“ Le Parisien se coucha à plat ventre et, se penchant au-dessus du gouffre, il appela d’une voix angoissée : — Capitaine !... Capitaine !... Mais l’écho seul lui répondit. — Oh ! rugit-il, en proie à une profonde douleur, mon pauvre capitaine est mort !... Valentin ne prononçait pas une parole. Pâle, les traits convulsés, il fixait un regard terrifié sur le gouffre. Alors, au milieu du silence funèbre qui emplissait la forêt, une voix appela : — À moi !... — Il vit ! s’écria le Parisien avec un bond de joie... Oh ! je le sauverai ! ”
Léon Ville
Résumé
Au Klondyke, de Léon Ville, est un récit d'aventure maritime et polaire qui suit les tribulations d'un équipage confronté à des conditions extrêmes. À travers les personnages de Vernier, Valentin, Loriot et le comte de Navailles, l'œuvre explore les thèmes de la survie, de l'amitié et des conflits humains dans un environnement hostile.
Les scènes de naufrage, de dégel et de solidarité en milieu isolé soulignent l'importance des liens entre les compagnons. Le texte, publié en 1888, s'inscrit dans la tradition des récits de voyage et de péril, marquant l'engagement des personnages face à l'adversité.
Citations de Au Klondyke (Léon Ville)
“ Cette lueur pâle, c’est la fin de l’hiver. Demain et les jours suivants elle grandira... Les glaces fondront, la mer sera libre ! À ces accents vibrants, chacun s’était soulevé et approché d’une fenêtre, hésitant à croire à tant de bonheur. Alors, comme si Dieu eût voulu confirmer les paroles de Vernier, des craquements se firent entendre. — C’est le dégel ! s’écria le capitaine. Allons, mes amis, du courage ! Ce n’est pas au moment d’être enfin sauvés que nous devons désespérer. — J’ai faim ! gémit le comte. — Tiens, mange ! lui dit son ami en tirant de sa poche un morceau de biscuit. ”
“ La faim, la soif, la fatigue, tout est oublié. On s’embrasse, on pleure, on rit ; des voix caverneuses commencent des refrains qu’elles n’achèvent point ; les mains se cherchent, se rencontrent, se serrent. Un matelot saute au cou du capitaine. Le maître d’équipage tire de son sifflet de manœuvre des sons aigus, et lorsqu’il l’écarte de ses lèvres, c’est pour crier : — Largue le grand hunier, la grande voile, la misaine et la brigantine ! La barre à tribord, et profitons du vent ! Vernier adresse au ciel une prière d’actions de grâces. Son visage est empreint d’une joie intense. ”
