“ Te voici détaché de l’arbre de la vie ; Tout ce qui n’est pas Dieu, c’est le mal. Ne peux-tu, Par l’extase, monter plus haut que la vertu ? Quand donc seras-tu las de mourir et de naître ? Salomon, une voix crie au fond de ton être. L’Éternel te réserve un plus rare trésor Que le glaive de l’ange et le bouclier d’or. Viens, échappe aux clameurs stridentes de la lutte ! Celui qui chérissait ton âme avant la chute Ne fêtera-t-il pas le moment du retour ? Va te perdre à jamais dans les flots de l’Amour !IAKÎN ET BOAZ Que dis-tu maintenant, toi qui croyais comprendre ? ”
Résumé
Les Symboles, poésie de Maurice Bouchor, est un recueil qui explore les thèmes de l’amour, des croyances religieuses et des dieux, mêlant images célestes, terrestres et mythologiques.
À travers des vers richement symboliques, l’œuvre interroge l’âme, la nature et l’harmonie divine, comme en témoignent les références à Zeus, Bacchos ou les figures bibliques. Les vers révèlent une quête spirituelle, où le cœur humain dialogue avec le cosmos, dans une langue poétique dense et métaphorique.
Citations de Les Symboles (Maurice Bouchor)
“ J’entends encor les flots chanter sur ton rivage, O terre où le désir inquiet m’entraîna, Et toi, vivace fleur des jungles, lan’tana, Tu me poursuis toujours de ton parfum sauvage. Mais il n’est plus pour moi d’embrassement divin, Plus d’immortel baiser. Je vois ma petitesse ; Je m’éveille, accablé d’une lourde tristesse, Après avoir dormi dans les vapeurs du vin. Ah ! réveille-toi, fuis cette âpre solitude ! Possède un cœur de femme, un cœur comme le tien, Si tu veux que l’amour soit ton souverain bien, Ton infini, ton ciel et ta béatitude. ”
“ Il remplit l’univers : comment donc mourrait-il, Le vieux Frêne, l’aïeul vénérable, Yggdrasil ? Et, tant qu’il survivra, quel péril nous menace ? N’importe. L’ennemi dont la haine tenace M’a frappé dans mon cœur de père est toujours là : Enchaîné, mais terrible. Apparais donc, Vala, Sombre vierge, gardienne affreuse des demeures Où Balder, mon enfant, compte les tristes heures !... Ah ! la voici couchée en travers du chemin. Un dogue monstrueux, rouge de sang humain, Hurle après moi. J’enfonce en un fleuve de boue... Allons, réveille-toi ! faut-il qu’on te secoue, Femme ? ”
“ Mais plus d’astres au ciel... Le beau lac endormi Murmure ; l’air frissonne, et l’Orient rougeoie. Exaltons, par un chant de triomphe et de joie, Le trésor, le soutien, le refuge, l’ami ! Je ne t’enseigne plus de subtiles doctrines : C’est mon cœur qui déborde... O Brahm, vivante loi ! Toi seul tu te connais ; la vérité, c’est toi ; La science est le souffle ardent de tes narines. Mes yeux t’ont vu passer comme un terrible éclair. Plus petit qu’un atome et plus grand que le monde, Seul, tu vis. C’est par toi que la terre est féconde. ”
“ O mon âme, sens-tu renaître ta puissance ? Vois : le calme soleil a fécondé le sol. La nuit rêve et s’oublie au chant du rossignol ; Elle a donné pourtant à la terre épuisée, Chaque soir, le repos et la fraîche rosée. Aussi, comme elle est drue et haute, la moisson ! Seras-tu digne, un jour, d’entonner sa chanson ? La Nature au travail de l’homme s’est unie Pour une œuvre de paix, de force et d’harmonie. Que l’air libre des champs retrempe ta vigueur ! Méprise une stérile et coupable langueur. Aime, puisque l’amour te brûle et te pénètre ”
