Résumé

Portrait de Ernest Havet Ernest Havet Revue des Deux Mondes

La nature, c’était le paganisme ; la grâce, c’était la foi de Jésus-Christ : Augustin ne pouvait donc trop accabler la nature et trop exalter la grâce. C’est dans un sentiment semblable qu’au XVIe siècle, au réveil de l’esprit païen, les chrétiens zélés se rejetèrent encore vers le dogme de la grâce toute-puissante, et comme effrayés de leur libre arbitre et craignant qu’il n’échappât à la volonté de Dieu, allèrent jusqu’à le perdre dans cette volonté souveraine. Mais on peut dire que, depuis ce temps, la doctrine de la grâce a baissé à mesure que baissait la foi.
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C’est ce qui fait de la passion un drame d’un effet universel et incomparable, où l’humanité s’adore dans une image d’elle-même également touchante et sublime. Non, ni la vie ni la mort de Jésus ne perdent rien à être abordées avec la sincérité du libre examen.
Restent les plaintes des croyans sincères, que cette critique trouble, les uns ébranlés par elle et souffrant de l’être, les autres fermes et résistans, mais irrités, tous s’attachant avec amour à ce dieu auquel elle attente. M. Renan, j’en suis sûr, n’est pas indiffèrent à ces regrets, et on le sent en lisant son livre.
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« Cette tunique de Nessus du ridicule, que le Juif, fils des pharisiens, traîne en lambeaux après lui depuis dix-huit siècles, c’est Jésus qui l’a tissée avec un artifice divin. » Et il semble, en l’en affublant ainsi, la lui donner à porter jusqu’à la fin du monde. Il ne veut pas même que le judaïsme ait l’honneur d’avoir produit Jésus : il en sort, dit-il, comme Rousseau du XVIIIe siècle ; mais où est donc l’ingrat qui ne ferait pas au XVIIIe siècle honneur de Rousseau ? Jérusalem a tué Jésus comme Athènes a tué Socrate ; mais Socrate n’en demeure pas moins un fils et une gloire d’Athènes.
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