Résumé

Portrait de Marc Monnier Marc Monnier Guillaume Tell et les trois Suisses…

Jean de Müller n’a qu’un orage, Schiller en a deux ; le poète, plus libre que l’historien, peut tout dire. Il n’a jamais vu les Alpes, ou du moins il ne les a vues que par les yeux de sa femme et de Gœthe, son ami ; mais il les a étudiées de loin, ardemment rêvées ; il les dresse dans les nuages, non-seulement comme un décor de théâtre, mais comme un temple et une forteresse, une acropole de la liberté. Là-haut, pas de servitude ; les bœufs même du Melchthal mugissent et donnent des coups de corne quand on veut les ravir.
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Il ne s’agit pas ici de gestes fabuleux multipliés et grossis d’abord par la fantaisie populaire, adoptés ensuite successivement par la poésie, la chronique et l’histoire, arrangés ainsi peu à peu, adoucis, atténués, réduits de jour en jour, à mesure que diminue la crédulité générale et que grandit l’esprit critique ennemi des héros. Non-seulement ce n’est pas cela, mais c’est tout le contraire. Il s’agit d’un groupe d’anecdotes qui tout à coup, un beau jour, plus d’un siècle et demi après l’époque où elles auraient dû arriver, sortent toutes faites du cerveau d’un homme.
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Dès lors et de génération en génération, de chronique en chronique, d’histoire en histoire, ces anecdotes, au lieu d’être amoindries, sont accrues, développées, embellies jusqu’au moment où elles prennent leur forme définitive dans le drame de Schiller. La poésie ici n’est donc pas le commencement, c’est le couronnement de la légende. Guillaume Tell finit par devenir le héros d’une idylle tragique ; il se transfigure dans une ascension suprême où il disparaît.
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