Maurice Masson

Résumé

Maurice Masson Revue des Deux Mondes

C’est que Mme de Tencin était très peu femme : Marivaux disait déjà que « son esprit n’avait pas de sexe, » façon galante d’insinuer qu’elle avait l’esprit masculin. Elle a attaqué la vie en homme, elle a senti comme bien peu la mâle volupté de l’effort, et il n’y a pas de femme peut-être qui ait plus souffert de n’être pas homme. Si elle a aimé son frère d’un amour si passionné, c’est que cette volonté molle n’était qu’un instrument dans ses mains, qu’elle s’était incarnée tout entière en lui, et qu’elle goûtait avec lui l’illusion de la lutte virile.
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Maurice Masson Revue des Deux Mondes

Sa tendresse pour Richelieu la soulage de sa haine contre Maurepas. Elle lui multiplie les protestations affectueuses : « Je vous dis tout ce que je pense... ; j’aime mon frère et ma sœur comme je vous aime, mais je ne les aime pas mieux... Vous ne connaissez pas encore mon cœur, et c’est là ce qui me fâche. Demandez-moi pardon, et dites-moi que c’est de bon cœur que vous m’aimez, et, ce qui est plus important, que vous êtes assuré que je vous aime et que ma confiance n’a et ne peut souffrir la moindre atteinte... On a toujours un ami dans le monde à qui on dit tout, et vous êtes cet ami. »
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Maurice Masson Revue des Deux Mondes

La plupart de ses amitiés, toutes ses galanteries semblent se succéder pour ainsi dire dans le silence de son cœur et même de ses sens : avoir un ami, c’est pour elle prendre un parti ; se donner un amant, c’est travailler à un dessein. Fontenelle n’a que « de la cervelle : » c’est un dilettante qui s’amuse avec les idées. Chez Mme de Tencin, tout est volonté : chaque désir tend impérieusement à sa réalisation, et les mouvemens de l’esprit s’achèvent en effort et en lutte. Plus qu’aucun homme, cette femme a eu soif de pouvoir, besoin de dominer
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