“ Si je n’avais d’autre but que de triompher des croyants, je leur dirais : « Vous refusez une âme aux animaux ; vous leur refusez la notion de Dieu, et cependant les abeilles ont une société mieux organisée que la nôtre » ; mais ce n’est pas contre les croyants que je discute ; c’est contre moi-même, et je ne me permettrai pas d’affirmer que les abeilles, vivant en société, n’ont pas l’idée d’un Dieu dont on pourrait parler comme on parle d’une abeille ; nous avons bien, nous hommes, l’idée d’un Dieu dont on peut parler comme on parle d’un homme ! ”
Résumé
« L’Athéisme » de Félix Le Dantec, publié au XXe siècle, explore les fondements philosophiques de l’athéisme à travers une réflexion sur le monisme, le déterminisme et la conscience morale. L’auteur confronte les croyants et les dualistes, affirmant que la logique athée doit s’accompagner d’une éthique issue d’erreurs héréditaires.
En mêlant science, métaphysique et critiques des dogmes religieux, Le Dantec défend une vision rationaliste du monde, où la moralité humaine émerge de la complexité des phénomènes naturels, sans recours à une divinité. Son texte, à la fois provocateur et introspectif, incarne une philosophie déterministe où l’indifférence à la vie ne peut coexister avec une conscience morale véritable.
Citations de L’Athéisme (Félix Le Dantec)
“ Du système solaire, nous passerons à la voie lactée, et, de l’autre côté, nous atteindrons les propriétés de l’atome. La voie lactée, la molécule matérielle, la cellule vivante, prendront en nous conscience de ce qu’elles sont. En nous, les hommes, la conscience obscure que nous avons les uns des autres s’illuminera. Tout cela n’est pas bien sûr : mais faisons notre possible pour que « l’essai ne manque pas par notre faute », et puissent nos descendants parvenir au paradis de M. Poincaré, où ils s’abîmeront dans la contemplation de la vérité. ”
“ Il ne peut être sévère pour eux, au nom des principes dont il ne reconnaît pas l’essence divine, mais il est sévère pour lui-même, parce que ces principes, bien que n’ayant que la signification de résidus héréditaires, existent en lui ; il n’y peut contrevenir sans être malheureux. Débarrassé de toute terreur vaine en ce qui concerne l’avenir, l’athée logique doit puiser dans sa conscience morale une immense pitié pour ceux de ses semblables qui tremblent sans cesse devant l’échéance prochaine. ”
“ Un athée qui serait capable de renoncer à ses devoirs envers le monde, comme le font les moines, se suiciderait fatalement au moindre accroc. Et personne ne s’en plaindrait. L’athée logique ne peut prendre aucun intérêt à la vie ; c’est là la vraie sagesse, mais c’est, à mon avis, trop de sagesse ; c’est l’indifférence du fakir. Je suis fort aise, pour ma part, d’avoir, à côté de mon athéisme logique, une conscience morale résultant d’une quantité d’erreurs ancestrales, et qui me dicte ma conduite dans des cas où ma raison me laisserait noyer. ”
“ Les croisés croyants sont invraisemblables. Comment peut-on dire en invoquant le père tout-puissant : « que votre règne arrive, que votre volonté soit faite ! » Cela dépasse ma logique d’athée. « Dieu fit bien ce qu’il fit », a dit le bon La Fontaine et, l’homme qui s’imagine, dans ses guerres religieuses, faire les affaires de Dieu, est comparable à la « mouche du coche » du même fabuliste. Encore la mouche est-elle plus importante pour le coche que l’homme pour Dieu ; elle peut faire cabrer les chevaux. La posture logique pour un croyant est de laisser faire, de prier, et d’avoir peur. ”
“ Le fait caractéristique de la vie morale, c’est la responsabilité, c’est-à-dire, d’une part, la liberté qui fait le mérite et le démérite de l’agent ; de l’autre, le devoir, règle qui s’impose par sa propre autorité et sans conteste. La présence dans les consciences humaines de cette loi universelle, invariable, nécessaire, implique évidemment l’existence d’un législateur absolu et d’un juge éternel devant qui tous les êtres moraux sont responsables. ”
