“ « Vive l’olympionice ! le pythionice ! Auguste ! Auguste ! À Néron-Hercule ! À Néron-Apollon [8] ! Seul périodonice ! seul qui l’ait jamais été ! Auguste ! Auguste ! O voix sacrée ! heureux qui peut t’entendre ! » Les mille huit cent huit couronnes qu’il avait remportées furent étalées dans le Grand Cirque et attachées à l’obélisque égyptien qu’Auguste y avait placé pour servir de meta [9] . Enfin la conscience des parties nobles du genre humain se souleva. L’Orient, à l’exception de la Judée, supportait sans rougir cette honteuse tyrannie, et s’en trouvait même assez bien ”
François-Auguste Renan
Définition et enjeux
Citations sur “François-Auguste Renan”
“ L’esthétique n’est pas la politique ; la réalité n’est pas l’idéal. La réalité, c’est le règne du médiocre, le règne du laid, des bourgeoises exigences, des plates nécessités. Les nobles qui résistent, on les aime, on les chante ; mais on les sait impuissants. Voilà la nuance par laquelle on peut différer de M. Beulé. Auguste arriva au pouvoir par les voies déplorables qui sont suivies dans les temps où il n’y a ni république possible ni dynastie héréditaire. Le monde, en l’acclamant, fut plus heureux que sage ”
Gabriel Monod,
Ernest Renan, 1823-1892
(1892)
“ A force de vouloir être de son temps et de son pays, tout connaître et tout comprendre, Renan semblait parfois montrer pour les défauts même du caractère français une indulgence allant jusqu'à la complicité. Quand il disait qu'en théologie c'est M. Homais et Gavroche qui ont raison, et que peut-être l'homme de plaisir est celui qui comprend le mieux la vie, ses amis même étaient froissés, moins dans leurs convictions personnelles que dans leur tendre admiration pour celui qui avait su parler de saint François d'Assise, de Spinoza et de Marc-Aurèle comme personne n'en avait parlé avant lui. ”
Ferdinand Brunetière,
Cinq lettres sur Ernest Renan
“ Monsieur, qu’il n’y a rien de moins profond, et que toute cette philosophie, dont ils feront dimanche tant d’état, se réduit à la Négation du Surnaturel. « La négation du surnaturel est devenue un dogme absolu pour tout esprit cultivé » : voilà toute la philosophie de Renan. Elle est simple, et même ce qu’on appelle simpliste. Elle est à la portée des « Bleus de Bretagne », du contre-amiral Réveillère et de M. Théodule Ribot. Elle n’est pas moins péremptoire que simple. « L’histoire du monde physique et du monde moral nous apparaît comme un développement ayant ses causes en lui-même. » ”
M. Gustave Geffroy, Le Tour du monde
“ Par là, on pénètre la pensée profonde de Renan, on aperçoit qu’il a donné rendez-vous à toutes les formes de la pensée, qu’il a voulu dégager ce qu’il y avait de semblable dans toutes les préoccupations religieuses ou philosophiques, d’apparences si opposées. S’il n’aperçoit pas trace du surnaturel, il ne nie pas le sentiment du surnaturel. ”
Ferdinand Brunetière,
Cinq lettres sur Ernest Renan
“ Mais il n’y a cependant pas de style plus naturel, et c’était l’éloge que lui accordait l’illustre auteur de l’Histoire de la littérature anglaise et des Origines de la France contemporaine, Taine, quand il disait « qu’on ne voyait pas comment cela était fait » ! Et, en effet, on ne le voit pas. Les « négligences » de Renan sont « ses plus grands artifices ». Et, pour être lui-même, pour l’être tout entier, il n’a pas besoin que, comme on dit, « son sujet le porte » ”
Ernest Renan,
De la Philosophie de l’histoire contemporaine…
“ Disons-le bien haut, pour ne pas être injuste envers un roi auguste, une famille accomplie, des hommes éminens, ce gouvernement a donné à la France les dix-huit meilleures années que notre pays et peut-être l’humanité aient jamais traversées. C’est assez pour le défendre contre ceux qui ont intérêt à croire qu’il ne fut que faible et bas; ce n’est pas assez pour le philosophe qui, envisageant sur une longue échelle la portée des événemens, s’est habitué à ne juger les faits de l’histoire que d’après leur influence définitive sur les progrès de la moralité humaine et de la civilisation. ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ Tout ce qui pense au monde l’a dit ou le dira : Ernest Renan fut, de tous nos contemporains, celui qui exerça la plus grande influence sur les esprits cultivés et celui qui ajouta le plus à leur culture. ”
