“ S’il part, c’est que bien différente de ce qu’elle était naguère, elle ne ressent plus pour lui que de la haine. Sébille proteste énergiquement, mais en vain : il est vrai qu’elle ne songe pas à l’amour et qu’elle s’en remet du soin de fixer sa destinée au roi et à la reine. Ses excuses n’apaisent point Sagremor : haï de celle qu’il aime, il doit la fuir. Il lui demande néanmoins de vouloir bien se souvenir parfois du jeune chevalier errant qui entreprend de courir le monde en quête de gloire, portant en l’honneur d’elle sur son bouclier une dame vêtue de bleu. ”
Résumé
“Méliador”, est une œuvre de Jean Froissart. Des thèmes tels que Méliador, Florée ou Hermondine y sont abordés.
Citations de Méliador (Jean Froissart)
“ Tout en reconnaissant le mérite de son adorateur, la fille du duc de Cornouailles répond qu’elle ne peut accorder son amour à un chevalier dont elle ignore l’origine et le nom : elle le presse donc de se nommer. Agamanor objecte en vain l’incognito que doivent garder les chevaliers de la quête. « Je vois bien », lui dit Phénonée, « que vos paroles sont menteuses. C’est pour une autre que vous soupirez ; c’est pour la princesse d’Écosse que vous avez quitté votre demeure et que vous avez décoré votre bouclier d’une dame blanche ; c’est son amour qui vous fit triompher devant Tarbonne ! » ”
“ Sagremor jouit de la faveur d’Artus et passe gaîment son temps, tantôt auprès du roi, tantôt auprès de la reine. Une très jeune damoiselle, Sébille, l’héritière de Montmille en Northumberland, captive bientôt le cœur du prince d’Irlande qui se hasarde un jour à lui dire son amour et ne réussit qu’à effrayer et à rendre plus circonspecte la naïve enfant qui jusque là s’ébattait en toute innocence avec lui. Frappé du changement que présente désormais l’humeur du nouveau chevalier et ne pouvant lui en faire avouer la cause, Dagor lui reproche son inaction et le presse de courir les aventures. ”
“ Alors que les fêtes se terminaient par un dîner d’adieu, arrivent les six chevaliers envoyés par le roi d’Écosse, accompagnés d’un héraut sur le bouclier duquel est représentée une dame vêtue de bleu et portant couronne d’or en tête, image de la belle Hermondine. Le héraut proclame la quête et en fait connaître les conditions : elle aura pour juges douze guerriers nommés, moitié par le roi Hermond, moitié par le roi Artus ; tout chevalier qui y prendra part ne devra emmener avec lui qu’un seul écuyer et il lui est interdit de faire connaître son nom. ”
“ Après avoir éveillé Méliador par le chant d’un rondeau, elle lui dit l’histoire de Camel et l’origine de la quête : il devra donc, ou se mesurer avec le seigneur de Camois, ou lui abandonner ses armes et s’engager à ne plus jamais penser à la princesse d’Écosse. La jalousie mord Méliador au cœur : il s’informe si ce Camel, qui lui semble un amant favorisé, a paru au tournoi de la Garde et se dit fort heureux d’avoir à combattre avec un guerrier aussi renommé. Il accompagne donc à Montgriès Florée, qui, à sa targe, le reconnait enfin pour le chevalier au Soleil d’Or. ”
“ Agamanor se défend du mieux qu’il peut : si, en courant les aventures, il a d’abord songé à Hermondine qu’il connaît seulement de réputation, Phénonée a changé le cours de ses idées, car l’amour qu’inspire la vue d’une belle personne est bien plus fort que l’amour résultant d’une grande renommée. D’ailleurs la princesse d’Écosse épousera le plus preux chevalier de la quête, et il ne saurait prétendre au premier rang. ”
“ Le seigneur de Camois, qui a eu un moment l’idée de fuir, se ravise et tente de frapper Méliador au cœur à l’aide de sa targe ; mais le chevalier au Soleil d’Or pare le coup et lui enfonce l’épée dans la gorge. Camel n’est point le seul dont l’amour ait causé la mort : le poète rappelle le souvenir de quelques-unes des plus fameuses parmi les victimes de ce sentiment. À la vue du cadavre de Camel, Florée sent que désormais elle peut vivre en paix, et elle le fait transporter à Camois. ”
“ Le vainqueur se tient à l’une des portes de la chambre où vient d’être proclamé le résultat et, lorsque passe Florée, il la prie à voix basse de ne point oublier le chevalier qui la délivra de Camel ; mais cet appel n’attire pas sur lui l’attention de la damoiselle qui, le prenant pour un valet, passe en lui répondant assez négligemment. Croyant alors qu’on le méprise, il se désespère. Mais ses paroles reviennent à l’esprit de Florée, qui prétexte une indisposition subite pour prendre congé d’Hermondine et quitter la fête : elle espère bien avoir de la sorte quelque nouvelle de Méliador. ”
