“ C’est-à-dire l’État rivé à l’Église, l’Église rivée à l’État, et tous deux s’entendant pour étouffer la liberté de conscience. L’établissement d’une religion d’État veut dire invariablement persécution des religions dissidentes. ”
Religion d'État
Définition et enjeux
Citations sur “religion d'État”
F. Brunetière,
Revue des Deux Mondes
“ Mais donnons-leur surtout une « religion d’Etat, » c’est-à-dire une religion dont l’Etat soit le maître ; une religion dont il s’attribue le droit et la charge de diriger lui-même l’enseignement ; une religion dont les prêtres soient des « fonctionnaires » ; et une religion au moyen de laquelle on refasse « l’unité morale » de la patrie divisée, à peu près comme nos Codes ont fait son « unité juridique. » ”
O'Nelly, Pape et Rois, lettre à Mgr Dupanloup au sujet de la convention du 15 septembre et de l'encyclique du 8 décembre… (1865)
“ Qu'y aurait-il d'étonnant de voir dans les mêmes lieux, chez le même peuple, un pouvoir civil et un pouvoir religieux complétement indépendants l'un de l'autre, quoique liés entre eux par une religion d'État? Le premier dirigeant toutes les institutions civiles et politiques, tout le temporel; le second régnant sur les choses spirituelles, répandant autour de lui les maximes et les dogmes de la foi, et dirigeant de son siège apostolique l'humanité tout entière dans les voies de la sagesse et de la justice divines? ”
Justification et réhabilitation du parti socialiste et fusion des partis… (1850)
“ C'est tout le monde ; ainsi, en détruisant l'État, en décidant qu'il n'y a plus de religion d'État, vous décidez que tous n'ont plus de religion; en d'autres termes, vous décidez que chacun est libre d'avoir ses croyances, sa religion, sa manière d'être enfin. ”
É. Lamy, Revue des Deux Mondes
“ I. Il y a une théorie classique de la séparation : elle règne dans les livres et dans les discours. A les croire, tout régime a des institutions nécessaires. Sous l’ancien régime, l’autorité religieuse sacrait le pouvoir politique, et le pouvoir politique maintenait l’unité des croyances religieuses : de cette alliance entre la royauté et l’église était née la religion d’état. Mais la conquête la plus précieuse du monde moderne est d’avoir enlevé à l’état et restitué à la raison de chacun le droit de fixer ce que l’homme doit penser ou croire. ”
Guillaume Véran, La légitimité devant le catholicisme (1880)
“ Dans les temps troublés que nous traversons, on a beaucoup parlé de séparer la Religion de la politique, l'Eglise de l'Etat, comme s'il était possible à un Etat , à un peuple de vivre sans religion et sans Dieu, comme si la politique POUVAIT ÊTRE SÉPARÉE DE LA MORALE dont la religion est la basse nécessaire. ”
Hippolyte Rigault,
Conversations littéraires et morales
(1859)
“ Si vous objectez que l'État n'a pas à considérer la vérité des cultes, on vous répondra que le gouvernement, s'étant identifié avec la religion, doit considérer toute opposition à la religion « comme une opposition déguisée à sa propre autorité. » ”
Auguste Nicolas,
L'État sans Dieu mal social de la France
(1872)
“ Est-ce à dire, cependant, que le Christ et son Eglise aient une juridiction immédiate et directe sur le temporel, comme on dit, des États? Est-ce à dire que l'Evangile soit la loi civile des nations?—Nullement. —C'est là une autre erreur qui n'est pas moins condamnable que la première. Les royaumes et les nations sont de l'ordre de la nature ; l'Evangile est de l'ordre de la grâce : et ces deux ordres diffèrent infiniment. La société humaine se meut dans sa sphère : sphère de liberté et de responsabilité. La religion se meut dans la sienne : sphère de grâce et de salut. ”
Louis des Lys, Le Comte de Chambord
“ Pleine liberté de l’Église dans les choses spirituelles, indépendance souveraine de l’État dans les choses temporelles, parfait accord de l’un et de l’autre dans les questions mixtes, tels sont les principes qui, au sein des sociétés chrétiennes, doivent, aujourd’hui plus que jamais, régler les rapports des deux puissances pour le bien de la religion et le bonheur des peuples. ”
Pierre-Joseph Proudhon,
Les Confessions d’un révolutionnaire
“ De même que la Religion, le Gouvernement est une manifestation de la spontanéité sociale, une préparation de l’Humanité à un état supérieur. Ce que l’Humanité cherche dans la Religion et qu’elle appelle Dieu, c’est elle-même. ”
F. Daburon, Lettre sur l'état présent et sur l'avenir de la France… (1839)