“ Et je viens pour servir mon bien aimé seigneur.ADAM Assieds-toi, chère femme. Un tranquille bonheur, Quand je te vois, s’épand jusqu’au fond de mon être. Je veux rompre mon pain avec toi. Le seul Maître Est Celui qui créa l’épouse pour l’époux, Si douce qu’il n’est rien, sous le ciel, de si doux. Dieu m’a pétri d’argile ; et toi, ma bien aimée, C’est de ma propre chair que ses mains t’ont formée ! Voyant que j’étais seul, il tira du limon Des animaux sans nombre ; et je donnai leur nom Aux mille oiseaux du ciel comme aux bêtes sauvages. ”
“ As-tu quitté le Ciel d’où le remords m’exile, Toi dont l’âme suave est faite de musique ? Oui, je t’ai vue, aux jours de pureté sereine, Déployer l’or vivant des riches harmonies ; J’ai vu tes belles mains, tes nobles mains de reine, Interroger un orgue aux splendeurs infinies... Les fleurs avaient tissé nos tuniques de gloire ; L’amour ne m’était pas une cruelle angoisse ; Près de toi j’ignorais la flamme expiatoire, La tendresse qui saigne et qu’un sourire froisse. J’aimais à suivre, sur le diamant des touches, Tes doigts qui donneraient une âme aux choses mortes ”
“ Le doux fils et l’époux d’Istar, comme il entrait. Dans l’ombre d’une froide et lugubre forêt, S’est affaissé sur l’herbe avec, un faible râle Et les eaux de la mort ont baigné son corps pâle. Allat, en son palais d’où nul n’est revenu, Contemple sans pitié l’enfant débile et nu. Impuissante à l’amour, elle garde sa proie ; Et, sûre qu’à présent Istar n’a plus de joie, Elle savoure avec un sourire cruel Les larmes de sa sœur lumineuse du ciel. La voix du bien aimé, l’amère et tendre plainte Vient d’arracher Istar de sa demeure sainte ”
“ Son cœur s’épanouit lorsqu’il voit flamboyer Le soleil ou le feu paisible du foyer.ODIN Tu parles aussi bien que ma prudente épouse. Elle est d’une âpre humeur, rigide, et fort jalouse ; Mais Vegtam ne s’en est jamais inquiété. J’ai voyagé longtemps et j’ai beaucoup tenté : Qui m’en blâmera ? L’homme oisif et sédentaire Ne sait pas arracher aux êtres leur mystère. Il languit dans le monde et ne le comprend pas. Il ne sent point frémir la terre sous ses pas ; La mer n’a pas chanté pour lui ! l’ennui le ronge, Et, n’ayant rien à dire, il tisse le mensonge.VALA Ah ! ”
“ Va dételer nos bœufs ; donne-leur la pâture, Femme, et que jusqu’à l’aube ils dorment comme nous. Moi, je courbe la tête et fléchis les genoux... Accepte, Eternel Dieu que bénissent les anges, De moi, comme de tous, un tribut de louanges ! Tu n’es point sourd aux cris des aigles affamés, Père, et, donnant la force aux grains que j’ai semés, Tu fais sortir un pain nourrissant de la terre. Tu m’as dévoilé, Maître, un merveilleux mystère : Je fais jaillir la flamme, habile à se cacher Dans le bois sec ou dans les éclats du rocher. La puissance du fer un jour m’est apparue ”
“ Dieux qu’enivre Soma, donnez-nous par milliers Des boucs et des taureaux et des ânes robustes. Soma brûle nos cœurs ; c’est un dieu que Soma. Il répandra la joie en nos âmes guerrières Jusqu’au jour où nos pieds, que sa force anima, Fouleront tristement le chemin d’Yama... Oh ! longtemps puisse-t-il écouter nos prières ! A notre seul bonheur Indra fut destiné, Lui qui se mêle à tout et remplit l’étendue. O roi, viens saluer Agni, le nouveau-né ! Montre-nous au réveil, dieu juste et fortuné, L’amour qu’a le pasteur pour sa brebis perdue. ”
“ Seigneur ! la fille de Juda Vit son voile arraché par un roi sacrilège. Ta pieuse maison, que la myrrhe et le nard Embaumaient dans un temps prospère, Pour l’onagre fut un repaire, Ton saint temple abrita les petits du renard ! Nous, misérable essaim, nous quittâmes la ruche. Ce fut l’exil. Un autre ciel, Loin de Juda, loin d’Israël, Nous entendit longtemps gémir comme l’autruche. Mais lui, ton serviteur, n’élevait point la voix ; Pour nous le juste fut sans blâme. Il ne souffrit qu’au fond de l’âme. Nos péchés, sans rien dire, il en porta le poids. ”
