat, qu'ils ne connaissent ni ses lois, ni le régime de ses armées, ni son commerce, ni rien enfin de ce qui peut ajouter à sa grandeur ou préparer sa ruine ? Est-il sage qu'on ait doté de ce pouvoir sans limites une Assemblée choisie par la partie la plus nombreuse, donc la plus ignorante de la nation? ”
“ Comment espérer que la France, qui renferme tant de peuples si divers d'origine, de goûts, d'instincts, si différents du Midi au Nord, de l'Est à l'Ouest, lorsque son vrai maître, son vrai roi qui dispose à son gré de sa fortune, de ses vaillantes armées, des ministres, des fonctionnaires, du président, de tout le gouvernement enfin, est le résultat d'un seul vote, livré à la merci du peuple le plus passionné, le moins raisonnable de la terre ! ”
“ Tout cela peut passer avec une royauté bien établie et soutenue par une aristocratie véritable; mais, clans une République, c'est impossible! Une aristocratie, fortement composée, est naturellement puissante. Or, les hommes sont ainsi faits, qu'ils se soumettent bientôt à la force réelle. Cette haute forme de l'intelligence est toujours respectée; mais où trouver une force intelligente dans les hasards de l'élection par tout le monde ? ”
“ D'autres Républiques où l'aristocratie n'était pas dominante, quoiqu'elles aient eu des peuples pleins de génie et de courage, Athènes ou Florence, n'ont pu que se traîner de révolution en révolution, tantôt dans cet état de désorganisation absolue si bien décrite par Platon, tantôt, au contraire, s'inclinant devant un tyran et sans connaître jamais la vraie liberté. ”
“ Le génie de Platon aurait-il donc deviné notre XIXe siècle, ou bien est-ce que, malgré tous les progrès de la science et toutes les expériences des savants, l'homme resterait au moral toujours exactement le même,' avec les mêmes travers et les mêmes passions ? C'est, du reste, de cette extrême licence qui passait à leurs yeux pour la vraie liberté, que Platon fait naître le tyran comme d'une tige éminemment funeste. ”
“ Une cour souveraine, comme celle des Etats-Unis, pourrait régler bien des points embarrassants, sans recourir à des lois nouvelles et sans attenter à la Constitution. Ou bien, par le. Sénat lui-même, on le pourrait faire, et l'on arriverait ainsi à une solution meilleure et plus certaine. Enfin, le peuple, dans des comices, pourrait intervenir, et il y aurait toujours l'intrigue personnelle de moins. Ce que veut le peuple, c'est qu'on ne puisse, par des lois, entraver sa liberté. ”
“ Un Sénat, pas trop nombreux, composé de tout ce que le pays compte de remarquable, groupant autour de lui les masses populaires toujours sensibles à ce qui est grand; des orateurs, le moins possible, mais des hommes d'Etat fort au courant des affaires et des besoins de la France, pouvant donner toujours un avis simple et digne d'être compté et écouté par le peuple. ”
“ Pour que cette présidence puisse longtemps durer, il lui faut à son tour l'aide d'une aristocratie forte, éclairée, dévouée au pays.' Un seul ne peut pourvoir à toutes choses, régler toutes choses ; il faut donc que cette aristocratie du talent lui vienne en aide et suffise à la tâche.. Le pouvoir d'un seul en passant à plusieurs est mieux rempli, plus complet, et le président lui-même en reçoit un nouveau lustre, un nouveau degré de popularité. ”
“ Or, à certains jours, l'homme, en effet, éprouve un singulier désir : c'est de briser tous les liens qui le rattachent à la civilisation. Il ne recule alors devant aucune ruine ; il éprouve une sorte de ressouvenir vague; le désir de revenir à cette liberté du sauvage qui a peut-être été son état primordial. ”
“ De tout ce qui précède, on peut conclure, ce me semble, de l'avis des grands capitaines, clés habiles magistrats, dont Cicéron s'est fait l'interprête, qu'il est absolument impossible d'asseoir une République forte et durable sur le suffrage universel. ”
“ Dans une République qui n'est pas gouvernée par les plus clignes, les plus intelligents, — 40 — les ambitieux s'efforcent d'arriver aux affaires, en flattant, autant qu'ils le peuvent, les plus mauvais instincts du peuple. Les lois les plus saintes, les plus légitimes, les plus indispensables à la conservation d'une société, sont présentées comme une atteinte à une liberté qui n'existe même pas; alors apparaît un tyran qui peut foncier quelque chose dans le désordre sans nom qu'inspire la peur de l'excès même de la démagogie. ”
“ Pour l'avenir, lorsque la race humaine aura conquis tout le continent, que la terre commencera de manquer à l'homme, dont le nombre s'accroît avec une si incroyable rapidité, qui pourrait affirmer que cette République, où tant de choses mauvaises ont déjà germé, ne cherchera pas une forme nouvelle de gouvernement ? ”