“ Si la qualité n’est qu’un mot, dites-vous, la quantité, elle aussi, n’est qu’un signe ; votre monisme n’absorbera jamais la diversité des aspects de l’être, la multiplicité des phénomènes, la richesse infinie du vêtement de l’inconnaissable. Parce que nous essayons de construire, avec un jeu de symboles quantitatifs, un schéma qui nous représente le monde, ne prenons pas ce schéma pour la réalité et la partition écrite, où toutes les notes sont pareilles pour le concert des instruments et des voix. ”
“ Telle est, du moins, ma manière de penser à moi, déterministe qui ne crois pas à la liberté ; l’abbé Naudet, qui y croit, aurait le droit d’être plus sévère pour moi, qu’il juge libre ; il est plus indulgent que logique avec lui-même en m’amnistiant. Le plus sage est de ne penser ni à des récompenses ni à des châtiments, et d’admettre la bonne foi de ses contradicteurs, même quand on est dans l’impossibilité de se représenter leur mentalité avec quelque vraisemblance. ”
“ Logique de sentiment ! Rien n’est plus humain, et les plus grands savants sont des hommes. Peut-être d’autres philosophes font-ils aussi de la logique de sentiment, quand ils croient fermement à l’anéantissement final ; peut-être trouvent-ils, dans cette croyance dont ils ne peuvent démontrer le bien fondé, autant de consolation qu’en a jamais pu tirer Pasteur du dogme de l’immortalité. Chez certains peuples malheureux, l’anéantissement total est promis comme récompense à l’homme vertueux. ”
“ Pour égaliser les conditions de la lutte entre les hommes, il faudrait donc enseigner le monisme aux enfants timorés et doux, qui ont des chances d’être, toute leur vie dupes de leur bon cœur, et inculquer au contraire des principes sévères et la peur de l’enfer aux enfants intraitables et violents qui, une fois hommes, seront dangereux pour ceux de la première catégorie. C’est là une pure utopie, et d’ailleurs, au nom de quel principe métaphysique peut-on, si l’on est moniste, décréter qu’il faut plus d’égalité parmi les hommes ? ”
“ La conscience morale du chien, c’est le sentiment de l’obéissance à l’homme ; le bien, le juste, l’honnête, sont pour lui ce qui plaît à son maître. L’homme est quelquefois capricieux, mais cependant, n’ayant qu’un maître, le chien est heureux, sachant toujours, sans hésitation possible, quel est son devoir, l’obéissance passive ; il est plus heureux que le croyant, qui désireux d’obéir à Dieu, ne sait pas toujours ce qu’il doit faire, car la conscience morale de l’homme est compliquée ; nous avons des devoirs multiples, et Dieu ne nous donne pas toujours des ordres très clairs. ”
“ Je me suis souvent demandé si la peur de la mort ne prendrait pas, chez les hommes, un caractère moins obsédant, dans le cas où nous ne laisserions pas de trace morphologique de notre existence éphémère, dans le cas où nous nous évanouirions dans les gaz atmosphériques comme la flamme d’un feu follet qui s’éteint. Je crois que le cadavre, avec la rigidité de ses colloïdes coagulés, avec la décomposition hideuse qui défigure des traits naguère chéris, fait plutôt horreur que peur ”
“ Au lieu de me défendre d’être athée, j’avoue sans honte que je le suis, et je prétends montrer que cela ne m’empêche pas d’être logique ; je ne ferai pas autre chose dans ce livre, dont je dirai seulement, comme fit Montaigne, que c’est « un livre de bonne foy » ; cela ne voudra pas dire que c’est un bon livre ; je le donne pour ce qu’il vaut. Évidemment, la foi est plus commode. Il est très difficile de se débrouiller au milieu du chaos des phénomènes, si l’on renonce à une synthèse adéquate à l’esprit humain, calquée dessus, faite à sa mesure. Mais, n’est pas croyant qui veut ! ”
“ De même l’âme attachée au corps d’un homme peut âmer en toute liberté tant qu’elle n’a pas fantaisie d’activer le corps qui lui est soumis ; mais, dès que cette fantaisie la prend, elle ne peut qu’hommer au moyen d’un corps d’homme, et encore d’un corps d’homme sain ; d’ailleurs le mécanicien non plus ne pourrait locomotiver qu’avec une locomotive en bon état. C’est de toutes les fantaisies que se permet l’âme humaine, quand elle ne se décide pas à hommer, que M. Armand Gautier dit « qu’elles n’ont pas d’équivalent mécanique ». ”