“ Risquer tous leurs trésors pour l’amour d’une reine. Il se peut qu’une fée aux noirs cheveux s’éprenne D’un prince ou d’un vaillant. Alors femmes et dieux, Déesses et mortels, par couples radieux Sans se lasser jamais courent le vaste monde. Ces âmes-là s’en vont dans une paix profonde, Invisibles pour mieux savourer leur amour, Ou changeant, s’il leur plaît, de forme chaque jour. Et j’en ai vu souvent qui murmuraient entre elles, Cygnes au col de neige ou roses tourterelles, Oiseaux divins au clair de lune voltigeant, Liés par un joug d’or ou des chaînes d’argent. ”
“ Les astres marchent-ils sans ordre et sans mesure ? Le soleil vous a-t-il trompés ? L’Éternel Dieu prit soin de vous pétrir lui-même Avec l’argile du potier. Qu’il vous fît beaux et grands, et d’un visage altier ! Il n’est rien dans le monde entier Qui porte mieux le sceau de l’Ouvrier suprême. Dieu, lorsqu’Adam fut né, rassembla les Esprits Formés depuis longtemps de feu pur sans fumée. « Adorez-le ! » dit-il à cette immense armée. Les anges, pleins de joie et doucement surpris, Ayant admiré la stature De la puissante créature, Poussèrent jusqu’au ciel de victorieux cris. ”
“ Je célébrais la Terre en de vagues chansons. L’amour, plus d’une fois, m’a consumé de fièvres ; Et, cherchant mon bonheur, hors de moi n’aimant rien, Poète sans fierté, j’ai profané mes lèvres Qui n’auraient jamais dû s’ouvrir que pour le bien. Mais soit. Si maintenant la nature m’enivre, Je glorifie aussi le travail. Chaque jour, L’homme doit féconder le sol qui le fait vivre ; Et c’est pourquoi la Terre a mon profond amour. Si je me réjouis que la grâce fleurisse, De beaux yeux n’auront plus mon âme, fussent-ils Ceux d’une virginale et sainte Béatrice ”
“ Par toi la vie humaine est en exemple aux hommes. Tu nourris dans les cœurs le feu d’un noble amour. Parfois, prophétisant l’aurore d’un grand jour, Tu sais venger le droit par une âpre satire ; Et ton âme s’exalte en rêvant au martyre... Puissé-je m’approcher de ce haut idéal, Moi qui dans ma jeunesse, insoucieux du mal, Évitant la mêlée où l’effort est trop rude, N’ai cherché que l’amour, l’ombre et la solitude. Et je pourrai mourir. Que l’oubli soit vainqueur ; Que le fruit de ma vie, oui, l’œuvre de mon cœur, Si l’avenir le veut ainsi, s’anéantisse ”
“ Cette extase du cœur, sans souillure ni blâme, L’avenir lumineux qui déjà me sourit, Le choix libre et sacré d’une âme par une âme, Ah ! tout cela n’est-il qu’un songe de l’esprit ? J’exècre dans l’amour les brutales ivresses ; Mais qui m’emportera vers de chastes sommets ? Est-il de saints baisers, de divines caresses. Une étreinte sublime et qui dure à jamais ? Ce matin, respirant la vie universelle, J’ai senti mon cœur battre et bouillonner mon sang ; Suis-je pur de désir, lorsque j’évoque celle Dont je voudrais baiser le voile frémissant ? ”
“ Au cœur du peuple juif — mon peuple — j’ai soufflé La plus âpre fureur. Mes mains ont affilé La lance qui devait percer le Fils de l’Homme, Car c’est ainsi que, plein de lui-même, il se nomme. J’ai préparé sa croix avec un soin jaloux ; Pour ses mains et ses pieds, seul, j’ai forgé les clous ; Et j’ai mêlé moi-même — Enfer, je m’en fais gloire ! — Le vinaigre et le fiel qu’on lui tendit à boire. Sa mort est mon ouvrage, entends-tu ? Maintenant, Tâche de bien garder ce rabbi surprenant, Qui, dans le fond du cœur, te chérit comme il m’aime.. ”
