Ludovic Carrau

Résumé

Ludovic Carrau Revue des Deux Mondes

Et, au fond, Épicure n’avait-il pas raison ? L’essentiel n’est-il pas de retrancher de la divinité tout ce qui la déshonore : haine, jalousie, colère, caprices ; et quant à ses perfections, chacun ne les imagine-t-il pas, qu’il le veuille ou non, selon le degré de culture intellectuelle, esthétique, morale, auquel il est parvenu ? En sorte que, pratiquement, un Dieu à forme humaine et qui parle grec, mais ne fait de mal à personne, sera un meilleur idéal pour la conscience religieuse qu’un Dieu pur esprit, mais avide de vengeance et altéré de supplices ?
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Ludovic Carrau Revue des Deux Mondes

Les âmes des bêtes sont, pour Platon, des âmes humaines dégradées et punies ; l’âme humaine est elle-même une émanation de l’âme du monde, seule parfaitement sage et parfaitement bonne. La pensée, la sensibilité, la vie, s’expliquent ainsi, aux différens échelons de la hiérarchie des êtres, par la déchéance d’un seul et même principe. C’est le progrès à rebours ; c’est la méconnaissance complète de la marche suivie par la nature ; c’est précisément l’inverse de la méthode adoptée par Aristote dans sa belle théorie de l’âme.
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Ludovic Carrau Revue des Deux Mondes

On a dit quelquefois que le fou est un homme qui se trompe, d’où il résulterait que la fausseté d’esprit et l’erreur ne diffèrent point essentiellement de la folie. À ce compte, tous les hommes, ou peut s’en faut, seraient fous, car, si j’en crois les auteurs de la Logique de Port-Royal, « on ne rencontre partout que des esprits faux, qui n’ont presque aucun discernement de la vérité ; » et quant à l’erreur, elle est l’universelle condition de l’humaine nature. Mais l’erreur de l’esprit faux, comme celle de l’esprit ordinairement juste, a un tout autre caractère que celle du fou.
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