“ Anatole, écoute, écoute. DUCORMIER. Il faut que je meure !... Tu l’as dit ! BONAQUET. Mon Dieu ! mon Dieu ! DUCORMIER. Jérôme, puis-je supporter la vie ? BONAQUET. Non, et cependant,... Oh ! fatalité, fatalité ! DUCORMIER, le poussant doucement vers la porte. Va, laisse-moi, mon bon Jérôme ; quand tu entendras tomber cette chaise que je pousserai du pied, au moment de mon agonie, alors... alors tu pourras rentrer... BONAQUET, avec sanglots. Quelle mort ! quelle fin ! DUCORMIER, montrant un papier ouvert sur son bureau. Je dis là mon suicide... (Prenant les deux mains de Bonaquet.) ”
Eugène Sue
Résumé
La Bonne Aventure, de Eugène Sue, explore les tensions sociales et morales à travers les destins entrelacés d’Anatole, Bonaquet et Ducormier, figures oscillant entre les classes aristocratiques et populaires. Publié au XIXe siècle, ce roman mêle drame familial, dilemmes éthiques et révélations tragiques, comme le suicide de Ducormier ou les conflits de loyauté.
Les dialogues intenses et les scènes de salon révèlent une société divisée, où les relations humaines sont marquées par le sacrifice et la quête de rédemption. L’œuvre, empreinte de mélodrame, souligne l’interaction complexe entre les normes sociales et les aspirations individuelles.
Citations de La Bonne aventure (Eugène Sue)
“ C’est encore un acte de malhonnête homme ; mais bah ! une fois qu’on y est, qu’est-ce que cela fait ? — Vous vous calomniez, monsieur Fauveau, reprit doucement Héloïse. — Jamais vous n’agirez en malhonnête homme ; un cœur loyal comme le vôtre ne change pas ainsi. — Cela vous étonne tant que vous ne pouvez pas le croire, n’est-ce pas, madame ? — reprit Fauveau ; ni moi non plus, je n’aurais pu le croire, et pourtant cela est ! C’est comme si l’on m’avait dit que moi, qui ne buvais que de l’eau rougie, j’en viendrais un jour à tâcher de m’abrutir à force d’eau-de-vie ! ”
“ Aussi maintenant il me croit un homme sans cœur, sans parole... Plus tard, sans doute, il reconnaîtra son erreur ; mais en attendant, son cœur s’est refroidi pour moi, et quoique momentanée, la perte de l’estime d’un homme que j’aime, que je vénère autant... m’est cruellement douloureuse. — Mais, monsieur Anatole, — reprit Maria, — qui vous a donc obligé à laisser M. Bonaquet dans cette erreur qui vous est aussi pénible qu’à lui ? — L’intérêt de Joseph, le vôtre, madame, — répondit Ducormier avec une douce résignation, et je dois aussi vous l’avouer, le besoin de me venger en vous vengeant. ”
