“ C’est pour Elle qu’il faut chérir mes ennemis, C’est par Elle que j’ai voué ce sacrifice, Et la douceur de cœur et le zèle au service, Comme je la priais, Elle les a permis. Et comme j’étais faible et bien méchant encore. Aux mains lâches, les yeux éblouis des chemins. Elle baissa mes yeux et me joignit les mains. Et m’enseigna les mots par lesquels on adore. C’est par Elle que j’ai voulu de ces chagrins, C’est pour Elle que j’ai mon cœur dans les cinq Plaies, Et tous ces bons efforts vers les croix et les claies, Comme je l’invoquais, Elle en ceignit mes reins. ”
Résumé
“Sagesse”, est une œuvre de Paul Verlaine. Des thèmes tels que paît, Hâtant ou contriste son frère y sont abordés.
Citations de Sagesse (Paul Verlaine)
“ Où mon cœur creusait son ensevelissement Et que je sens fluer à moi le firmament, Et je vous dis : de vous à moi quelle est la route ? Tendez-moi votre main, que je puisse lever Cette chair accroupie et cet esprit malade. Mais recevoir jamais la céleste accolade. Est-ce possible ? Un jour, pouvoir la retrouver Dans votre sein, sur votre cœur qui fut le nôtre, La place où reposa la tête de l’apôtre ?VII — Certes, si tu le veux mériter, mon fils, oui, Et voici. Laisse aller l’ignorance indécise De ton cœur vers les bras ouverts de mon Église, Comme la guêpe vole au lis épanoui. ”
“ La paix du cœur, l’amour d’être pauvre, et mes soirs Mystiques, quand l’esprit s’ouvre aux calmes espoirs Et croit boire, suivant ma promesse, au Calice Éternel, et qu’au ciel pieux la lune glisse, Et que sonnent les angélus roses et noirs, En attendant l’assomption dans ma lumière, L’éveil sans fin dans ma charité coutumière, La musique de mes louanges à jamais, Et l’extase perpétuelle et la science. ”
“ Et la blessure est encore vibrante, Ô mon Dieu, vous m’avez blessé d’amour ! Ô mon Dieu, votre crainte m’a frappé Et la brûlure est encor là qui tonne, Ô mon Dieu, votre crainte m’a frappé ! Ô mon Dieu, j’ai connu que tout est vil Et votre gloire en moi s’est installée, Ô mon Dieu, j’ai connu que tout est vil ! Noyez mon âme aux flots de votre Vin, Fondez ma vie au Pain de votre table, Noyez mon âme aux flots de votre Vin. Voici mon sang que je n’ai pas versé, Voici ma chair indigne de souffrance, Voici mon sang que je n’ai pas versé. ”
“ Cabré comme une chèvre, c’est le mot. Et votre bras, saignant jusqu’à l’aisselle, S’efforce en vain : fort comme Béhémot, Le monstre tire... et votre peur est telle Quand l’âne brait, que le voilà parti Qui par les dents vous boute cent ruades En forme de reproche bien senti... Courez après, frottant vos reins malades ! Ô Peuple, nous t’aimons immensément : N’es-tu donc pas la pauvre âme ignorante En proie à tout ce qui sait et qui ment ? N’es-tu donc pas l’immensité souffrante ? La charité nous fait chercher tes maux, La foi nous guide à travers tes ténèbres. ”
“ Beauté des femmes, leur faiblesse, et ces mains pâles Qui font souvent le bien et peuvent tout le mal. Et ces yeux, où plus rien ne reste d’animal Que juste assez pour dire : « assez » aux fureurs mâles Et toujours, maternelle endormeuse des râles, Même quand elle ment, cette voix ! Matinal Appel, ou chant bien doux à vêpre, ou frais signal, Ou beau sanglot qui va mourir au pli des châles... Hommes durs ! Vie atroce et laide d’ici-bas ! Ah ! que du moins, loin des baisers et des combats, Quelque chose demeure un peu sur la montagne, Quelque chose du cœur enfantin et subtil, Bonté, respect ! ”
