“ Je vois qu'il y a souvent, dans ses paysages, un parti-pris d'établir un premier plan d'arbres sombres qui fait éclore plus mystérieusement la lueur lointaine, — mais la nature donne ces effets, que l'artiste a le droit de préférer, de choisir, d'adopter. Je vois qu'il n'a essayé que rarement de pénétrer l'infinie coloration des ombres, se refusant délibérément aux effets de clarté solaire, et qu'il a accepté, sur ce point, lui qui discernait si finement, la vision de son temps, — mais comme il s'est affranchi du paysage historique dans ses études de figures et de paysages d'après nature ! ”
Gustave Geffroy
Résumé
Corot, écrit par Gustave Geffroy, est une étude approfondie de la vie et de l'œuvre du peintre Jean-Baptiste-Camille Corot, célèbre pour ses paysages poétiques et son rapport singulier à la nature. L'ouvrage examine ses méthodes, ses sources d'inspiration, ainsi que son rôle dans la révolution artistique de 1830, en mettant en lumière ses représentations de la campagne française, ses étangs de Ville-d'Avray et ses déplacements en Italie.
À travers des extraits et des réflexions sur son style, Geffroy met en évidence la façon dont Corot, malgré une apparence "maladroite", a su transformer la peinture de paysage en une expression de mélancolie et de grâce, exerçant une influence sur des contemporains tels que Théophile Gautier.
Citations de Corot (Gustave Geffroy)
“ Son exquis génie local a pénétré au profond toutes les choses qui l'entourent. Il est le peintre nuancé, délicieux, de la campagne que nous habitons. Des étangs de Ville-d'Avray aux lisières des bois de l'Artois, il parcourt, au matin et au soir, les paysages délicats et beaux du septentrion de la France. Il sait tous les sentiers, tous les chemins, toutes les routes. Il contourne les basses collines, il rôde autour des forêts, s'avance aux clairières. Partout où il y a une source qui éclaire de son cristal la terre brune et la sombre verdure, il vient regarder et noter le reflet du ciel. ”
“ Même le paysage où se tient la femme nue étendue au premier plan, même le groupe d'un silène et de nymphes aperçu au loin, ne détruisent pas cette impression. On croirait volontiers à un groupe de théâtre et à un décor, mais l'admirable peintre fait tout à coup passer un souffle de nature à travers sa composition. Les terrains ondulent, les fleurs étoilent le gazon, les feuilles des arbres frémissent dans l'air, et l'on oublie la méthode en vertu de laquelle une étude de nu peinte à l'atelier a été réunie à ce paysage frissonnant de lumière. ”