“ Ah ! que cet ensemble, si admirablement coordonné, se modifie lui-même, selon ses propres lois et dans le cercle de ses pouvoirs, toute la chrétienté se réjouira, et, à ces signes de vie, reconnaîtra l'impérissable Eglise (1) . Mais qu'un gouvernement, de froids politiques, portent la main sur les choses sacrées; qu'ils réforment, élaguent, mutilent ; les croyans, le peuple, les gens sensés ne verront plus dans ce qui restera la vraie religion. Qu'est-ce donc qu'une vérité qu'on fait, qu'on change et qu'on refait? Qu'est-ce qu'une religion que des hommes perfectionnent? ”
Paul Ribot, Du rôle social des idées chrétiennes… (1879)
“ Mais cependant combien est puissante l'influence de l'Église! L'organisation de la société est toute chrétienne, la religion catholique est la religion officielle de l'État, le clergé est un des trois ordres de la nation au même titre que la noblesse et le tiers état; il a sa place dans les états généraux, il donne son avis sur la direction même de la société et sur le gouvernement. ”
Friedrich Nietzsche,
Humain, trop humain
“ Religion et gouvernement. — Tant que l’État, ou, plus clairement, le gouvernement se sent établi tuteur au profit d’une masse mineure et se pose, à cause d’elle, la question de savoir si la religion est à maintenir ou à mettre de côté : il est extrêmement probable qu’il se déterminera toujours pour le maintien de la religion. ”
Étude d'histoire politique royale en France (1848)
“ Et ici s'offre la question morale la plus agitée des temps modernes; celle du droit de la Religion dans la politique. On ne dit pas que la Religion doive être bannie du sein de la société; ce serait proclamer l'état sauvage. On dit qu'elle sera mise en dehors de l'État, ou bien que l'État sera civilement et politiquement sans Religion. Question épineuse , complexe, effrayante ! L'État sera sans Religion ! ces mots même étonnent et troublent la raison de l'homme. C'est, dit-on, que dans la situation présente des moeurs et des idées, l'État ne peut avoir une religion définie. ”
André Marie Jean Jacques Dupin,
Manuel du droit public ecclésiastique français…
(1844)
“ Si la religion est utile et nécessaire à l'Etat, ces établissements sont nécessaires à la religion. Comment pourrait-elle subsister si on ne lui ménageait pas les moyens de perpétuer la succession de ses ministres ? En donnant à ceux qui se destinent à la cléricature la facilité de s'instruire, vous les préparez à être aussi bons citoyens que pasteurs vertueux et aimables, vous écartez d'avance la superstition et le fanatisme qui sont le produit ordinaire de l'ignorance. Achevez donc, citoyens législateurs, le grand ouvrage du rétablissement du culte ”
Jean-Baptiste Richard, Enrichissement de la langue française… (1842)
“ Loin d'être principe, lien de société, action politique, loin d'être priorée; dans tout état une religion ne doit être que secondariée, rester secondarité et doit toujours être placée sous l'autorité et l'action du pouvoir politique et civil. ”
François-Joseph Rouillot, Études sociales. Première série… (1881)
“ La religion est beaucoup plus nécessaire dans la république que dans la monarchie, et dans les républiques démocratiques que dans les autres. Pour faire un peuple libre, commencez par faire un peuple religieux... ”
Tounissoux, Question sociale et bourgeoisie… (1883)
“ Par foi religieuse, entendons-nous attachement à une religion quelconque plus ou moins compliquée de pratiques superstitieuses? Voulons-nous dire tout simplement que les chefs d'état de tous les temps et de tous les pays ont proclamé une religion indispensable au maintien de leurs prérogatives, au respect des lois d'obéissance et de résignation ? ”
Friedrich-Albert Lange,
Histoire du matérialisme
“ Les chefs d’une république ou d’un royaume doivent maintenir debout les piliers de la religion de l’État ; en agissant ainsi, ils conserveront aisément leur pays religieux et par suite vertueux et uni. ”
Michel Bakounine,
Dieu et l’État
“ Il n’est pas, il ne peut exister d’État sans religion. Prenez les Etats les plus libres du monde, les Etats-Unis d’Amérique ou la Confédération Suisse, par exemple, et voyez quel rôle important y remplit, dans tous les discours officiels, la divine Providence, cette sanction supérieure de tous les Etats. ”
Édélestand Du Méril, Revue des Deux Mondes