“ Je citerai Jocelyn, l’œuvre, à mon avis, la plus inspirée de ce siècle où l’inspiration fut si abondante. Mais interdire à la poésie de franchir les limites de notre âge, ce serait étaler un bien excessif amour de nous-mêmes et un dédain par trop ridicule de ceux qui vinrent avant nous. Rien n’est plus vivant que l’histoire des hommes, surtout lorsqu’un poète s’en empare, et, avec des éléments qu’il combine ou transforme comme il lui plaît, compose de merveilleux types où l’humanité pourra se reconnaître ; ce qui faisait dire au sage Aristote que la poésie est plus vraie que l’histoire. ”
“ Israël, de nouveau, dut baisser les paupières ; Car, afin d’accomplir les ordres les plus saints, Moïse, avant versé dans de larges bassins Tout le sang des taureaux qui palpitaient encore, Découvrit son visage et, d’une voix sonore, Cria devant le peuple entier qui l’entendit : « Je vous ai rapporté tout ce que Dieu m’a dit. Il veillera sur vous, et vous serez sa chose. Jurez donc d’observer la Loi qu’il vous impose, A vous comme à tous ceux qui viendront après vous. Sachez que votre Dieu, peuple, est un Dieu jaloux. » Ils dirent : « Nous jurons. » ”
“ Le long du seigle mûr, à l’ombre d’un pommier, Qu’un jour tu me rendrais tendresse pour tendresse. Je bénissais un mal qui m’enivrait de toi ; Dans mes yeux, tu l’as dit, resplendissait ma foi. » « Tu m’appelais ta vie et l’âme de ton âme, Reprend avec lenteur l’ange plus gracieux ; Mais moi, que tourmentait la vision des Cieux, J’ai voulu t’arracher au sombre lac de flamme. Je t’aimais, ô mon frère, et je t’ai fait souffrir, Afin que notre amour pût librement fleurir. » ”
“ Il va dans les marchés, sommeille, boit et mange ; Et, s’il n’écoute pas ce que lui dit un ange, Il trait lui-même ses brebis. « Que la foudre du ciel consume son offrande, S’il veut que notre foi dans ses rêves soit grande ! Que parle-t-il de nos péchés ? Mohammed comme nous est un homme, et rien autre. De quoi se mêle-t-il ? et d’où vient cet apôtre Qui n’a point de trésors cachés ? » O mon peuple ! il me fut interdit de me taire. Si les anges foulaient paisiblement la terre, Un ange t’aurait averti Mais Dieu ne m’entend pas dire des choses vaines ! ”
“ La morale toute simple, ne prenant son point d’appui que dans la conscience humaine et n’exigeant aucune sanction ultérieure, me paraît être ce qu’il y a de plus noble au monde. Mais je crois que la fin des religions offre un danger sérieux et que l’humanité a vu clair dans sa destinée avant d’être tout à fait virile. Je ne discuterai pas l’opinion de ceux qui accusent la religion de n’avoir été qu’une source de maux ; je les regarde comme des philosophes à trop courte vue. Nulle institution n’est parfaite. ”
“ Et qui dans le lac bleu vient goûter un sommeil Bercé par l’onde et le soleil. N’es-tu pas comme l’aigle aux ardentes prunelles Qui, baignée en un flot de clartés éternelles, Contemple impunément le triangle de feu ? Tu palpites aux pieds de Dieu. Mais, parce que ton cœur est toujours solitaire, Tu ne ressembles point aux oiseaux de la terre ; Tu ne saurais verser les trésors de ta foi Dans une âme digne de toi. Qui froissera jamais les roses de ta couche ? Qui pourrait, sans mourir, entendre de ta bouche La musique des lents et suaves aveux ? Qui baisera tes beaux cheveux ? ”
“ De son sein coulent à flots ; Leurs lentes métamorphoses Ne troublent pas son repos. Roi, la vie universelle De son large cœur ruisselle ! Il habite une cité Qui confond l’esprit de l’homme. Point de colère. Il se nomme La forte nécessité.IAKÎN ET BOAZ Une guerre implacable engendre l’harmonie. La foi du cœur résiste à la raison qui nie. Le temple du Seigneur a deux piliers d’airain : Qu’un seul manque, tout croule, et Jérusalem tremble. Iakîn et Boaz vous bénissent ensemble, Equilibre du monde, ô paix du ciel serein !IAKÎN Ecoute. ”
