Jeanne-Marie Leprince de Beaumont

Jeanne-Marie Leprince de Beaumont

Résumé

Portrait de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont Jeanne-Marie Leprince de Beaumont Contes moraux pour l’instruction de la jeunesse

Monsieur, dit-elle à Ingénu, si ce que vous me dites est vrai, vous irez trouver ma mère, qui est une bergère ; elle demeure dans cette petite maison que vous voyez tout là-bas : si elle veut bien que vous soyez mon mari, je le voudrai bien aussi ; car elle est si sage et si raisonnable, que je ne lui désobéis jamais.
— Ma belle fille, reprit Ingénu, j’irai de tout mon cœur vous demander à votre mère ; mais je ne voudrais pas vous épouser malgré vous : si elle consent que vous soyez ma femme, cela peut-être vous donnera du chagrin, et j’aimerais mieux mourir, que de vous causer de la peine.
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Mascave et Rannée ne purent s’empêcher de donner des larmes à cette infortunée. Voilà, dit Clio, en s’adressant à la princesse, le sort qui vous était préparé par Alecto. La nature n’avait mis aucune différence entre vous et cette fille infortunée. L’éducation, l’amour ont rectifié votre cœur, et y ont fait naître cette vertu qui vous rend aujourd’hui un père, une mère, un trône et un époux. N’oubliez jamais combien vous lui êtes redevable, et que votre fidélité envers elle assure pour jamais la félicité que vous tenez d’elle.
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C’était une passion vicieuse, parce que la fausse Rannée n’avait rien qui pût entretenir un amour vertueux. Quand le sentiment qu’on nomme tendresse est poussé jusques-là, il cache à la vérité les défauts de l’objet aimé ; mais il ne les cache que superficiellement : l’estime s’anéantit faute d’aliment, et le fait d’une manière si imperceptible, que celui chez lequel elle meurt, est long-tems sans s’en apercevoir. Les inégalités de la fausse Rannée parurent alors aux yeux de Mascave pour vivacité, et l’égalité d’humeur de la vraie Rannée, pour indolence.
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