“ Qu’en dis-tu, voyageur, des pays et des gares ? Du moins as-tu cueilli l’ennui, puisqu’il est mûr, Toi que voilà fumant de maussades cigares, Noir, projetant une ombre absurde sur le mur ? Tes yeux sont aussi morts depuis les aventures, Ta grimace est la même et ton deuil est pareil : Telle la lune vue à travers des mâtures, Telle la vieille mer sous le jeune soleil, Tel l’ancien cimetière aux tombes toujours neuves ! Mais voyons, et dis-nous les récits devinés, Ces désillusions pleurant le long des fleuves, Ces dégoûts comme autant de fades nouveau-nés, Ces femmes ! ”
“ « Telles, quand des brebis sortent d’un clos. C’est une, Puis deux, puis trois. Le reste est là, les yeux baissés, La tête à terre, et l’air des plus embarrassés, Faisant ce que fait leur chef de file : il s’arrête, Elles s’arrêtent tour à tour, posant leur tête Sur son dos, simplement et sans savoir pourquoi [1] . » Votre pasteur, à mes brebis, ce n’est pas moi, C’est un meilleur, un bien meilleur, qui sait les causes, Lui qui vous tint longtemps et si longtemps là closes, Mais qui vous délivra de sa main au temps vrai. ”
“ Sainte Thérèse veut que la Pauvreté soit La reine d’ici-bas, et littéralement ! Elle dit peu de mots de ce gouvernement Et ne s’arrête point aux détails de surcroit ; Mais le Point, à son sens, celui qu’il faut qu’on voie Et croie, est ceci dont elle la complimente : Le libre arbitre pèse, arguë et parlemente, Puis le pauvre-de-cœur décide et suit sa voie. Qui l’en empêchera ? ”
“ Hâtant le pas de peur qu’on ne lâche le chien, Et si tu n’entends pas rire, c’est encor bien. Malheureux, toi Français, toi Chrétien, quel dommage ! Mais tu vas, la pensée obscure de l’image D’un bonheur qu’il te faut immédiat, étant Athée (avec la foule !) et jaloux de l’instant, Tout appétit parmi ces appétits féroces, Épris de la fadaise actuelle, mots, noces Et festins, la « Science », et « l’esprit de Paris », Tu vas magnifiant ce par quoi tu péris, Imbécile ! et niant le soleil qui t’aveugle ! Tout ce que les temps ont de bête paît et beugle ”
“ J’aime tous et n’accuse aucun, Mon nom, seul, se nomme promesse, « Je suis l’unique hôte opportun, Je parle au Roi le vrai langage Du matin rose et du soir brun, « Je suis la Prière, et mon gage C’est ton vice en déroute au loin ; Ma condition : « Toi, sois sage. » ”
“ On contriste son frère, on l’afflige, on le blesse. On fait gronder sa haine ou pleurer sa faiblesse, Et c’est un crime affreux qui va troubler la paix Des simples, et donner au monde sa pâture, Scandale, cœurs perdus, gros mots et rire épais. Le plus souvent par un effet de la nature Des choses, ce péché trouve son châtiment Même ici-bas, féroce et long communément. Mais l’Amour tout-puissant donne à la créature Le sens de son malheur qui mène au repentir Par une route lente et haute, mais très sûre. ”
“ Qui palpite aux brises d’automne, Cache et montre au cœur qui s’étonne La vérité comme une étoile. Elle dit, la voix reconnue. Que la bonté c’est notre vie. Que de la haine et de l’envie Rien ne reste, la mort venue. ”
“ Quelqu’un en nous qui sent la paix immensément, Une candeur d’âme d’une fraîcheur délicieuse... Et voyez ! notre cœur qui saignait sous l’orgueil, Il flambe dans l’amour, et s’en va faire accueil À la vie, en faveur d’une mort précieuse ! ”
“ Pour les charbons ardents et l’encens rare, Voici mes mains qui n’ont pas travaillé. Voici mon cœur qui n’a battu qu’en vain, Pour palpiter aux ronces du Calvaire, Voici mon cœur qui n’a battu qu’en vain. ”
“ Elle suit la vague, ma pensée, À tous les vents du ciel balancée Et biaisant quand la marée oblique, Mouette à l’essor mélancolique. Ivre de soleil Et de liberté, Un instinct la guide à travers cette immensité. ”