“ Chacun voulut avoir des dieux reconnus, par sa conscience, qui ne fussent pas seulement dans l’Olympe.public, et s’en créa pour son usage qu’il dota d’attributs selon son bon plaisir. A la vérité, la religion de l’état, servait encore de fonds commun à toutes les croyances individuelles, mais ce droit de s’arranger un dogme à sa guise la rendait par le fait une hypothèse politique, aussi peu respectée que les autres vérités légales écrites dans la constitution. ”
Romain Rolland,
La Foire sur la place
“ Leur vie repose sur des croyances religieuses, ou morales, ou sociales, ou purement pratiques, — (croyance à leur métier, à leur travail, à l’utilité de leur rôle dans la vie) , — auxquelles ils ne croient pas, au fond. Mais ils ne veulent pas le savoir : car ils ont besoin, pour vivre, de ce semblant de foi, — de cette « religion d’État », dont chacun est le prêtre. ”
F. Daburon, Lettre sur l'état présent et sur l'avenir de la France… (1839)
“ Et, pour revenir à mon sujet, nous, les premiers du pays, nous sommes , cela est certain , vides de croyances religieuses le peuple est vide de croyances religieuses. Mais nous disons : Il faut de la religion au peuple; ainsi parlent gouvernement, grands de l'état, fonctionnaires, bourgeois; ainsi répètent le marchand, l'ouvrier, le rustre penché sur ses guérets , le mendiant dans la rue; mais personne ne veut être peuple, et la religion n'entre au coeur de personne (2) . ”
Pierre-Félix Écalle, M. l'abbé Boigegrain et les origines de la congrégation de la Providence de Troyes (1896)
“ Toute religion sera de même tolérée et protégée par le gouvernement ; mais la religion catholique a fait assez de sacrifices pour être la principale, et avoir des ministres salariés par l'État. Je vous invite donc à vous séparer et à donner vos démissions. ”
François Le Prevost d'Exmes, Réflexions sur le systême des nouveaux philosophes… (1761)
“ Ne peuvent-ils écrire, sans - chercher à anéantir une Religion qui est le soutien de l'Etat ? N'est-ce pas la Religion qui empêche le Peuple de se livrer aux murmures Se aux séditions dans des temps critiques & malheureux ? N'est-ce pas la Religion qui le soutient dans ses travaux & dans ses peines ? N'est-ce pas la Religion qui lui défend de jetter un regard curieux & criminel sur la conduite de son Souverain ? ”
Auguste Nicolas,
L'état contre Dieu : la révolution dénoncée par elle-même
(1879)
“ Mais aujourd'hui, il est clair aux yeux de tous, par les entreprises de la Révolution et leurs effets, que la religion n'est pas seulement dans ses sanctuaires, mais qu'elle est aussi à nos foyers, dans nos moeurs, dans nos institutions, dans nos lois, dans nos droits, clans nos libertés, dans nos intérêts temporels ”
“ Néanmoins on brûlera quiconque ne sera pas de la société de Jésus, qui est la religion de l’État.ART. 7.—Les ministres de la religion catholique percevront la dîme de tous les biens des laïques; les prêtres de toute autre religion mourront de faim.ART. 8.—Les Français ont le droit de faire imprimer et de publier leurs opinions, pourvu qu’ils n’écrivent que la vie des saints et le panégyrique de saint Louis, pour l’histoire; des cantiques et des noëls pour la poésie; l’éloge du gouvernement, des ministres et des jésuites, ou des invectives contre les libéraux. ”
Auguste Nicolas,
L'État sans Dieu mal social de la France
(1872)
“ Comment! le petit gouvernement de l'individu et de la famille se ressent en bien ou en mal de la religion; il est tout autre selon que la religion v préside ou y est étrangère, et le grand gouvernement de ces mêmes individus et familles pourra n'en tenir nul compte, sans que ses actes qui les ont pour objet s'en ressentent! ”
Léonce Roumain de La Rallaye, Le Libéralisme jugé par "la Civilta cattolica"… (1864)
“ Il y en a deux : ou la volonté de puissants souverains, ou l'autorité de lois justes. Ceux d'entre nous qui préfèrent les garanties du côté des souverains, soutiennent la doctrine de la religion d'État, c'est-à-dire un système grâce auquel l'État a presque partout réussi à enchaîner la religion sous prétexte de la protéger. Au contraire, ceux d'entre nous qui préfèrent la garantie des lois, soutiennent 80 LES PRINCIPES DE 89. ”
Louis Rosand, Notice historique sur M. Mérilhou… (1846)