Ferdinand Brunetière,
Cinq lettres sur Ernest Renan
“ Il n’est pas toujours correct, ni toujours pur, et il est même souvent négligé. Si Renan s’applique, c’est à ne paraître point s’appliquer, et s’il avait quelque pédantisme, ce serait le pédantisme de la légèreté. ”
“ Le fait est qu’on ne constate nullement dans l’ordre de ce monde d’intention rémunératrice ou de vindicte providentielle envers les individus. L’histoire est un tissu de crimes prospérant et d’efforts vertueux trahis par le sort. Quelquefois le coupable est puni ; aussi souvent il ne l’est pas ; et même, quand il paraît l’être, il faut se garder du sophisme Post hoc, ergo propter hoc. M. Beulé nous montre très-bien que Auguste éprouva des malheurs, surtout dans sa famille ”
“ La plupart des créations vraiment originales d’art ou de littérature ont eu lieu de la même manière dans des petits centres plus ou moins républicains où tout le monde se connaissait, où l’homme de génie avait sa valeur, sa raison d’être. Ces dénominations de « siècle d’Auguste, siècle de Léon X, siècle de Louis XIV » renferment des erreurs historiques ; elles rapportent abusivement la gloire de générations illustres à ceux qui les ont enterrées honorablement. Le règne d’Auguste marque la fin du beau mouvement de littérature latine qui avait illustré les deux derniers siècles de la république. ”
Francis Bazouge, Biographie de Ernest Renan (1864)
“ Monsieur l'abbé, dit-il d'une voix grave. Le professeur reconnut Ernest Renan. — « C'est toi, mon pauvre enfant, s'écria-t-il en l'apercevant. Allons ! tu ne faisais pas tant de cérémonies autrefois. Tu es donc devenu tout-àfait Parisien ? Crois-moi, faisons toujours comme font les vrais Bretons : quand on s'aime, c'est avec les deux bras qu'on s'embrasse ! » ”
Gabriel Monod,
Renan, Taine, Michelet
“ Mais, s’il n’est pas un philosophe, il est un grand penseur. Il a répandu à pleines mains, dans tous ses écrits, sur tous les sujets, sur l’art comme sur la politique, sur la religion comme sur la science, les idées les plus originales et les plus profondes. C’est autant comme penseur que comme historien que Renan a été le fidèle interprète du temps où il a vécu. Notre époque a perdu la foi et n’admet d’autre source de certitude que la science, mais en même temps elle n’a pu se résoudre, comme le voudrait le positivisme, à ne pas réfléchir et à se taire sur ce qu’elle ignore. ”
Anatole France,
La Vie littéraire
“ De telles paroles révèlent l’originalité morale de M. Renan. Elles montrent qu’il entra dans l’étude comme un prêtre, non comme un profane, et que, si d’autres ont l’amour de la science, il en eut la foi. M. Renan est tout le contraire d’un dilettante. Sa vie entière est une idée suivie. Rien n’est plus vrai, et, par bonheur, je ne suis pas le premier à m’en apercevoir. ”
Anatole France,
La Vie littéraire
“ Il craint jusqu’au prestige d’un beau style, et c’est malgré lui qu’il est un grand écrivain. Au reste ce n’est pas là une singularité. Ceux-là seuls écrivent bien qui ne songent pas à bien écrire. L’ordre de la pensée fait tout le style ; le reste n’est que manie, grimace et caprice. Et faites attention que M. Renan est un croyant dans l’ordre de la science et de la philosophie, et qu’il s’est voué à l’étude, non pas seulement avec l’ardeur d’un curieux, mais bien avec le dévouement que la foi seule inspire. ”
Ferdinand Brunetière,
Cinq lettres sur Ernest Renan
“ Il n’en fallait pas davantage, en ce temps-là, dans le silence de l’Empire, pour conférer à un homme toute la notoriété dont les journaux disposent, et, le succès — ou le scandale — de la Vie de Jésus s’y ajoutant à quelques mois d’intervalle, Renan devenait un personnage dans l’opinion [3] . Il n’y devait pas résister ; et il faut convenir que jamais, peut-être, popularité plus rapide et plus étendue ne produisit sur un homme d’effets plus désastreux. On vit alors un nouveau Renan, disons mieux, le vrai Renan se dégager de l’humble et modeste hébraïsant qu’on avait connu jusqu’alors. ”
Ferdinand Brunetière,
Cinq lettres sur Ernest Renan
