“ Quand tout fut terminé, qu’il se fut acquitté de sa tâche, Robert adressa à cette tombe où il venait d’enfouir son bonheur un suprême adieu, puis lentement, comme à regret, il descendit du rocher, son calvaire, pour regagner la rive et continuer son voyage, seul désormais pour la vie, avec, en unique partage, l’atroce souffrance du présent et la hantise lancinante du passé sans le soûlas de l’espoir en l’avenir. L’espoir, c’est la panacée magique à tous les maux de la vie, c’est l’oasis dont le mirage leurre, dans le désert de l’existence, notre pauvre âme assoiffée ! ”
Oscar Massé
Résumé
Oscar Massé, dans Mena’sen, examine les tensions entre l’homme et la nature, ainsi que les sentiments humains à travers les parcours de Robert Gardner et de Mena’sen, un couple confronté aux réalités dures de l’adversité. L’œuvre, ancrée dans un cadre canadien peuplé d’Abénaquis et de personnages comme Maugras ou Saint-François, combine récits de survie, de conflits intérieurs et de relations amoureuses.
Le fleuve Alsiganteka, symbole de liberté et de défi, structure le récit, tandis que le canot devient un symbole de leur quête de sérénité et de bien-être. La citation sur l’« oasis du mirage » révèle une réflexion existentielle, soulignant l’importance de l’espoir dans la confrontation à la souffrance.
Citations de Mena’sen (Oscar Massé)
“ Bien des pensers incohérents se heurtaient dans la tête en feu de Robert Gardner et c’est avec soulagement qu’il vit poindre le soleil à l’horizon. Cette radieuse apparition le rasséréna quelque peu, il y vit un heureux augure. Il est bien vrai que les yeux ne sont que les fenêtres de l’âme qu’on ne sait regarder qu’autant qu’on est émotif et que, enfin, le beau est, avant tout, condition psychique ; mais il est également vrai que le beau, le beau objectif — si le terme n’est pas trop technique — affecte l’âme dont l’œil est simplement l’organe de perception, l’appareil photographique. ”
“ Soigneusement caché en un lieu sûr, j’ai un canot que la dernière crue des eaux a fait dériver sur le rivage. Je l’ai dissimulé sous des aulnes touffus qui le dérobent à la vue. — Oui, mon Robert, périssons ensemble, emportés par les eaux, percés tous deux de la même flèche implacable. — Non, non, nous vivrons ensemble plutôt pour nous aimer et redire à nos enfants les péripéties de notre fuite. — Dieu t’entende, mais l’Abénaquis veille... — Nous prendrons son astuce en défaut. Demain soir est la fête des aïeux ; la tribu s’assemble pour célébrer ses fastes guerriers. ”