“ La bonté, l’ordre et l’harmonie, Et sera doux, même aux méchants, Afin que leur mort soit bénie. Délicat et non exclusif, Il sera du jour où nous sommes : Son cœur, plutôt contemplatif, Pourtant saura l’œuvre des hommes. ”
“ D’amour par quoi je suis ta chair et ta raison, Et surtout reviens très souvent dans ma maison, Pour y participer au Vin qui désaltère. Au Pain sans qui la vie est une trahison, Pour y prier mon Père et supplier ma Mère Qu’il te soit accordé, dans l’exil de la terre, D’être l’agneau sans cris qui donne sa toison. ”
“ De tout appétit rêvé. Mais, puisque rien n’en demeure, J’ai dit un adieu léger À tout ce qui peut changer, Au plaisir, au bonheur même, Et même à tout ce que j’aime Hors de vous, mon doux Seigneur ! ”
“ La mort prend ton père et ta mère, Ton frère trahira son frère, Ta femme flaire un autre époux, Ton enfant, on te l’aliène, Ton peuple, il se pille ou s’enchaîne Et l’étranger y pond sa haine, Ta chair s’irrite et tourne obscène, Ton âme flue en rêves fous. ”
“ Fuis l’infâme. Ils ont lui tout le jour en longs grêlons de flamme, Battant toute vendange aux collines, couchant Toute moisson de la vallée, et ravageant Le ciel tout bleu, le ciel chanteur qui te réclame. ”
“ Les rêves un peu lourds du scrupule ennuyé, Et tout mon sang chrétien chanta la Chanson pure. J’entends encor, je vois encor ! Loi du devoir Si douce ! Enfin je sais ce qu’est entendre et voir, J’entends, je vois toujours ! Voix des bonnes pensées, Innocence, avenir ! Sage et silencieux. ”
“ Des portes ne tournant qu’à regret sur leurs gonds, Jalouses de garder l’honneur et la famille... Ici tout vit et meurt calme, rien ne fourmille, Le « Théâtre » fait four, et ce dieu des brouillons, Le « Journal », n’en est plus à compter ses bouillons, L’amour même prétend conserver ses noblesses Et le vice se gobe en de rares drôlesses. ”
“ Elle meurt dans un geste fou. Ce n’est plus qu’un marbre farouche Là transporté nul ne sait d’où !... La douleur chrétienne est immense. Elle, comme le cœur humain, Elle souffre, puis elle pense. ”
“ Moutonne à l’infini, mer Claire dans le brouillard clair Qui sent bon les jeunes baies. Des arbres et des moulins Sont légers sur le vert tendre Où vient s’ébattre et s’étendre L’agilité des poulains. ”
“ Voyageur si triste, Tu suis quelle piste ? C’est l’ivresse à mort, C’est la noire orgie, C’est l’amer effort De ton énergie Vers l’oubli dolent De la voix intime, C’est le seuil du crime, C’est l’essor sanglant. ”
“ Vous accueillez d’un geste exquis telles pensées Qui ne marchent qu’en ordre et font le moins de bruit. Votre main, toujours prête à la chute du fruit, patiente avec l’arbre et s’abstient de poussées. ”
“ Tu verras disparaître Tout aspect inclément De sa manière d’être, Avec l’éloignement. C’est le dépositaire Qui te garde un trésor D’amour et de mystère, Plus précieux que l’or, Plus sûr que rien sur terre ”
“ Un ou plusieurs ? Si oui, tant mieux ! Et pars bien vite En guerre, et bats d’estoc et de taille, sans choix Surtout, et mets ce masque indolent où s’abrite La haine inassouvie et repue à la fois... Il faut n’être pas dupe en ce farceur de monde Où le bonheur n’a rien d’exquis et d’alléchant S’il n’y frétille un peu de pervers et d’immonde, Et pour n’être pas dupe il faut être méchant. — Sagesse humaine, ah ! j’ai les yeux sur d’autres choses, Et parmi ce passé dont ta voix décrivait L’ennui, pour des conseils encore plus moroses, Je ne me souviens plus que du mal que j’ai fait. ”
“ La vague, et nous chante : « Vous sans espérance Mourez sans souffrance ! » Et puis sous les cieux Qui s’y rient plus clairs, Elle a des airs bleus, Rose, gris et verts. Plus belle que tous, Meilleure que nous ! ”