“ On ne peut, suivant lui, comprendre la vie d'une République, sans quelque chose qui se rapproche beaucoup de la constitution Romaine, c'est-à-dire des consuls ou des rois électifs, où le peuple peut prêter, quelquefois sa toute-puissance au gouvernement, et enfin surtout à la réunion des. grands hommes qui se révèlent clans les hauts emplois publics , dans la paix ou dans la guerre et qu'ils aient la direction des affaires. C'était Rome, c'était Venise, et c'est la seule forme d'un Etat qui veut vivre en République. ”
“ On peut croire avec certains partisans déterminés de l'école de Darwin, comme les Spencer Herbert, les Lewis, que l'hérédité modifie singulièrement les qualités de l'homme, ajoutent sans cesse les acquisitions des parents à celles innées de leurs fils, de manière à créer des générations de plus en plus favorisées par les lumières et le caractère ; à les faire arriver enfin à un type tout à fait supérieur, et constituer ainsi une race plus habile à gouverner que la moyenne ordinaire des hommes ayant une puissance d'intelligence et de travail de plus en plus grande. ”
“ Il est donc plus sage, plus prudent de s'assurer par des faits certains de cette amélioration de l'individu avant que de — 36 — lui livrer le pouvoir, plutôt que d'accepter légèrement la théorie des Darwinistes. Stuart Mill semble plus près de la vérité lorsqu'il dit qu'on n'agit pas toujours suivant son caractère, mais qu'on peut agir sur son caractère et le modifier. Il est donc plus sage de préférer, pour le gouvernement, ceux qui ont agi sur leur caractère et de ne confier le sort de l'Etat qu'à ceux qui composent par leur vie passée une aristocratie d'honneur et de génie. ”
“ Ce qu'il faut surtout redouter dans une République, ce sont les entraînements sans raison du Démos, et, en vérité, si vous chargez une foule ignorante de choisir à' son gré le conseil suprême du pays, comment espérezvous que cette Assemblée puisse résister, aux plus folles pensées de ceux qui lui donnent le pouvoir et qui peuvent le lui ôter ? ”
“ La Suisse déjà nous a montré que le peuple entier était meilleur juge d'une loi que ses représentants. Qui donc, clans notre France, pourrait nous empêcher de suivre cette même voie, de donner au peuple le droit de refuser ou d'accepter, par oui ou par non, une loi préparée par un Sénat habile? ”
“ Il avait déjà cependant pu reconnaître que notre constitution républicaine laissait fort à désirer sur le mode d'élection des députés. Il était convaincu que, livré à de petites fractions de territoire, il donnait une part trop grande à des influences locales, à l'intrigue ; qu'on y tenait plus de compte des promesses — 50— d'un candidat que de son caractère élevé, du de sa connaissance des véritables intérêts, des besoins de la Patrie, qu'il était vraiment dangereux de confier à des hommes' si peu, si mal préparés au gouvernement, un pouvoir vraiment souverain sur les destinées du pays. ”
“ Il eût été préférable pour l'avenir de votre nom, au lieu de demander le scrutin de liste, de composer la Constitution d'un Sénat unique, par des hommes ayant déjà donné des preuves certaines de leur génie , politique. Puissants pour édifier, impuissants pour détruire ; habiles à choisir un président cligne de ces hautes fonctions., et des ministres, par leurs conseils, par leur grande expérience, longuement, justement conquise pour assurer tous les services. ”
“ Aujourd'hui une République nouvelle semble devoir détruire cette idée; la République Américaine. Elle est faite sur un autre modèle, mais ellle est bien jeune encore, et la nature lui a livré, pour territoire, tout un monde, où rien ne gêne l'essor de l'homme. Vivra-t-elle longtemps sous sa forme actuelle ? on doit le désirer ; mais elle est si nouvelle, que le doute peut parfois troubler ce désir, et beaucoup de choses déjà, doivent inquiéter ses meilleurs amis. ”
“ En demandant le scrutin de liste, vous reconnaissiez l'impuissance du suffrage universel actuel, et vous ne vous seriez pas arrêté clans cette voie, vous auriez bien vite reconnu qu'il fallait aller plus loin; que, si l'on voulait absolument conserver l'élection par le peuple, il fallait au moins y introduire le mode d'élection des Romains et en revenir aux centuries de Servius. Vous saviez qu'un président électif peut durer plus même qu'un prince qui n'a qu'un seul titre à faire valoir ”
“ Laissons ces fâcheuses prophéties, ces tristes souvenirs, et, puisqu'il s'agit pour nous de former une République durable, essayons d'étudier celles qui, clans le passé, ont été grandes et fortes ; celles, au contraire, qui n'ont eu qu'une vie. fort précaire, toujours agitée, toujours suivie de l'esclavage, ou par le peuple lui-même, ou bien par un tyran sorti du peuple. ”
