“ Pour l’orgueil meurtri de Robert, c’était un nouveau coup de massue. Quoi ! ce beau jeune homme portant au front la triple auréole de l’autorité, de la prospérité et du bonheur, cet homme distingué, compagnon de cette femme charmante, gracieuse comme madame de Tilly, mais plus jeune, plus douce, plus belle, cet homme, c’était Jean ! Jean l’ouvrier, Jean le manœuvre, qu’il avait dédaigné, oublié ! Comment en croire ses yeux et ses oreilles ? Pourquoi n’en avait-il rien su ? Robert, abasourdi, croyait rêver. Sans le savoir, il s’était porté en avant du groupe de ses parents. ”
Errol Bouchette
Résumé
Robert Lozé, de l'auteur Errol Bouchette, explore les tensions entre aspiration sociale et vérité intime à travers le destin de Robert, un jeune avocat confronté à ses illusions. Les personnages principaux, tels que Jean, Irène ou Louise, incarnent des profils contraires qui mettent en lumière les dilemmes moraux et affectifs.
Les thèmes de la fortune, du confort et des rapports de classe se déroulent dans un cadre où le phare et la mer symbolisent à la fois l'aspiration et l'isolement. L'œuvre, publiée dans un contexte de réflexion sur les valeurs personnelles, interroge l'impact de l'ambition sur les liens humains, comme en témoigne la citation où Robert reconnaît sa propre vulnérabilité face à l'amour et à la pauvreté.
Citations de Robert Lozé (Errol Bouchette)
“ Je vis de mon métier. Mais quelle vie et quel métier ! Voir de loin le succès insaisissable, quel supplice !... Irène, chose bien plus terrible, j’ai vu de près le bonheur et il me faut y renoncer. À d’autres plus puissants et mieux protégés, la célébrité et la fortune, la confiance publique, les charges et les honneurs. À moi le désespoir de ne pouvoir placer ces trésors aux pieds de celle que j’aime ; à moi le déshonneur de la médiocrité. Robert s’était animé en résumant ainsi sa vie d’impuissance. Il devenait éloquent devant la jeune fille dont la sympathie évidente lui était bien douce. ”
“ La calme douceur de madame de Tilly eût sur Robert l’effet voulu. Il se promit bien de chérir à jamais l’amour sans espoir qui lui était échu. Mais, bien qu’il se plût encore, par un secret sentiment d’amour-propre, à se figurer la chose ainsi, madame de Tilly avait eu raison de dire qu’elle le connaissait mieux que lui-même se connaissait. Non, son sentiment pour elle n’était pas le feu d’une grande passion. C’était un alliage où il entrait cependant de l’or, puisque les choses qu’il aimait en Adèle étaient de celles qui grandissent les âmes capables de les apprécier. ”
