“ PIERROT. Ah ! mon Dieu ! qu’est-ce qu’il y a donc ? PERRETTE. Il y a que mon pauvre père ne peut pas me marier sans un sou. PIERROT. Qu’est-ce que ça me fait ? PERRETTE. Ça me fait, à moi. Je ne peux pas m’établir comme une malheureuse, sans un brin de toilette et sans une seule vache. M. Crochard, ton maître, menace de tout faire saisir chez nous, parce que nous lui devons mille écus. Il ne veut plus attendre, l’usurier, et il fera vendre notre bétail aux enchères. Comme ça, nous serons ruinés. PIERROT. Ah ! le vilain homme, le mauvais cœur ! ”
Résumé
“Dernières pages”, est une œuvre de George Sand. Des thèmes tels que Duteil, la France ou Cerson y sont abordés.
Citations de Dernières pages (George Sand)
“ Aussi, quand la duchesse voyait le jeune chevalier, si grand, si beau, si bien tourné, elle pleurait de regret. Elle eût voulu être sa mère. Elle le prit en vive affection lorsqu’elle vit l’intelligence et la bonté se développer en lui en même temps que la beauté physique. Le chevalier adorait le jeune prince et l’entourait des plus tendres soins. Celui-ci ne chérissait au monde que le bâtard, ne se tenait tranquille et ne se sentait heureux que quand il était là. La duchesse obtint que Charles habitât l’hôtel de Bouillon. ”
“ Le sentiment du bien et du mal est un fait primordial de la nature humaine ; il s’impose à nous en dehors de tout raisonnement, de toute croyance dogmatique, de toute idée de peine ou de récompense. Il en est de même de la liberté, sans laquelle le devoir ne serait qu’un mot vide de sens. La discussion abstraite si longtemps agitée entre le fatalisme et la liberté n’a plus de raison d’être ; l’homme sent qu’il est libre, c’est un fait qu’aucun raisonnement ne peut ébranler. ”
“ Mon prince, reprend le colonel, mon corps est à vous, mais mon âme est à Dieu, et il me défend de vous obéir. Il salue et sort ; en passant devant la chambre de ce pauvre frère infirme qu’il a juré de ne point abandonner et qu’il chérit toujours, il hésite, il lui crie un adieu déchirant et sort de l’hôtel précipitamment. Où va-t-il ? où trouvera-t-il un refuge contre cette odieuse autorité paternelle qu’aucun lien social ne consacre ? Il n’en sait rien, il marche au hasard, la tête perdue. Il n’ose aller chez sa mère, il craint sa terreur et son désespoir. ”
“ Je suis de ceux, pour qui un livre de M. Renan est comme un jour doux et clair où passent beaucoup de nuages tour à tour brillants et sombres, tous beaux de couleur et de forme. Le soleil est souvent voilé et puis les nuées se dissipent, et il reparaît triomphant pour se voiler encore. On aime ces alternatives, qui sont l’image exacte de la conscience humaine aux prises avec l’idéal. L’immuable sérénité ne se trouve, pour l’homme de recherches, que dans les sciences positives : celui qui cherche la vérité au delà doit combattre sans relâche le grand combat. ”
“ L’ennui qui consumait jadis cette âme solitaire eût sans doute abrégé ses jours. Du moment qu’elle a aimé, elle s’est retrempée dans la faculté de souffrir. La mort, qui brise cruellement les liens du cœur, n’a rien brisé pour elle. Elle aime autant aujourd’hui qu’elle aimait il y a vingt ans. La vieillesse n’a pas touché ce cœur, doué d’une puissance exceptionnelle, et ce n’est pas seulement un amour mystique, c’est un amour réel et complet. ”
“ Gotthelf est positif, il est abondant et sobre : ce qui est la solution d’un grand problème. Il parcourt rapidement sa montagne, sans consentir à vous laisser tomber dans la contemplation. S’il est poëte, vous n’en savez rien, et il n’en sait rien lui-même ; mais, rien qu’en vous faisant jeter les yeux sur un détail nécessaire à son récit, il vous transporte en pleine poésie et vous inspire le regret d’avoir passé si vite. Il n’est pas artiste de parti pris, il ne veut pas l’être. ”