“ Le mot n’est pas spirituel seulement ; il est profond ; et, dans un temps comme le nôtre, où rien ne serait plus dangereux que de « s’endormir », la louange d’avoir « tué le sommeil », ne terminerait sans doute pas mal un éloge d’Ernest Renan. Mais, Monsieur, c’est autre chose qu’attendent aujourd’hui nos lecteurs, et toute conclusion sur l’œuvre de Renan leur paraîtrait insuffisante, mais surtout hésitante, qui ne se rattacherait pas à la première occasion de ces Lettres, et par conséquent « aux fêtes de Tréguier ». ”
Gabriel Monod,
Renan, Taine, Michelet
“ Quelques-uns des contemporains de Renan se sont crus ses disciples parce qu’ils ont imité les chatoiements et les caresses de son style, ses ironies et ses doutes. Ils se sont gardés d’imiter ses vertus, son colossal labeur et son dévouement à la science. Ils n’ont pas compris que son scepticisme était fait de tolérance, de modestie et de sincérité. Ceux qui liront l'Avenir de la science, écrit à vingt-cinq ans, et qui verront les liens intimes qui rattachent ce livre à l’œuvre tout entière de Renan, diront, eux aussi, en contemplant cette longue vie si bien remplie :Veritatem dilexit. ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ En réalité, M. Renan n’a eu que des goûts passagers et peu justifiés ou mal récompensés pour la politique. Les travaux de l’esprit, l’étude, l’art, ont suffi à remplir sa vie et à user ses forces. Depuis quelque temps déjà il semblait s’affaiblir, s’affaisser par degrés, se disputer péniblement au mal qui l’envahissait. Sans que son intelligence parût atteinte et que son zèle au travail fût diminué, il pliait sous le poids de la vie et se hâtait vers le déclin. ”
Pierre Lasserre,
Renan et nous
(1923)
“ Renan n'a ni plus ni moins été « républicain » sous la République que bonapartiste sous le second Empire. Il a été bon Français et honnête homme sous les deux. « Nous, écrivit-il à Berthelot, qui ne sommes attachés qu'à la vérité et à la patrie. » ”
Ernest Seillière,
Revue des Deux Mondes
“ Car Renan fut, lui aussi, un champion de l’impérialisme de race, de l’aryanisme et surtout du germanisme théorique. Seulement, quand il a conquis la grande célébrité, il avait cessé d’être tout cela. Il avait trouvé dans son puissant cerveau les ressources nécessaires pour renouveler sur le tard sa conception de l’histoire et de la vie. Aussi, quelques disciples fidèles et quelques psychologues attentifs [2] semblent-ils connaître seuls aujourd’hui, de façon précise, la philosophie historique de son âge viril. ”
Francis Bazouge, Biographie de Ernest Renan (1864)
“ Cependant, il s'est trouvé en Bretagne un jeune homme disposé à marcher à la suite de l'Ane parisien , à faire chorus dans un hymne d'éloges exaltant la science et la doctrine renanistes ; (1) mais cette oeuvre, dans laquelle il signale « deux fanatiques falsifiant la Biographie de M. Renan, » cette oeuvre est tellement nulle, vraiment, qu'il nous semble inutile de nous en occuper ici plus que ne l'a fait le public auquel elle a été servie : le dédain est la seule réponse qui convienne à certaines attaques. ”
Francis Bazouge, Biographie de Ernest Renan (1864)
“ A peine sortie de Tréguier, la famille Renan ne s'est pas souvenue qu'elle laissait derrière elle une bien ancienne affection. Aujourd'hui, la vieille domestique vit oubliée de tout ce qu'elle aima ; quand on lui parle d'Ernest, de grosses larmes viennent voiler sa paupière : « A Paris, on oublie donc bien vite ! » ”
Ferdinand Brunetière,
Cinq lettres sur Ernest Renan
“ Il y a des invitations auxquelles il n’est pas facile de se dérober, sans se faire soupçonner de plus de prudence que de lassitude ; et puis, l’Œuvre d’Ernest Renan, n’est-ce pas un de ces sujets sur lesquels on ne saurait nous pardonner, à nous tous qui faisons profession d’histoire ou de critique, de n’être pas toujours prêts ? Telle est l’origine de ces Lettres. Je les publie telles que les a données l’Ouest-Éclair, et je n’y fais que de rares et insignifiantes corrections de style. ”
M. Berthelot, Séance De L'académie Française Du 2 Mai 1901