“ Nous écoutions, le soir, les hurlements des bêtes, Et, tristes, nous mangions des fruits amers... Mais Dieu, Prenant pitié de nous, me fit maître du feu. Je ne me sentis plus faible ni solitaire, Quand j’eus forgé le soc qui déchire la terre ; Et combien je bénis, après mes durs travaux, La première moisson qui tomba sous ma faux ! C’est l’œuvre de mes mains que chaque jour tu manges, Femme ; aussi je me sens presque l’égal des anges, Et j’ai reçu des biens qu’ils peuvent envier. ”
“ Le murmure des flots dans les grottes profondes, Le lac jailli du sol où dorment les héros, L’essor des grands vautours, la force des taureaux, Le sanglier vainqueur par ses broches sanglantes, Le fier saumon d’argent, la plus belle des plantes, Une larme splendide et pure du soleil, La forêt qui gazouille à l’heure du réveil, La grâce de la rose et de la fiancée, La vaillance du cœur, le feu de la pensée ! Tout ce que j’ai connu dans son être et sa loi, Il habite mon âme, il est devenu moi. C’est par ma volonté que le soleil se lève Et que mugit la mer ! La science est mon glaive. ”
“ Il faut ressusciter Sion, puisqu’elle est morte ! Le temps d’épreuve est accompli. La grâce, le repos, l’oubli, Voilà ce que le Dieu d’Israël vous apporte. Je brûle de compassion, Je sens presque en mon âme une douleur humaine Quand je tourne mes yeux vers le chemin qui mène À la montagne de Sion. C’est moi qui vous chassai d’une sainte patrie, Moi qui vous fis broyer du sable avec vos dents, Lorsque, ayant accompli ses actes impudents, Jérusalem devint une autre Samarie. Voici longtemps que sous le ciel de l’étranger Mon Israël respire un air lourd qui l’oppresse. ”
“ Et la Terre parut. Un être radieux Dans un flot de clarté volait au-dessus d elle ; Et c’était, traversant le gouffre d’un coup d’aile, L’Amour, le plus ancien et le plus beau des dieux. Loin de la Terre informe il montait sans vertiges, Ivre de sa pensée, ardent, libre, ébloui De la pure splendeur qui rayonnait de lui, Et sa fuite laissait de lumineux vestiges. Vierge et nu, possédant la parfaite beauté, Rien ne troublait encor son bonheur solitaire Tandis que bouillonnait le chaos de la Terre, Sans loi, sans harmonie, aveugle, illimité. ”
“ Ils nagent sur l’eau bleue au souffle qui les guide, Et brillent argentés d’une écume splendide. Regarde, ô chaste Amour ! les voici devenus Une blanche déesse, une vierge aux seins nus Qui, sur les flots charmés, s’avance vers Cythère. Elle aborde ; son pied me touche ; et moi, la Terre, Je frémis de garder l’empreinte de ses pas... Je me fais douce afin qu’elle ne saigne pas ; Une moisson de fleurs à son passage ondoie, Et mon âme déborde en un sanglot de joie ! Mes fauves animaux s’accouplent sur les monts. Tous, l’innombrable chœur des êtres, nous aimons ”
“ II On dit que les poètes se désintéressent de tout ce qui tient aujourd’hui au cœur des hommes, et on refuse de pénétrer dans le rêve où chacun d’eux paraît se complaire uniquement. Peut-être vaudrait-il mieux avouer que personne ne se soucie plus de la poésie. Le malheur est moindre, sans doute, que les poètes ne se l’imaginent. Si même il est aussi grand que nous voudrions le croire, ce n’est pas une raison pour tenter une défense de la poésie ; car tous les arguments du monde ne sauraient donner une autre âme à ceux que nos fictions n’émeuvent pas. ”
Termes fréquents
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