“ La route est bonne et la mort est au bout, Oui, garde toute espérance surtout, La mort là-bas te dresse un lit de joie. Et fais-toi doux de toute la douceur. La vie est laide, encore c’est ta sœur. ”
“ Et l’enfant qu’il vous prend des bras, — et racheté Nos crimes par vos larmes ! Proscrits des jours, vainqueurs des temps, non point adieu, Vous êtes l’espérance. À tantôt, Pères saints, qui nous vaudrez de Dieu Le salut pour la France ! ”
“ Parfums, couleurs, systèmes, lois ! Les mots ont peur comme des poules. La Chair sanglote sur la croix. Pied, c’est du rêve que tu foules, Et partout ricane la voix, La voix tentatrice des foules. ”
“ La « grande ville ». Un tas criard de pierres blanches Où rage le soleil comme en pays conquis. Tous les vices ont leur tanière, les exquis Et les hideux, dans ce désert de pierres blanches. Des odeurs ! Des bruits vains ! ”
“ Ce monde est si mauvais, notre pauvre patrie Va sous tant de ténèbres, Vaisseau désemparé dont l’équipage crie Avec des voix funèbres, Ce siècle est un tel ciel tragique où les naufrages Semblent écrits d’avance... ”
“ Loin de nos jours d’esprit charnel et de chair triste. Roi, politicien, moine, artisan, chimiste, Architecte, soldat, médecin, avocat, Quel temps ! Oui, que mon cœur naufragé rembarquât Pour toute cette force ardente, souple, artiste ! ”
“ Change de face à chaque instant, gaie et sévère. Tout halète, tout n’est qu’effort et mouvement Sous le soleil, tranquille auteur des moissons mûres, Et qui travaille encore imperturbablement À gonfler, à sucrer là-bas les grappes sures. ”
“ D’une douleur on veut croire orpheline Qui vient mourir au bas de la colline Parmi la bise errant en courts abois. L’âme du loup pleure dans cette voix Qui monte avec le soleil qui décline, D’une agonie on veut croire câline Et qui ravit et qui navre à la fois. ”
“ Ah ! surtout quand des sommeils noirs le foudroient. Quand des draps zèbrent la peau, foulent la main ! Et que mièvre dans la fièvre du demain, Tiède encor du bain de sueur qui décroit, Comme un oiseau qui grelotte sur un toit ! ”
“ C’est vers le Moyen Age énorme et délicat Qu’il faudrait que mon cœur en panne naviguât, Loin de nos jours d’esprit charnel et de chair triste. ”
“ Après ces méprises mortelles Et toutes ces choses païennes, Après les rades et les grèves, Et les pays et les provinces. Royales mieux qu’au temps des princes, Les chères mains m’ouvrent les rêves. ”
“ La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles Est une œuvre de choix qui veut beaucoup d’amour : Rester gai quand le jour triste succède au jour, Être fort, et s’user en circonstances viles ; ”
“ Ce superbe, qui fait le mal comme sa tâche Et n’a dans tous ses sens, odorat, toucher, goût. Vue, ouïe, et dans tout son être — hélas ! dans tout Son espoir et dans tout son remords que l’extase D’une caresse où le seul vieil Adam s’embrase ?V — Il faut m’aimer. ”
“ L’ennemi se déguise en L’Ennui Et me dit : « À quoi bon, pauvre dupe ? » Moi je passe et me moque de lui. L’ennemi se déguise en la Chair Et me dit : « Bah ! retrousse une jupe ! » Moi j’écarte le conseil amer. ”
“ On trébuche à travers des chaleurs d’incendie... Mais en somme la voix s’en va, comme d’un cor. Voix de la Haine : cloche en mer, fausse, assourdie De neige lente. Il fait si froid ! Lourde, affadie, La vie a peur et court follement sur le quai Loin de la cloche qui devient plus assourdie. ”
Termes fréquents
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