“ Évidemment, Monsieur, vous êtes un de ceux auxquels songeait Ernest Renan lorsqu'il concevait la planète gouvernée quelque jour par une assemblée de savants qui auraient à la fois la raison et la force. La direction que vous imprimeriez à l'humanité n'aurait rien d'hésitant. Mais l'aristocratie que prévoyait Renan régnerait par la terreur. Je crois que, à ce point de son rêve, vous eussiez abandonné votre ami.Vous avez beaucoup écrit sur les rapports de la philosophie et de la science. Votre rationalisme est sans tache. ”
Gabriel Monod,
Ernest Renan, 1823-1892
(1892)
“ E. Renan était désormais en pleine possession de son génie, de son originalité, et en pleine harmonie avec son temps. Émancipé de l'Église, il était l'interprète de la libre pensée sous sa forme la plus élevée et la plus savante dans un pays qui voyait dans le cléricalisme l'ennemi le plus redoutable de ses institutions nouvelles ; émancipé de l'Allemagne, il avait trouvé dans les malheurs mêmes de la patrie un aliment et un aiguillon à son patriotisme, et il s'efforçait de faire de ses écrits l'expression la plus parfaite du génie français ”
Anatole France,
Discours prononcé à l’inauguration de la statue d’Ernest Renan à Tréguier
“ C’est une science incertaine qui n’a pas fait de progrès depuis Aristote. Renan a exposé ses doutes et ses contradictions à ce sujet dans deux drames philosophiques : Caliban et L’Eau de Jouvence. Le gouvernement qui lui plaît le mieux n’est pas, à vrai dire, une démocratie. C’est un gouvernement aristocratique d’un caractère très particulier, puisque le prince y prend un savant pour premier ministre et qu’il est lui-même un savant. Ce prince se nomme Prospéro, et Renan, après Shakespeare, le tient pour habile et vertueux. Au contraire, Renan, comme Shakespeare, se défie de Caliban. ”
Pierre Lasserre,
Renan et nous
(1923)
“ Renan est revenu à vingt reprises, depuis sa sortie de Saint-Sulpice jusqu'à la fin de sa vie, sur cette pierre angulaire de sa philosophie. Poursuivi (ce qui honore son âme) par l'impression de l'acte grave qu'il avait accompli en rompant avec la foi de l'Eglise, il a tenu à remettre sous les yeux du public et sous ses propres yeux, la raison nette, tranchante et sans appel qui justifiait cet acte. La foi et la doctrine sont fondées sur le miracle. Il n'y a pas de miracle. ”
Jules Lemaître,
Les Contemporains/Première série
“ Il se sent supérieur à presque tous ses contemporains par la quantité de choses qu’il comprend, par l’interprétation qu’il en donne, par les finesses de cette interprétation. Il se sent l’inventeur d’une certaine philosophie très raffinée, d’une certaine façon de concevoir le monde et de prendre la vie, et il surprend tout autour de lui l’influence exercée sur beaucoup d’âmes par ses aristocratiques théories. (Et je ne parle pas des joies régulières et assurées du travail quotidien, des plaisirs de la recherche et, parfois, de la découverte.) — M. Renan jouit de son génie et de son esprit. ”
Jules Barbey d’Aurevilly,
Les Œuvres et les Hommes
“ M. Renan n’a rien compris à cette métaphysique d’une si grande force dans sa simplicité. Il répugne au simple. C’est un esprit qui rapetisse et crispe ce qu’il touche. Comme tous les savants qui n’ont point la hauteur de la vue adéquate à l’état de leurs connaissances, il aime les bagatelles difficiles. ”
G. Valbert,
La Réception d'Ernest Renan à l'Académie française
“ Ce ne sont pas seulement le ciel et les étoiles qui plaisent à M. Renan, il voit d’un œil satisfait ou bénévole tout ce qui se passe dans notre pauvre monde sublunaire, sur notre globule terraqué, et les révolutions politiques ne lui ont jamais causé de bien vives douleurs ; sa philosophie naturelle ou acquise lui apprend à voir le côté consolant de toute chose. Il n’est pas éloigné de croire que nous vivons dans un âge de décadence ”
Gaston Richard,
La vie et l'oeuvre de Raoul Allier…
(1948)
“ Si donc ces lectures ne réussirent pas à procurer à Renan une vision élargie des problèmes de la philosophie, c'est que ses maîtres n'avaient Su, en réalité, que lui rendre suspecte la pensée philosophique elle-même, et les recherches qu'elle provoque. Et Raoul Allier de conclure : « Renan n'a fait au séminaire que d'assez médiocres études philosophiques, il n'en a pas retiré l'idée d'une méthode un peu précise, il nous a apporté, avec un semi-rationalisme, un semi-scepticisme. Aussi la philosophie n'a-t-elle joué dans sa crise qu'un rôle restreint; elle n'y fut presque pour rien. » ”