“ Il n’y a de vérité complète que quand on peut lui trouver un lien logique avec son inévitable antithèse. Si Napoléon Ier a réussi à remuer le monde, c’est bien parce qu’il a représenté, durant une phase de ses triomphes, les besoins d’une lutte extérieure et d’ordre intérieur de la France en face de l’étranger au lendemain de la Révolution, son effroi des discordes civiles, ses aspirations guerrières, sa soif de gloire, ses tendances à la vanité, en un mot ses petitesses et ses grandeurs. C’est bien la France lassée et transformée qui a abandonné le conquérant épuisé qui l’épuisait à son tour. ”
“ C’est quand elle touche à la vieillesse, et que rien ne peut plus troubler l’état de sainteté où elle est parvenue, qu’elle s’éprend avec une chaste ardeur d’un mourant. Tout est étrange dans cette femme, mais rien n’est ridicule, car tout est naïf et grand. C’est lorsqu’elle a renoncé à la gloire qu’elle arrive au génie ; c’est lorsqu’elle ne chante plus que pour distraire un malade, qu’elle trouve en elle une voix pénétrante et souple. La nature qu’elle a vue dans ses grands aspects et qu’elle a peinte à grands traits lui révèle la suavité variée de ses détails. ”
“ Mademoiselle Flaugergues a enfermé le tombeau de M. de Latouche dans une chapelle au cimetière de Châtenay, et elle y demeure pour ainsi dire, puisqu’elle y passe toutes ses journées et souvent ses nuits. Elle y travaille, elle y médite, elle y vit, seule, muette, enfermée. Pendant longtemps, on l’a crue folle, et puis on s’est aperçu qu’elle était tout aussi sensée, aimable, intelligente et bonne que par le passé. Elle a conservé des amis dévoués, des relations dignes d’elle. Elle fait du bien, elle est aimée et respectée. ”
“ CROCHARD. Donne-moi un baiser, je te tiens quitte du sourire ! Pierrot paraît à la porte de droite, armé d’un manche à balai.PERRETTE. Et de la dette ? CROCHARD. Et de tout, si... PERRETTE. Assez ! vous êtes un vieux coquin, laid, bête et méchant ! N’avez-vous pas de honte de ruiner le pauvre monde ? Ah ! vous faites le brave homme, vous, et il y a des gens qui croient que vous rendez des services ! Ah ! vous voulez être conseiller municipal, vous faites même le généreux quand on vous regarde ! Vous diriez volontiers que vous avez fait grâce à beaucoup de débiteurs. ”
“ La nuit sombre a couvert mes jours purs et dorés. Et mon front s’est meurtri contre la lourde pierre Qui me cache un cœur tendre et des traits adorés. Dans le jardin funèbre, ainsi qu’une âme en peine. Je reste, je m’oublie et ne puis vivre ailleurs. C’est là qu’à tout moment mon instinct me ramène. Là de mes jours flétris s’écoulent les meilleurs. J’habite chez les morts comme dans ma demeure. Le sol bénit sait bien le poids de mes genoux. ”
“ C’était le fanatisme d’un autre siècle mettant l’aigle dans le nimbe à la place du calice. Il ne connaissait pas le remords, pouvant toujours se dire : « Ce n’est pas moi qui l’ai voulu ; c’est la fatalité qui me commande. » Ce portrait n’a pas la prétention de s’imposer à l’histoire. Il sera nié, discuté, refait de mille manières ; moi, je le crois, non bien fait, mais ressemblant. Je l’ai reconstruit en me promenant dans les bois et en me rappelant l’ensemble des détails qui m’ont frappé. Le premier venu des êtres humains est très-difficile à connaître et à classer. ”
“ L’Auvergne, d’ailleurs, n’offre ni grandes fatigues, ni grands dangers, et, quand on a l’honneur de faire partie du Club alpin français, on croit peut-être qu’il est au-dessous de soi d’explorer un pays où tout le monde peut aller si facilement. Pourtant l’âge amène, sinon plus de modestie dans le cerveau, du moins plus de sagesse dans les jambes, et on retombe sur la charmante Auvergne avec le sentiment d’une ingratitude à réparer. ”