“ Pendant que Méliador poursuivait son chemin au pays d’Irlande, son attention est attirée par une damoiselle qui chevauchait accompagnée d’un nain, chantant un rondeau et précédant de peu un chevalier irlandais, Carentron, son ami. Malgré l’avis qu’il reçoit de la belle voyageuse, Méliador s’arrête pour lui adresser une question et se voit bientôt défié par Carentron, fort ému de voir sa mie en compagnie d’un étranger. Quoique l’Irlandais fût un très vaillant guerrier, il n’en est pas moins contraint de se rendre à merci et promet à son vainqueur d’aller conter son aventure au roi Artus. ”
“ Wenceslas a rendu de plus signalés services aux lettres françaises de son époque par les encouragements qu’il prodigua si noblement à Froissart durant plus de seize années. C’est en 1366, peu de temps après son premier voyage que le clerc de la reine Philippe de Hainaut, alors âgé de vingt-neuf ans, paraît pour la première fois à la cour du duc et de la duchesse de Brabant, où les poètes et les artistes étaient toujours assurés d’un bon accueil à Bruxelles, ce rendez-vous de « compaignie douce et courtoises gens [6] ». ”
“ C’est aussi l’amour d’Hermondine qui avait porte Gratien à quitter l’Italie, sa patrie, pour courir le monde, en compagnie de son valet Manessier. Chevauchant un jour dans une forêt, son attention est éveillée par les cris plaintifs d’une damoiselle nommée Florée, que le félon chevalier Bégot, venait d’enlever à la maison paternelle. Il prend la défense de la jeune fille et force le traître à demander merci. Ce Bégot s’étant précédemment mesuré avec Méliador, avait failli à la promesse d’aller à Carlion rendre compte du combat dans lequel il avait eu le dessous. ”
“ Lucienne estime que ce tableau qui retrace des souvenirs chers à sa cousine, a été exécuté sur l’ordre du Chevalier Rouge, instruit sans doute de l’inclination de Phénonée et désireux d’apporter un remède au mal dont elle souffre ; elle pense en outre qu’il convient de faire une enquête. Valienne, la chambrière, est mandée à cet effet : on la questionne sur l’attitude du peintre à son départ, et, de sa réponse, Lucienne conclut que l’artiste est, soit un gentilhomme, soit un fou, et qu’il faudra l’étudier attentivement lors de sa prochaine visite. ”
“ Il lui offre tout d’abord, à titre d’étrenne, l’anneau qu’il tient de Florée : il a grand besoin de vendre, dit-il, et cédera sa marchandise à bon compte. Hermondine retient tout l’assortiment et elle en distribue une partie à ses demoiselles : pendant ce temps, Méliador contemple à loisir la dame de ses pensées. Après avoir dîné en compagnie des suivantes d’Hermondine, il reçoit l’argent qui lui est dû pour les joyaux et quitte le château avec moins de plaisir qu’il n’y était entré, regrettant surtout que la princesse ignore les dangers qu’il a courus pour l’amour d’elle. ”
“ Les deux rois et leur suite de retour à Monchus, le prix du tournoi est adjugé au chevalier du Soleil d’Or et l’on s’informe de son logis. Le roi de Bretagne va l’y chercher en compagnie du roi Hermont et de tous les chevaliers, et l’on reconnaît alors dans le triomphateur le fils du duc de Cornouailles, Méliador, que l’on amène en grande pompe à la demeure royale. Hermondine accepte pour époux le vaillant homme qui, pour l’amour d’elle, a souffert tant de fatigues depuis cinq ans. Comme la veille, on termine la journée par un souper général, des danses et des chants ”
“ Ainsi, Jacques d’Armagnac ne se recommande pas seulement à l’attention des savants par « le goût éclairé qu’il manifesta toute sa vie pour les arts, sa passion pour les beaux manuscrits, l’aisance avec laquelle il avait appris à exprimer sa pensée [10] », il devra figurer un jour dans l’Histoire littéraire de la France comme l’auteur d’un livre inspiré par les romans de la Table Ronde et qui est de nature à lui assurer une place honorable parmi les prosateurs du xve siècle. ”