“ Ainsi, tout en proclamant la » religion catholique religion de l'Etat, tout en » respectant ses dogmes et honorant sa morale, » on régla les rapports du culte avec l'autorité » séculière, d'après des bases plus conformes au » génie des lois nouvelles...» Plus loin, l'orateur établissait la distinction des croyances qui appartiennent au for intérieur, et des pratiques extérieures qui tombent sous la juridiction temporelle. « Considérée comme croyance, la religion » échappe à l'autorité des lois, à la volonté des » despotes. ”
Marcus Allart, A propos de la lettre du Prince impérial à M. Raoul Duval… (1875)
“ Vous savez bien nous dire, EN PAROLES !!! que les pays, qui acceptent les doctrines du Syllabus.., sont destinés à périr ! Soit... et vous... PENSEZ-vous DONC VIVRE, en vous contentant de sembler respecter toujours, de partager toujours la religion d'un pouvoir à l'infaillibilité duquel vous ne croyez pas plus, en-religion, qu'en politique ?? Vous savez tous que pour le libre jeu des institutions représentatives, pour lé libre gouvernement du pays par le pays, il faut que la politique, aussi bien que la religion, soient dans les mains de l'Etat !.. ”
F. Riou, Considérations sur l'état politique et moral de la France… (1834)
“ En vertu encore des hauts enseignements de la religion , les peuples demeurent soumis au pouvoir, assurés qu'ils sont, d'obéir par là-même à Dieu, dont ils révèrent limage dans le roi ou le premier magistrat. ”
Benjamin Constant,
Œuvres politiques
“ Il en est de la religion comme des grandes routes ; j’aime que l’État les entretienne, pourvu qu’il laisse à chacun le droit de préférer les sentiers. ”
Denis Diderot,
La Religieuse
(1796)
“ Il me semble pourtant que, dans un État bien gouverné, ce devrait être le contraire : entrer difficilement en religion, et en sortir facilement. ”
Friedrich Nietzsche,
Humain, trop humain
“ l’intérêt du gouvernement tutélaire et l’intérêt de la religion marchent la main dans la main, en sorte que si celle-ci commence à périr, le fondement de l’État sera aussi ébranlé. La croyance à un ordre divin des choses politiques, à un mystère dans l’existence-de l’État, est d’origine religieuse : la religion disparaît-elle, l’État perdra inévitablement son antique voile d’Isis et n’éveillera plus le respect. La souveraineté du peuple, vue de près, servira à faire évanouir jusqu’à la magie et la superstition dernière dans le domaine de ces sentiments ; ”
Eugène Duclerc, Droit public. De la Régence, définition… (1842)
“ La religion d'un Etat est une partie intégraute de sa politique ; elle influe particulièrement sur sa politique extérieure; car — 97 — de l'identité de la foi religieuse résulte souvent l'identité des affections et des intérêts. — Mais nous traitons des idées générales ; ceci peut ressembler à une réflexion de circonstance : nous n'insistons pas. Quant aux princes du sang, de leur exclusion et de leur admission résultent des inconvénients à peu près identiques. Sous l'ancienne monarchie, toutes les fois qu'on les a exclus, leur ambition mécontente a. ”
Auguste Nicolas,
L'État sans Dieu mal social de la France
(1872)
“ La Révolution ne connaît pas de religion : c'est la sécularisation complète de l'État, l'élimination MAL SOCIAL DE LA FRANCE. 59 systématique de l'élément religieux de toutes les institutions civiles, politiques, administratives, nationales et sociales. L'homme est chez lui. Dieu est exclu. L'État est théoriquement athée. ”
L.-P. Massip, Doctrine républicaine ou Principes naturels et économiques d'ontologie sociale (1871)
“ Et si la religion chrétienne et la monarchie ont été aussi impuissantes à nous défendre tous qu'à nous les conserver eux-mêmes, la religion de la patrie et la République nous les ramèneront, nous en sommes sûrs, en un jour bien prochain ! ”
Paul Buessard, Le Livre philodéonique, par M. Paul Buessard (1849)
“ La liberté religieuse, garantie par l'égalité des cultes, sans religion officielle, et salariée ni intervention de l'Etat, par le maintien de chacun dans sa sphere, et par la liberté de travailler ou de ne pas travailler le dimanche. La synthèse sociale, le criterium, se compose de trois problèmes,: 1° créer des centres moraux libres à une nation qui n'a plus la foi des religions officielles; 2° établir , organisation politique la plus favorable pour un peuple déclaré ingouvrnable, et un terrain de.garantie pour tous,qui fasse arriver, sans danger, unparti quelconque au pouvoir ”
Edouard Schuré,
Revue des Deux Mondes
“ Entre la politique et la religion, entre le pouvoir et la nation, seule la conscience de l’Éternel et du Divin peut joindre toutes les antithèses et apaiser toutes les haines dans l’unité de la patrie. ”
