J. Barbey d'Aurevilly

Résumé

J. Barbey d'Aurevilly Les diaboliques

Nulle larme ne jaillit de mes yeux. Je restai muette et rigide, dans un état sans nom d’horreur, d’où je ne sortis que par un déchirement de tout mon être. Je sentis qu’on m’ouvrait la poitrine et qu’on m’en arrachait le cœur. Hélas ! ce n’était pas à moi qu’on l’arrachait : c’était à Esteban, à ce cadavre d’Esteban qui gisait à mes pieds, étranglé, la poitrine fendue, fouillée, comme un sac, par les mains de ces monstres ! J’avais ressenti, tant j’étais par l’amour devenue lui, ce qu’aurait senti Esteban s’il avait été vivant.
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J. Barbey d'Aurevilly Les diaboliques

Je croyais qu’il dormait, et il ne dormait pas, et il était frappé comme moi de l’air qu’avait cette fenêtre ; mais, plus avancé que moi, il savait, lui, pourquoi il l’était !
Or, le ton qu’il mit à dire cela — une chose d’une telle simplicité ! — était si peu dans la voix de mondit vicomte de Brassard et m’étonna si fort, que je voulus avoir le cœur net de la curiosité qui me prit tout à coup de voir son visage, et que je fis partir une allumette comme si j’avais voulu allumer mon cigare. L’éclair bleuâtre de l’allumette coupa l’obscurité.
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J. Barbey d'Aurevilly Les diaboliques

M. Reniant n’a pas fait là une chose si crâne pour que, toi, tu puisses tant l’admirer ! S’il avait cru que c’était Dieu, le Dieu vivant, le Dieu vengeur qu’il jetait aux porcs, au risque de la foudre sur le coup ou de l’enfer, sûrement, pour plus tard, il y aurait eu là du moins de la bravoure, du mépris de plus que la mort, puisque Dieu, s’il est, peut éterniser ta torture. Il y aurait eu là une crânerie, folle, sans doute, mais enfin une crânerie à tenter un crâne aussi crâne que toi ! Mais la chose n’a pas cette beauté-là, mon cher. M. Reniant ne croyait pas que ces hosties fussent Dieu.
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