“ On sent bien que, pour supporter avec patience les longs hivers de la montagne, pour suppléer par le labeur et l’industrie à la rudesse du sol et du climat, il faut des âmes paisibles et des corps de fer, et l’on comprend, après les avoir regardés par les yeux de Gotthelf, l’amour du pays qui caractérise ces nobles types, leur fière indépendance, la douceur de leurs mœurs, et le besoin légitime de s’appartenir qui domine tout chez eux. ”
“ « Reste en ce lieu, dit-il, et, sous ce toit que j’aime, Je reviendrai vers toi, pauvre cœur désolé. » Et moi, me confiant en sa sainte promesse, J’ai banni le sommeil de mon œil enflammé. Toute la nuit je veille à genoux, et sans cesse Je prie et je t’appelle, ô frère bien-aimé ! Ces vers font partie du second livre ; mais, à mon sens, ils sont d’un troisième livre, d’une nouvelle phase de cette existence insolite. Le talent s’élève encore, il atteint son apogée quand la douleur y arrive aussi. Car ce n’est pas aux premiers jours de la séparation qu’elle s’est révélée tout entière. ”
“ Quelques douleurs encor, puis la paix du cercueil. Ne me plains pas ; longtemps sur moi gronda l’orage. Mieux vaut dormir au port que trembler sur l’écueil. Eh quoi ! vivre et mourir sans révéler mon âme ! De ma pensée ardente éteindre le flambeau ! Un jour, elle demande à la poésie une consolation toute-puissante et rêve la gloire. Puis, tout aussitôt, soit dédain, soit découragement, soit qu’elle se sente faite pour aimer les autres plus qu’elle-même, elle repousse cette bouffée d’ambition. Fille du ciel, brillante poésie Enlève-moi sur ton aile de feu ! ”
“ C’était de ceux-là seulement que Michel était fier, car aucun homme n’a moins joui de la fortune au point de vue matériel. Il vivait simplement, sobrement, et ne se reposait de ses rudes travaux qu’en lisant un livre ou écoutant une pièce de théâtre. Il était amoureux des arts, épris de musique et de peinture, il était partout où se produit l’essor d’un talent quelconque, même dans des spécialités étrangères à son industrie. Il sentait que tout se tient dans le domaine de l’intelligence et il s’intéressait à tous les genres d’éclosion, à toutes les tentatives de développement. ”
“ Ce n’est pas le génie ferme et sobre de Gotthelf, mais c’est la grâce plus moderne et la description plus complète des hommes et des choses. Si c’est la peinture d’une Helvétie dégénérée à quelques égards, comme le dit l’auteur en maint endroit, c’est encore une Suisse si aimable, si belle et si curieuse, qu’on voudrait, je ne dis pas y vivre, — ce n’est pas quand la France a tant de maux à réparer qu’on peut songer à être heureux loin d’elle, — mais lire souvent ses romanciers, ses historiens et ses poëtes. ”
“ Le temps est un grand législateur ; mais il faut le suivre, l’aider, le pressentir, au besoin le pousser. Si nous le voulons bien tous, si nous ne nous arrêtons pas aux chimères, ici le retour au passé, là l’anticipation sur l’avenir, la prédiction de cet éloquent Junius se verra réalisée, et la France, après les grandes douleurs de l’enfantement, après les grandes épreuves de l’initiation, aura la joie des grandes créations et la gloire des vrais triomphes. ”
“ Tout le monde sait le rôle que joue la spathe, cette longue enveloppe foliacée qui sert à protéger les ombelles naissantes de l’angélique et des plantes de cette tribu. C’est ce qu’on est convenu d’appeler une prévision de la nature, n’en déplaise à ceux qui lui refusent toute prévision et toute conscience d’elle-même. La spathe se déchire ou se déroule juste au moment où la fleur a besoin de dépouiller ce lange solide et frais, qui dès lors se retire en se contractant, se sèche ou se roule, et parfois tombe tout à fait. ”