“ Voici, en revanche, ce qu’écrit Diderot dans le célèbre « Entretien d’un philosophe avec la maréchale » : « Quel motif peut avoir un incrédule d’être bon s’il n’est pas fou ? [...] Ne pensez-vous pas qu’on peut être si heureusement né qu’on trouve un grand plaisir à faire le bien ? [...] Qu’on peut avoir reçu une excellente éducation qui fortifie le penchant naturel à la bienfaisance ? [...] Et que, dans un âge plus avancé, l’expérience nous ait convaincus, qu’à tout prendre, il vaut mieux, pour son bonheur dans ce monde, être un honnête homme qu’un coquin ? » ”
“ Si j’étais croyant, je serais humilié de voir rapetisser mon Dieu au point de croire qu’il peut être sensible à la couleur du vêtement d’un gamin, mais, si j’étais croyant, je comprendrais peut-être aussi que toute marque d’obéissance, à propos de la chose la plus insignifiante, prend une valeur en tant qu’acte de soumission. Il est bien difficile à un athée de raisonner les gestes de ceux qui croient ! ”
“ En chacun de nous, dit Pasteur, il y a deux hommes : le savant, celui qui a fait table rase, qui, par l’observation, l’expérimentation et le raisonnement, veut s’élever à la connaissance de la nature ; et puis l’homme sensible, l’homme de tradition, de foi ou de doute, l’homme de sentiment, l’homme qui pleure ses enfants qui ne sont plus, qui ne peut, hélas, prouver qu’il les reverra, mais qui le croit et l’espère, qui ne veut pas mourir comme meurt un vibrion, qui se dit que la force qui est en lui se transformera [3] . ”
“ C’est vous, mon cher maître, qui, avec Émile Lacour, avez contribué à m’éveiller ; vous m’avez appris à ne pas me payer de mots et à définir tous ceux que j’emploie ; vous m’avez enseigné la précision du langage, et c’est de là qu’est venu tout le mal ! En essayant de me rendre compte des choses, j’ai compris que l’homme est victime d’erreurs sans nombre. Au lieu d’un être puissant et créateur, je ne trouve plus en moi qu’un misérable transformateur d’énergie, transformateur caduc qui se transforme lui-même sans cesse. ”
“ Quelques-uns d’entre eux, et notamment les concepts scientifiques, sortent d’un passage à la limite, dont l’étrange audace m’effraie depuis longtemps. Le mathématicien raisonne sur des points, des droites et des plans qui n’existent que dans sa pensée, sur des solides parfaits, sur des fluides parfaits ; la perfection de ces solides et de ces fluides est impossible, contradictoire avec ce que nous savons de la matière. Le physicien raisonne sur des systèmes isolés ; il ne peut y avoir de pareils systèmes. Le chimiste raisonne sur des corps purs ; il n’y a pas de corps purs. ”
“ Aujourd’hui, l’idée de bien, de mal, de devoir, de justice, est si ancrée dans notre hérédité que nous trouvons toute naturelle cette confusion entre le sentiment moral et le sentiment religieux ; nous sommes donc désarmés vis-à-vis du problème de son origine. Constatons-la sans savoir comment elle est née. Le parallélisme observé chez tous les peuples, entre le devoir moral et le devoir religieux est le plus grand obstacle à la solution du problème que nous nous sommes posé, savoir : de découvrir le rôle de l’idée de Dieu dans la genèse des vertus humaines. ”
“ Mais de ce que tous les hommes, croyants ou non, ne sont, en dépit de l’éducation, ni également bons ni également honnêtes, je puis bien conclure, sans hardiesse exagérée, qu’il y a, dans le patrimoine héréditaire de chacun de nous, une dose variable de bonté et d’honnêteté. Ces qualités innées nous viennent de nos ancêtres, et ont été acquises par eux comme le nez, la bouche et la logique ; cela, pour un évolutionniste, est indéniable ; suivant les hasards des accouplements, chaque homme vient au monde avec plus ou moins de nez, plus ou moins de logique, plus ou moins de vertu. ”
“ C’est l’une des plus curieuses d’entre les conquêtes de la science humaine que la certitude de la mort. La mort est le phénomène à venir dont l’homme est le plus certain, et cependant, il n’y croit pas. Il n’y croit pas pour lui-même parce que jamais, dans la lignée ascendante dont il dérive, aucun de ses ancêtres n’est mort. ”