“ Pour ces miracles de la politique, il faut un secret que personne ne peut trahir, et non pas une discussion composée de cinq à six cents hommes d'Etat pris au hasard clans tous les coins de la France. Nous avons exprimé déjà cette pensée, que, chez les Romains, trois éléments étaient indispensables pour former un bon gouvernement : un prince fourni, par l'élection, président ou consul, véritable représentant de la loi; une aristocratie intelligente et forte, connaissant bien les affaires du pays et en conservant la principale ”
“ Cela est tout au plus possible avec un roi, aidé μd'une forte et puissante aristocratie. En France, ce sera toujours la révolution prête à tout renverser; même la constitution dès qu'elle gênera quelque peu les désirs insensés de la multitude. C'est ainsi, en effet, que toutes les démocraties ont péri, depuis celle d'Athènes jusqu'à celles de nos Républiques modernes. A cela, je sais que l'on objecte la théorie du progrès. On dit : cela a pu être ainsi clans le passé; mais l'humanité a marché depuis lors. ”
“ L'avenir pourra ne jamais pardonner à ceux-là les flots de sang qu'ils ont inutilement versés ; mais qui donc, aujourd'hui, pourrait retrouver clans les rangs de nos néo-Jacobin des Lakanal, des Cambon, des Carnot et tant d'autres puissants esprits qui ont su réorganiser nos armées, créer des ressources et fonder ce puissant édifice de notre état.moderne, état que l'Europe, après l'avoir tant combattu, et tout en le maudissant encore, s'en rapproche sans cesse. ”
“ Lorsqu'il pose les principes sur lesquels — 17 - on peut fondera un état puissant et durable, il admet que le législateur doit être seul à faire la loi, il conclut même que Romulus avait raison en formulant cette loi pour Rome de se défaire de son frère Rémus, ainsi que de Titins Sabinus. Tuer un frère pour n'être pas gêné dans la. conception de la constitution, cela nous paraît un peu hardi. Ce n'est pas cependant par une sorte de mépris de la religion que parle ainsi Machiavel. Il montre, au contraire, le. plus extrême respect pour la religion dominante du pays. ”
“ Le pays aurait alors, par son Sénat, une administration aussi forte autant qu'éclairée. Au lieu de ministres pris au hasard clans une Assemblée, que le hasard seul a formée, on aurait le concours d'hommes ayant tous passé clans les grands emplois de l'Etat, pouvant former sur toutes les affaires des commissions, ayant une connaissance parfaite du sujet en discussion, et bien autrement compétents pour les bien régler, que des ministres de quelques jours, obligés, pour la plupart, de prendre leurs inspirations — 33 — auprès de leurs chefs de bureaux. Ce serait une aristocratie, dit-on ! ”
“ Ce pouvoir utilement limité peut avoir une très réelle utilité' clans une monarchie, mais il est assez peu raisonnable, lorsque l'on songe à fonder une République, d'emprunter ses institutions à. la royauté. Celle-ci avec la royauté peut rendre de véritables services pour donner quelquefois à un roi des ressources suffisantes, qui lui manquent, soit pour une guerre, soit pour de grands travaux publics. Elle a le mérite encore de faire connaître assez exactement au. prince l'esprit qui s'est emparé du peuple. ”
“ Mais, sans nul cloute, vous auriez été. dépassé clans une telle compétition par des hommes, ayant moins de lumière que vousmême et de plus violents appétits. Ils auraient su, mieux que vous, flatter les instincts mauvais du peuple, et vous auriez été leur première victime. Il est dangereux quelquefois, même pour un moment, de suivre les désirs insensés du peuple.L'histoire nous fait connaître un homme qui eût avec vous plus d'un trait de ressemblance, qui exerça longtemps sur le peuple d'Athènes une véritable royauté d'opinion. ”
“ Les emplois publics, ouverts à toutes les intelligences, offriraient un assez vaste domaine aux justes ambitions du peuple le jour où leurs, preuves d'habileté à gouverner les hommes seraient faites. Le Sénat viendrait à son tour les choisir pour remplir les vicies que la mort ne manquerait pas de former clans ses rangs. ”
“ Cicéron pense, avec tous les grands hommes de Rome, que le meilleur gouvernement d'une nation qui veut longtemps exister en République doit se composer d'abord d'une aristocratie forte et intelligente, réglant toutes les gran- — 45 — des affaires, puis un prince électif nommé président ou Consul. Et, enfin, que, pour des grandes lois organiques qui peuvent avoir pour le peuple entier de très sérieuses conséquences, il est sage de les soumettre à l'acceptation même de ce peuple assemblé clans ses comices. ”
“ Il faut se rendre bien peu de compte, de l'intelligence de la France, pour ne pas comprendre qu'elle reprendrait bien vite sa haute situation en Europe, si elle était gouvernée par les militaires les plus éminents, par l'élite des marins, par les diplomates les plus habiles, les administrateurs ayant fait leurs preuves clans la difficile carrière de la connaissance des hommes, par les meilleurs financiers qui ne se risqueraient, certes pas, clans les projets ruineux ou inutiles. ”
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