“ Le Chevalier Rouge raconte alors comment, dès son jeune âge, il s’est occupé de peinture, grâce au voisinage des artistes qui ont décoré le manoir paternel ; il dit aussi la part qu’il a prise à la quête instituée pour l’amour d’Hermondine. Arrivant au récit des fêtes de Tarbonne, il s’étend complaisamment sur le rôle qu’y joua la fille du duc de Cornouailles et, en témoignage de sa véracité, il répète les deux rondeaux qu’il a retenus pour les avoir ouï chanter par Phénonée. ”
“ Le jour suivant, le fils du duc de Cornouailles, se mesurant avec un chevalier irlandais nommé Dagor, déclare à son adversaire qu’il n’a point rencontré jusqu’ici un aussi vaillant guerrier. Dagor lui apprend que, pour empêcher plus sûrement son fils de prendre part à la quête dont Hermondine sera le prix, le roi d’Irlande fait garder soigneusement tous les passages de son royaume. Une telle mesure surprend beaucoup Méliador : il pense que le roi d’Irlande doit y renoncer et laisser son fils suivre en toute liberté l’inclination qu’il peut avoir pour les armes. ”
“ En dépit de l’apparence, le troisième argument de M. Kittredge n’est pas plus solide que les autres, car, dans l’énumération que renferme le Joli buisson de jonece, Froissart a certainement voulu parler, non point de toutes ses œuvres rimées, mais seulement des « traités amoureux et de moralité », c’est-à-dire des seules compositions métriques que Froissart rangeât d’ordinaire en son bagage poétique et dont la réunion constitue précisément les deux recueils de poésies de notre auteur que la Bibliothèque nationale conserve sous les nos 830 et 831 du fonds français [7] . ”
“ En composant un roman de chevalerie qu’il rattachait au cycle de la Table Ronde, Froissart devait nécessairement y introduire les personnages, essentiels dans un roman de ce genre, du roi Artus, de la reine Genièvre et de Keu le sénéchal ; mais, à l’exception de Sagremor, aucun des personnages qui jouent un rôle un peu important dans son poème ne figurait dans les romans français. Est-ce à dire que Froissart ait composé de toutes pièces le Meliador et qu’on ne saurait trouver en ce livre aucun élément traditionnel [1] ? Ce n’est pas notre avis. ”
“ Mais il se rattache plutôt au nom bien connu Meriadoc, en bas breton Meriadec. Si l’on considère, en effet, qu’un roman du moyen âge composé en Angleterre ou au pays de Galles raconte les exploits d’un prince appelé Meriadoc qui finit par ceindre la couronne royale à Snowdon [21] , on sera assez porté à voir en lui le prototype du Méliador de Froissart, qui, par son mariage avec la fille du roi d’Écosse, régna dans cette même ville [22] . De même que la plupart des romanciers du moyen âge finissant, Froissart aime à parer les personnages créés par lui de noms sonores. ”
“ Méliador, demeuré à la cour du roi de Bretagne, décide qu’il participera à la quête. Pour se différencier des autres prétendants, il portera comme signe distinctif des parures bleues en l’honneur d’Hermondine et ornera son bouclier d’un soleil d’or. Il s’ouvre de son dessein à Lansonnet qu’il a choisi pour écuyer et le charge de faire préparer son équipement, à Carlion, tandis qu’il retournera passer quelques jours à Tarbonne. Lorsque tout est prêt, il quitte cette ville, sans prendre congé de sa famille et court les aventures. ”
“ Ce n’est pas assez pour lui d’emprunter Sagremor aux poèmes de la Table Ronde, il lui faut aussi Agamanor, Aganor, Albanor, Dagor, Lucanor, et il trouve que celui qui les surpasse tous en valeur ne doit pas avoir un nom moins brillant. ”
“ Toujours prêts à défendre l’innocence opprimée en la personne d’une jeune et belle héritière, ils se montrent après la victoire d’un absolu désintéressement et n’imposent jamais au vaincu qu’un seul engagement : celui de ne plus combattre avant d’avoir fait, à la cour du roi Artus, le récit public de sa défaite. ”
“ Froissart prend plaisir, dans ses chroniques, à citer cette luxueuse résidence où Wenceslas et Jeanne recevaient les princes étrangers « grandement et liement en disners, en soupers, en reviaus et en esbatemens ; car bien faire le savoient [7] ». On y voyait souvent « grosse feste de joutes et de behourt » où toute la noblesse des Pays-Bas était assemblée [8] . Le 15 avril 1366, Froissart reçut une somme de six moutons sur la cassette de la duchesse [9] . ”