“ Nous sommes sur le haut des ruines de Saint-Chartier. — Pourquoi non ? dit Duteil, tout est illusion dans la vie, et l’imagination peut nous promener aussi commodément là qu’ailleurs. Encore un quart d’heure de marche et de causerie, lorsque je pris les devants, me fiant à l’instinct de ma Colette plus qu’aux notions de mes amis. La bonne créature s’arrêta, et, par un mouvement que je connaissais bien, me demanda la permission de boire. — Qu’y a-t-il ? cria Duteil. — Il y a, lui dis-je, que nous sommes dans la rivière. Reste à savoir si c’est l’Indre, la Vauvre ou la Couarde. ”
“ L’Auvergne n’est pas une petite Suisse, comme nous le disons quelquefois, pensant lui faire honneur. L’Auvergne est l’Auvergne, avec sa grande signification géologique comme Alpe centrale et puissant relief aux doux escaliers. On les gravit sans fatigue et sans vertige, sans songer à la conquête d’une région supérieure, mais avec l’intérêt de bonnes gens montant au faîte de leur maison pour contempler leur jardin. ”
“ Où sans effroi je passe et mes nuits et mes jours, Car, pour me protéger contre tout être hostile. Quelque chose de lui sur moi plane toujours. En vain, au sombre appel de la cloche vibrante. Ils me l’ont pris gisant sous le plomb du cercueil ; En vain, environné d’une foule pleurante, De son doux ermitage il a franchi le seuil ; Il n’est pas tout entier là-bas, sous cette pierre. Il est ici Il me l’avait promis à cette heure suprême Où l’âme voit au loin l’avenir dévoilé. ”
“ J’ai parlé, dans l’Histoire de ma vie, de ce grand-oncle qu’on appelait encore, dans mon enfance, l’abbé de Beaumont, bien qu’il se fût volontairement sécularisé, et qui, depuis la Révolution, signait Godefroid de Beaumont-Bouillon, bien qu’il n’eût jamais été légitimé. C’était une figure intéressante, une de ces aventureuses destinées qui, en subissant le contre-coup des révolutions, marquent d’une façon invraisemblable et romanesque les époques de transition entre une société qui finit et une société qui se reconstitue sous l’empire de l’imprévu. ”
“ Des terres ! avoir des terres ! voilà leur rêve à tous, et voilà pourquoi ils se privent de tout. Et la terre est là pourtant, qui leur dit : « Je suis précieuse et bonne, parce que la vie est en moi. Mettez une poignée de moi dans un pot et semez-y quelques petites graines de réséda ou de violettes, je vous ferai pousser de quoi vous enivrer des plus doux parfums. » Quant à nous, chère amie, vivons pour vivre et réjouissons-nous dans tout ce qui vit, comme nous nous amusons de tout ce qui n’est pas la mort. ”
“ Oui, tu es une sotte, Perrette ! une prude qui monte sur ses grands chevaux et qui fait d’une plaisanterie une grosse affaire. La preuve que je ne te faisais pas de conditions, c’est que je consens à ce que tu désires, et que je ne prétends pas à ta reconnaissance. Je te donnerai du temps, mais tu paieras l’intérêt ? PERRETTE. En argent, oui, monsieur ! CROCHARD. Est-ce que je te demande autre chose ? Tu n’es pas déjà si belle ! (À part.) Si, elle est belle, mais l’argent est plus beau que tout. (Il va pour sortir à droite et trouve Pierrot sur le seuil.) ”
“ MADELON. Oh ! moi, je ne suis pas madame et ne le serai jamais. PERRETTE, posant son pot au lait sur la table. Bah ! qui sait ? un bourgeois peut bien épouser sa gouvernante, ça s’est vu ! MADELON. J’ai affaire à un maître trop difficile à contenter. Un gourmand... ça n’est pas un mal, un cordon bleu aime à être apprécié ; mais celui-là, s’il a de bons moments, il a encore plus de caprices : il demande des choses impossibles, et, avec ça, monsieur ne veut pas payer le prix des choses. Il épluche les notes, faut voir ! PERRETTE. Il est chiche. ”
Termes fréquents
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