Résumé

Portrait de Georges Goyau Georges Goyau L’École primaire et le patriotisme

Jusqu’à M. Payot, leur fatuité n’avait que des raisons politiques ; elle en a, désormais, de philosophiques. M. Payot, en les rendant pacifistes, les a élevés dans l’échelle des hommes. Mais la France, elle, à l’école de ces « surhommes » primaires, que deviendra-t-elle dans l’échelle des nations ?
La patrie, pour M. Payot, est surtout un capital d’idées : l’idéal patriotique, c’est « le droit d’être un homme libre, de garder intacte la dignité de citoyen, de ne prélever sur le travail que l’impôt consenti. » Voilà, pour lui, le genre de patriotisme qui convient à la France moderne.
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Mais cet acte de préférence, qui peut lui coûter la vie, de quel droit le lui demandera-t-on si, dans l’école, on lui a laissé entendre, ou même formellement soutenu, qu’il est naïf ou stupide de préférer cette patrie même aux autres pays ? Si l’instituteur qui fait œuvre de parti divise contre elle-même l’enfance nationale ; si l’instituteur qui s’oppose à l’officier divise contre lui-même l’organisme national, l’instituteur qui conteste la supériorité de sa patrie amène cette patrie à douter d’elle-même.
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Si M. Bebel a raison lorsqu’il affirme que, « dans un peuple opprimé, les oppositions de classes, les luttes de classes, ont une expression atténuée, » n’est-il pas de l’intérêt même des classes éprises de révolution, d’empêcher que la France tombe sous un joug étranger ? Si l’on peut espérer que la France, apôtre née du progrès, devienne une messagère du socialisme, n’est-il pas de l’intérêt même de cette doctrine, d’empêcher, avec le concours des bras socialistes, que les assauts du militarisme étranger fassent péricliter la personnalité de la France ?
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