“ Il avait pour père Jean de Luxembourg, roi de Bohême, cet ami de la France qui, durant trente ans, eut au nombre de ses serviteurs le meilleur poète français de son temps, Guillaume de Machaut, et qui périt glorieusement, en 1346, à la bataille de Crécy, dans les rangs de l’armée française ”
“ L’oncle est vaincu comme l’avait été le neveu, et le chevalier au Soleil d’Or lui ordonne de déposer les armes à Carmelin avant de partir pour Carlion où il devra faire au roi Artus le récit de ce nouveau combat. Méliador n’est point seul alors à parcourir la Grande Bretagne quérant les aventures, d’autres chevaliers se sont mis en route dès la première année de la quête, cherchant les combats et la gloire. Plus de vingt-quatre chevaliers, ou même plus de deux cent quarante, brûlent de se mesurer avec lui, chacun d’eux voulant surpasser les autres en prouesse et en renommée (v. 4466) . ”
“ À cela je réponds que, si j’ai interprété les paroles du chroniqueur dans le sens que l’on sait, j’y ai été amené par la force des choses, c’est-à-dire par l’indéniable allusion à Meliador contenue en un poème du même Froissart, le Paradis d’amour, que M. Kittredge lui-même, contrairement à l’opinion communément admise en Angleterre, reconnaît avoir été écrit en 1369 au plus tard [2] . J’ajouterai que, dans mon sentiment, l’insertion de l’œuvre poétique tout entière de Wenceslas dans le Meliador nécessitait un remaniement général qui faisait en quelque sorte de ce roman une œuvre nouvelle. ”
“ Qu’il nous soit donc permis toutefois de constater qu’en deux cas au moins, Froissart a simplement désigné des chevaliers qu’il faisait contemporains du roi Artus par des noms empruntés aux guerriers anglais de son temps. Avant de paraître dans le roman de Meliador, Housagre et Dagoriset avaient figuré dans le premier livre des Chroniques [24] . Le fait est assez curieux pour qu’on le relève et le procédé méritait d’être signalé. Le temps et la place nous manquent pour apprécier en lui-même le poème de Froissart et nous n’en dirons que peu de mots. Ce n’est point assurément un chef-d’œuvre ”
“ Un certain nombre d’exemplaires de l’Armorial de la Table Ronde le présentent sous une forme abrégée, offrant une série de blasons figurés, avec description des dits blasons et l’indication des personnages auxquels ils étaient censés avoir appartenu. Mais en cinq manuscrits de la Bibliothèque nationale, cet armorial figure comme l’une des parties d’un livre sur les tournois de la Table Ronde, qui est l’œuvre d’un contemporain du roi René, et dont voici l’épître liminaire. ”
“ Quant des tres bons il est tout le millour. 10220 Bien le poet dire par tout, seürement, Car en li est honneur et courtoisie Et toute grasce si enterinement Qu’il ne poroit penser a villonnie, Et, pour ce, chier tenir le doy. 10225 Car se je l’aim loyaument, et il moy, Avoir n’i puis blasme ne deshonnour, Quant des tres bons il est tout le millour. Amours m’a bien enrichi poissamment, Et souffissance et poissance la lie ”
“ Gratien, quittant le château et recevant de la jeune fille un annelet, se déclare à tout jamais son chevalier et lui dit son intention de participer au tournoi de la Garde. Le lendemain même, il trouve une nouvelle occasion de se signaler en attaquant et en tuant un ours qui menaçait la vie d’une autre damoiselle, la sœur d’un jeune chevalier de la quête, Clarin, gravement blessé dans une rencontre avec Camel. ”
“ La composition d’un roman de 34000 vers, dit-il, exige non seulement beaucoup de temps, mais aussi quelque lecture. Je ne le méconnais point, mais ici encore le raisonnement de M. Kittredge ne me semble pas absolument probant. Et puis, contrairement à ce que pense mon adversaire, je persiste à croire que le poème publié par moi constitue la seconde rédaction de Meliador et qu’en sa forme première cet ouvrage était sensiblement moins étendu [4] . ”
“ Messire Pierre de Berne a d’usaige que de nuit, en son dormant, il se resveille et se arme, et trait son espée, et se combat et ne scet a qui, voire, se l’on n’est moult soingneux de le garder ; mais ses chambrelens et ses varlets qui dorment en sa chambre et qui le veillent, quant ils le voyent ou oyent lever, ils lui vont au devant et l’esveillent, et luy disent comment il se maintient, et il leur respond qu’il n’en scet riens et qu’ils mentent. ”
Termes fréquents
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