“ Pour qu’un athée fût vraiment à craindre, comme le prétend Voltaire, il faudrait qu’il fût dépourvu, en même temps, de sens moral et d’idée de Dieu ; mais s’il a du sens moral, son athéisme n’est nuisible que pour lui-même, puisqu’il le force à ne pas appliquer aux autres, ne s’en reconnaissant pas le droit, les règles sévères qu’il ne peut s’empêcher, s’il veut être en repos, d’appliquer à sa propre personne ; c’est là un luxe dangereux et qui désarme dans la lutte. ”
“ « Merveilleuse sélection naturelle ! s’écrie M. Vignon [22] . Mais par quoi les trajets intracérébraux d’un individu peuvent-ils être représentés dans l’œuf issu de lui, pour que l’hérédité, non moins habile que la sélection naturelle, les fasse réapparaître, au moment voulu, dans le cerveau du produit ? » Il n’existerait aucune théorie de l’hérédité ou de l’origine des espèces, que les monistes auraient néanmoins le droit de soutenir, non pas que les faits psychiques sont inactifs, comme le dit M. Vignon, mais qu’il n’y a pas de fait psychique sans modification de quelque chose de mesurable. ”
“ Mais j’oublie que tout le monde n’admet pas l’hérédité des caractères acquis et son rôle dans la formation des espèces ; il est bien difficile à un homme vraiment pénétré de certaines notions, d’en faire abstraction pour discuter les idées des autres. Il faudrait que les croyants, pour discuter les athées, pussent oublier qu’ils sont croyants, et que les athées renonçassent à leur athéisme pour discuter la valeur de la foi. Or cela n’est pas seulement difficile, cela est impossible, puisque, chez les uns et chez les autres, la croyance et l’incrédulité font partie du mécanisme pensant. ”
“ Mais cette manière sentimentale de raisonner est insuffisante ; l’athée ne redoute pas la mort, puisqu’il est convaincu que la différence n’est pas essentielle entre la vie et la mort ; il croit au néant qui suit la vie, et l’on ne saurait redouter le néant ; l’athée ne craint pas de devenir rien parce qu’il est convaincu qu’il n’est rien qu’un mouvement momentané de matériaux ayant subi par hérédité un certain arrangement. Pour le croyant, au contraire, à moins qu’il n’ait de ses mérites une opinion extravagante, la mort est pleine de la terreur qui précède le jugement. ”
“ Rien n’est plus fallacieux que les hypothèses par lesquelles on reconstruit un monde en faisant abstraction de l’un des facteurs qui ont joué un rôle indéniable dans la formation de celui que l’on a observé. J’ai le droit d’affirmer que, même sans l’idée de Dieu, une vie sociale prolongée aurait amené dans l’hérédité des membres d’une société quelque chose d’équivalent à notre conscience morale actuelle ; mais jusqu’à quel point serait poussée cette équivalence ? ”
“ J’ai souvent envié le sort de mon chien, moi qui ai une conscience morale, quoique ne croyant pas en Dieu. Pendant longtemps, l’homme a été aussi heureux que le chien ; le devoir se présentant toujours sous une forme religieuse, il n’y avait pas d’hésitation possible ; on n’avait pas à choisir entre le devoir religieux et le devoir social. Il n’en est plus de même aujourd’hui ; les théocraties sont mortes, et chaque homme, indépendamment de sa foi religieuse, appartient à un état laïque dont les règlements sont quelquefois contradictoires de ceux de la religion. ”
“ Sans la peur, la peur stupide qui devait empoisonner le bonheur de vivre chez les ancêtres des vaches comme elle le fait aujourd’hui chez les gazelles et autres animaux timorés, quelle joie ne trouverions-nous pas à oublier tout ce que nous savons, à ne retenir de nos acquisitions ancestrales que les mécanismes instinctifs qui nous amènent à éviter le danger. La science engendre des questions, des préoccupations de toutes sortes. ”
“ Pour ce qui est du finalisme immédiat, de l’adaptation des moyens à la fin, le monisme n’éprouve pas de gêne particulière ; mais quand il s’agit du but à assigner à la vie, de l’idéal à poursuivre, il est bien obligé de déclarer que le seul but de la vie est la mort et la mort totale ; pour beaucoup de gens, cela n’est pas assez consolant ; peut-être même est-il bon, au point de vue social, que les hommes croient à une récompense, au delà de la vie, de leurs mérites actuels. J’ai discuté précédemment la valeur sociale de cette croyance ”
“ Il est évident que, dans la morale, il vaut beaucoup mieux reconnaître un Dieu que de n’en point admettre. C’est certainement l’intérêt de tous les hommes qu’il y ait une divinité qui punisse ce que la justice humaine ne peut réprimer ; mais aussi il est clair qu’il vaudrait mieux ne pas reconnaître de Dieu que d’en adorer un barbare auquel on sacrifierait les hommes, comme on a fait chez tant de nations. ”
“ C’est encore l’histoire de la verticale absolue ; ma raison contredit mon sentiment. On pourrait dire que l’idée de l’immortalité, si générale chez l’homme (et les animaux) , est le résultat héréditaire de la continuité des lignées qui n’ont jamais, jusqu’aux animaux actuels, été interrompues par la mort. Il est plus simple d’exprimer la même pensée d’une autre manière : l’homme n’ayant pas l’expérience de la mort ne peut y croire pour lui-même. Il a donc inventé naturellement le dogme de l’immortalité. La notion de continuité est l’équivalent de celle d’immortalité. ”
“ Je dois m’occuper ici d’athéisme et non de fanatisme ; je ne connais d’ailleurs pas de fanatique vrai, et je pourrais me tromper dans mes conclusions. Je maintiens seulement qu’une société d’athées logiques est impossible parce que la notion de responsabilité absolue est une erreur sociale nécessaire. En revanche, une société d’athées doués de conscience morale me paraît absolument possible, s’ils ne raisonnent pas et s’ils acceptent sans discussion les données de leur conscience. C’est ce qui se produit dans notre société laïque actuelle qui n’est sûrement pas plus mauvaise qu’une autre ”
“ Si l’athée a peur de la douleur, il doit avoir aussi d’autres peurs instinctives, des peurs inexpliquées qui sont, comme sa conscience morale, le résultat héréditaire de caractères ancestraux. Je ne parle pas de la peur du danger réel ; cette peur est indispensable ; elle fait partie de l’instinct de la conservation, pourvu qu’elle se borne à la conscience du péril et conduise à trouver les moyens de l’éviter. Nuisible est au contraire la peur stupide qui, devant le danger imminent, paralyse l’individu et le livre à son ennemi, désarmé par un fatalisme impuissant. ”
“ Les anarchistes, quoi qu’ils disent, ne sont pas athées, sans quoi ils seraient désarmés dans la lutte ; leur amour des déshérités n’entraînerait pas la haine du propriétaire égoïste ; s’ils étaient athées, comment feraient-ils pour attribuer une valeur absolue au principe de Justice au nom duquel ils agissent ? S’il n’y a pas de Dieu, la justice n’est qu’un résidu ancestral comme la bonté et la logique. ”
“ À vrai dire, ce n’est pas l’athéisme, c’est la science, qui guérit l’humanité de la peur héréditaire, en lui donnant chaque jour des moyens nouveaux de lutter contre des causes naguère mystérieuses de destruction ; le développement de la science a limité les caprices des dieux. Chose curieuse, pour un athée au moins, le développement de la science, donnant des explications déterministes de la plupart des phénomènes, n’a pas fait disparaître la croyance religieuse, quoique ayant réduit, le plus souvent, le rôle des dieux à celui de témoins impuissants. Il est vrai qu’il reste le miracle ! ”
Termes fréquents
Œuvres similaires
Histoire et solution des problèmes métaphysiques…Traité de biologie (Félix Le Dantec…Les Limites de la biologie (Joseph Grasset…La philosophie de Hamilton (John Stuart Mill…La dépendance de la morale et l'indépendance des moeurs…De l’idée de loi naturelle dans la science et la philosophie contemporaines…La philosophie de David Hume (Gabriel Compayré…Essai d'un traité complet de philosophie…La pensée et le libre arbitre…De l'homme à la science : philosophie du XXe siècle…
